Parcours du lieutenant Amrouche Mouloud, dit "Si Lmouloud Awakour" (I)

Il Parcours du lieutenant Amrouche Mouloud, dit y a 58 ans, le 28 juin 1957, le lieutenant Si Lmouloud Awakour, de son vrai nom, Mouloud Amrouche (Amarouche), tombait au champ d'honneur dans la bataille d'Iwakourène, une épopée illustre dans la mémoire de la wilaya III. Cependant, parler de son combat reste, à un certain point, un pas ardu. Car, en scrutant davantage son long cheminement militant il n'a, foncièrement, pas été raconté par beaucoup d'acteurs qui l'avaient accompagné. Il est parti tôt, en laissant, néanmoins, un parcours glorieux résumant son engagement pour le mouvement national, ainsi que pour la guerre de la libération. Cette première partie (1912-1954) est, justement, consacrée à son militantisme au sein du PPA, PPA-MTLD et au sein de l'OS.

Le lieutenant Si Lmouloud Awakour, ben Hadj Akli et Arab Zouina, est né le 12 décembre 1912, à Thaddart n Lejdid, âarch Iwakourène, commune de Saharidj, daïra de M'chedallah (ex-Maillot), wilaya de Bouira.

Il a suivi ses premières études dans son village natal Iwakourène, avant qu'il rejoigne, vers 1934, les rangs du militantisme au sein du mouvement national à Constantine, à côté de son frère aîné Ahmed Amrouche, le père du mouvement national dans la région de Bouira. Quant à Ahmed Amrouche il fut un militant brillant de l'Étoile Nord-Africaine (ENA).

Par la suite, Ahmed exerça, des responsabilités importantes au sein du Parti du Peuple algérien (PPA), avant qu'il soit arrêté en 1939, jeté en prison et poursuivi comme prisonnier d'opinion.

Déjà, le 17 mars 1939, Ahmed Amrouche comparut devant le tribunal militaire d’Alger, à côté de Messali Hadj, Mohamed Khider et vingt-quatre militants du PPA. Vers la fin de 1941, une importante manifestation fut organisée par ces prisonniers d'opinion.(1) Accusé d'avoir incité à la rébellion dans la prison de Berrouaghia, à Médea, Ahmed fut torturé, quelques jours après, il rendit l'âme dans la prison, le 9 janvier 1942.(2)

Cet évènement marqua le petit frère Mouloud et laissa un impact profond dans sa mémoire. Malgré ces circonstances terribles qui avaient frappé la famille Amrouche, cependant le jeune Mouloud, déterminé à reprendre le flambeau de son frère et d'entreprendre son chemin déjà tracé, a continué à militer au sein du Parti du peuple algérien. Il poursuivra ses études à Constantine pour devenir, ensuite, un prothésiste-dentaire talentueux. Pendant son parcours professionnel dans cette ville, il travailla avec un chirurgien-dentiste illustre, à savoir Djamel Eddine Derdour. (3)

À cette époque-là, Si Lmouloud s'inspirait davantage de valeurs du militantisme et du nationalisme, et ne cessait de donner l'exemple d'un militant infatigable, tant au sein du PPA que le Mouvement pour le Triomphe des Libertés Démocratiques (MTLD). Néanmoins, après avoir été signalé à la police, une censure étroite lui a été imposée à Constantine. Par conséquent, son employeur, le dentiste Derdour lui a conseillé de quitter, en hâte, la ville de Constantine, et de partir à Jijel. (4)

En effet, il partit à Jijel et continua à militer au côté d'autres compatriotes éminents. Après les massacres du 8 mai 1945, le chemin pacifique du mouvement national a considérablement été affecté, et conduit, non seulement la réflexion des leaders à changer de méthode, mais aussi à trancher dans le vif et préparer un terrain fertile pour l'Organisation Spéciale (OS).

De 1947 à 1950, Si Lmouloud avait assumé des hautes responsabilités au sein de l'OS, à Jijel. Entre temps, il travaillait comme prothésiste dans le cabinet du docteur Amiri, à Jijel. (5) En faisant l'objet de confiance de ses chefs, on lui a promptement confié la responsabilité régionale de l'OS, à Jijel, où il a assurait la coordination entre les cellules de l'OS dans l'est d'Algérie. Parmi les militants éminents de cette zone: Aissa Hireche, Ahmed Douara, Mouhamed Zigha dit Abbes et tant d'autres. (6)

Sur ordre de Boudiaf, alors responsable de l'OS dans le département de Constantine, Amrouche part en mission d'envergure pour coordonner avec Mustapha Ben Boulaid, responsable de l'OS dans les Aurès. Pour camoufler cette mission et justifier son absence de travail dans le cabinet du Docteur Amiri, il avait dû envoyer un certificat médical "signé par un médecin de sa région", à son employeur. (7)

En mars 1950, l'OS fut démantelée par la police française. Ses structures furent vite neutralisées et plusieurs de ses membres dirigeants furent jugés et condamnés. À noter, la cellule de l'OS des Aurès, conduite par Ben Boulaid, n'avait pas été découverte.

Après le démantèlement de l'OS, surpris, le commissaire de police de Jijel, a souligné qu'il n’avait jamais attendu que son voisin Mouloud Amrouche serait un chef de l'OS de cette zone. (8)

Prothésiste calme et très discret, il n'avait jamais attiré l'attention des autorités françaises à ses activités. De son côté, le docteur Amiri, étonné et surpris que son employé ait été arrêté, il envoie un télégramme au père de Mouloud Amrouche, au douar de Beni Ouakour, pour lui confirmer l'arrestation. (9)

Interpellé, puis transféré à Annaba, il subit, pendant un mois, d’atroces tortures. En dépit de toutes les épreuves subies, Amrouche n'a révélé aucune information sur l'OS. Au cours d'une séance de torture, Amrouche, raconte M. Ali Bedouhane, ancien scout et militant du PPA à Jijel, Si Lmouloud a rappelé ses tortionnaires qu'il n'avait rien à dire":

"Fêtes comme vous voulez ! Mon corps est à vous, mon âme est à Dieu". Les anciens militants du PPA et de l'OS à Jijel, se souviennent bien de ces phrases et du courage que leur chef avait démontré après son arrestation. (10)

Après avoir perdu l'espoir de lui arracher des renseignements sur le réseau de l'OS dans le Constantinois et les Aurès, la police coloniale décide enfin de le faire passer en justice.

Le 15 février 1951, Mouloud Amrouche comparut devant le tribunal colonial de Bougie (Vgayet), à côté de Abane Ramdane, Ali Bacha Rachid, Titouh Makhlouf, Ould Abderrahmane Mohand Cherif, Oulebsir Mohand Larbi, Boudraa Arab, et 24 autres militants.

Le verdict est tombé lourd pour Amrouche: 5 ans de prison, interdiction de séjour pendant 5 ans, 10 ans de privation des droits civils, plus une amende de 300 000 francs français.(11)

À souligner que cette condamnation entrait dans le cadre du démantèlement de l'OS, opération appelée, à l'époque, "le complot". Les séances de tortures n'ont pas pour autant cessé. Après sa condamnation, Amrouche a été transféré à Sétif, avec Abane et quelques-uns des condamnés, où ils ont été sauvagement torturés. De Sétif, Si Lmouloud, Abane et leurs compagnons furent transférés à la prison d'El Koudia à Constantine.

Pendant toutes ces terribles tortures, des anciens compagnons de Si Lmouloud ont raconté qu'il était un hardi et courageux, et il n'avait pas arrêté d'apporter un soutien remarquable à ses amis. À vrai dire, il avait toujours soutenu et encouragé les autres prisonniers, en entreprenant des actions, souvent "traduites par des grèves de faim". "Il avait une volonté inébranlable de continuité pendant des heures sombres des détentions et des tortures".(12)

Après avoir passé, avec Abane et plusieurs d'autres prisonniers un certain moment à la prison d'El Koudia à Constantine, ils furent déportés à la prison militaire de Toul-Nancy, en France. En juillet 1954, il fut libéré dans un état de santé particulièrement dégradé ; peu de temps après, il retourna à son village natal Iwakourène où il fut assigné à résidence surveillée. (Lire la suite)

Hamza Amarouche

 

 

Renvois:

1- Mahfoud Kaddache, Histoire du nationalisme algérien : Question nationale et Politique Algérienne,1919-1951, volume2, 1980

2- Article paru le: 30/12/2013, sur le matin.dz: "Ahmed Amrouche (1911-1942) : le parcours d’un militant exemplaire du PPA", par Hamza Amarouche.

3- Thèse de Magister sur "L'Organisation Spéciale et son rôle pour la préparation de la révolution du 1 novembre 1954", préparée par Mustapha Sadaoui.

4- Témoignage de Arab Amrouche (Reportage sur Mouloud Amrouche, fait par Hamza Amarouche, produit par l'Office des Établissements de Jeunes de la Wilaya d'Alger), Juin 2012.

5- Témoignage de Ahmed Amrouche, le fils de Si Lmouloud Awakour.

6- Thèse de Magister sur "L'Organisation Spéciale et son rôle pour la préparation de la révolution du 1er novembre 1954", préparée par Mustapha Sadaoui.

7- Témoignage de Ali Bedouhane, ancien scout et militant du PPA, à Jijel. (Reportage sur Mouloud Amrouche, fait par Hamza Amarouche, produit par l'Office des Établissements de Jeunes de la wilaya d'Alger), Juin 2012.

8- Thèse de Magister sur "L'Organisation Spéciale et son rôle pour la préparation de la révolution du 1er novembre 1954", préparée par Mustapha Sadaoui.

9- Témoignage de Arab Amrouche (Reportage sur Mouloud Amrouche, fait par Hamza Amarouche, produit par l'Office des Établissements de Jeunes de la Wilaya d'Alger), Juin 2012.

10- Témoignage de Ali Bedouhane, ancien scout et militant du PPA, à Jijel.(Reportage sur Mouloud Amrouche, fait par Hamza Amarouche, produit par l'Office des Établissements de Jeunes de la Wilaya d'Alger), Juin 2012.

11- Thèse de Magister sur "L'Organisation Spéciale et son rôle pour la préparation de la révolution du 1 novembre 1954", préparée par Mustapha Sadaoui.

12- Témoignage de Ahmed Amrouche, le fils de Si Lmouloud Awakour.

 

- Lire la 2eme partie : Parcours du lieutenant Amrouche Mouloud, dit "Si Lmouloud Awakour" (II)

- Lire la 3eme partie : Parcours du lieutenant Amrouche Mouloud, dit "Si Lmouloud Awakour" (III)


Le Matin  

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