L’Algérie se vide de ses cerveaux

Crânes contre cracks!

L’Algérie se vide de ses cerveaux

Les crânes de résistants algériens retenus au Musée de l'Homme à Paris

Crânes contre cerveaux, archives contre contrats ou encore, passé contre avenir : c’est le troc que semble avoir proposé Bouteflika, le "donneur de leçons", (selon le dernier coup de brosse de Ould Abbès), au président Macron.

L’un cherche à mettre les voiles de son pays sur la postérité, l’autre veut le tourner vers la fausse généalogie, l’arrimer au passé et en puiser la sève révolutionnaire, dans les moindres terreaux qui lui semblent fertiles à sa survie.

Il n’est un secret pour personne, la caste au pouvoir a construit sa fable sur le mythe des premiers hommes, ceux que l’histoire a distingués, les élus d’une légitimité fallacieuse et d’une filiation révolutionnaire transmissible tel un héritage de grand-mère.

La mystification a touché jusqu’aux origines de l’homme nord-africain, auquel on a nié son indépendance généalogique, faisant de lui, comme son contemporain d’ailleurs, une sous-espèce, prisonnière de "la grande et noble lignée" de l’homo-arabicus-islamicus. Préhistoire et histoire moderne peuvent désormais psalmodier ensemble, sans craindre le conflit, les louanges aux faux prophètes libérateurs de l’Algérie de 1962 et au-delà.

La légitimité révolutionnaire, un subterfuge inventé par les illusionnistes de la dernière heure, les arrivistes, les belliqueux qui ont essayé de réinventer la roue de la forfaiture, pour établir un ordre sans lois.

Ceux-là même qui considèrent, aujourd’hui, reprenant les thèses révisionnistes de Ben Bella, que le congrès de la Soummam était un "putsch" contre-révolutionnaire, parce qu’il a donné un cap républicain et non islamique à la révolution et qu’il a consacré la primauté du politique sur le militaire et celle de l’intérieur combattant sur l’extérieur opportuniste. Tout le contraire de ce qu’ils espéraient et qu’ils finiront quand même par réaliser. On connaît bien la chanson : aux armes et cetera…

| LIRE AUSSI: Le congrès de la Soummam est "un putsch contre les vrais révolutionnaires et les valeurs islamiques"! (vidéo)

En ce début d’année, le clan au pouvoir nage en pleine crise de démence. Il multiplie les contradictions, cultive les maladresses, donne et reprend, pleure et jubile. Tripartite contre tripartite. Cramer contre Cramer : Chakib contre Ouyahia. Ould Abbes contre Chakib, Ouyahia contre tous et Gaïd contre Saïd, mais étrangement, tous pour Boutef !

Pendant ce temps-là, le gouvernement fait face à une gronde populaire, qui promet de le faire convulser comme une fièvre persistante. Les syndicats des étudiants des écoles et des universités qui menacent de conduire des grèves illimitées auxquels le ministre Hadjar promet, sans rougir, une année blanche. Ceux des paramédicaux qui leur emboîtent le pas. La population qui crie à la félonie en voyant les prix s’envoler tels des perdrix alléchantes devant un chasseur en manque de munition. Des médecins résidents qui durcissent le ton, après la dégradante bastonnade dont ils furent victimes et qui ne jurent que par le départ au pays des Macrons.

Pour une autocratie comme la nôtre, 40 millions d’âmes, ce n’est pas autant de casse-tête, mais autant de têtes à casser, et à moins de placer un geôlier derrière chaque Algérien, la mission semble ardue, même pour ce régime despotique.

D’où l’intérêt du troc dont il est question en début de l’article, qui devra néanmoins se faire au plus vite, et que les cracks, les cerveaux, les trouble-fêtes, la classe moyenne, les intellectuels, les médecins, les étudiants et les têtes pleines, ne soient soldés pour le prix de quelques crânes, certes glorieux, mais incapables de faire tourner un pays figé, comme est immobile son président.

Auteur
Hebib Khalil

LE MATIN D'ALGÉRIE

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