Alger : la folie des prix de location de logements

Alger : la folie des prix de location de logementsSe loger à Alger relève du parcours du combattant. Entre la pénurie de logements, les prix prohibitifs et la qualité souvent médiocre des appartements disponibles, la capitale est peu accueillante. Surtout lorsque les principaux acteurs des transactions – les propriétaires et les agences de location – se comportent de manière très discutable. Revue de détail de leurs pratiques très douteuses.

Des prix prohibitifs

Le coût du logement dans la capitale algérienne est l’un des gros points noirs pour les habitants. L’absurdité atteint des sommets dans le triangle formé par Hydra, Dely Brahim et Ben Aknoun. Á Hydra, un 90 mètres carrés se négocie jusqu’à 200.000 dinars par mois ! Á Dely Ibrahim, un appartement de 100 m2 peut atteindre 150 000 DA par mois. Absolument hors de prix pour une famille de la classe moyenne algérienne avec des enfants. Le même appartement vaut moins de 40 000 dinars à Daria, un quartier proche, mais difficile d’accès en raison de la circulation très dense.

Une nouvelle pratique se développe par ailleurs dans ces quartiers : les propriétaires qui refusent de louer aux Algériens, préférant les expatriés et réclament même un paiement en euros. En plus d’être interdite, cette pratique relève de la discrimination, jamais punie par les pouvoirs publics.

Quartiers réservés aux étrangers

Ces prix prohibitifs rendent les quartiers chics de la capitale inaccessibles à la grande majorité des Algérois, même pour les cadres ayant des salaires confortables. Ces quartiers quasiment réservés aux étrangers et aux hauts responsables de l’État sont les plus propres et les plus sécurisés d’Alger. Ils sont proches des bureaux de la majorité des entreprises étrangères basées en Algérie. Et dans une capitale, dépourvue de transports publics de qualité et où les embouteillages sont monstrueux, habiter pas loin de son lieu de travail, est un luxe, qui se paie très cher.

Les autres quartiers sont souvent sales, avec des routes dégradées et très peu sécurisés. Les autorités sont donc complices dans cette situation : elles se contentent de nettoyer et d’assurer la sécurité dans les quartiers à forte concentration étrangère, laissant les autres patauger dans l’anarchie et l’insécurité. Ces quartiers, épargnés par la réalisation de cités AADL et de logements sociaux, font le bonheur des propriétaires de biens immobiliers, qui sont généralement des barons du régime.

La sous-déclaration des contrats

Locataire d’un appartement près du centre d’Alger, Fouad a été écœuré de ce qu’il a observé lors de la signature de son bail. « L’agence a sous-estimé ma location du tiers sur le contrat. En voyant la différence j’ai dit à la notaire que je ne louais pas à ce prix. Elle m’a regardé avec un air fatigué et m’a dit que c’était normal. Que tout le monde le faisait pour payer moins d’impôts ».

Selon le président de la Fédération nationale des agents immobiliers (FNAI) Abdelhakim Aouidat, cette situation est complètement absurde. « Lorsque vous louez un appartement de moins de 80 mètres carrés vous êtes exonérés d’impôts ! Et pourtant tout le monde sous-déclare par méconnaissance, ce qui nous empêche d’y voir clair sur la valeur réelle du parc immobilier ».

Selon lui, l’État devrait mener une réforme de fond sur le sujet. Il propose de réévaluer les logements à leur valeur réelle en forçant notamment le recours à des transactions bancaires – pour un meilleur contrôle -, et en limitant de manière draconienne les acteurs du marché parallèle, « qui représentent 80% des transactions en Algérie » selon lui.

Le paiement d’un an de loyer en avance

Ceux  souhaitant vivre à Alger connaissent la même galère. Presque tous les logements sont proposés moyennant le paiement d’une année de loyer en avance. « J’ai réussi à trouver un studio à 25 000 dinars mensuels. J’ai quand même dû débourser 300 000 Dinars d’un seul coup », explique Naïma qui vit dans le centre d’Alger et a pu finalement rassembler cette somme.

Car en cas de refus de payer, les propriétaires ne veulent souvent pas négocier. Quitte à attendre quelques semaines de plus pour trouver un autre client.

D’après Abdelhakim Aouidat, cette situation est directement liée à la sous déclaration. « Un locataire qui paie 40 000 dinars par mois mais qui n’a que 10 000 dinars inscrit sur son contrat peut être tenté de payer 10 000 dès le deuxième mois. Et en justice, il aurait gain de cause. » Selon lui, la principale réforme à mener est donc celle des déclarations.

L’entretien des appartements

Tarek est locataire d’un appartement au centre d’Alger. Il a été très en colère au moment d’emménager. « Quand j’ai récupéré les clés, tous les lavabos fuyaient. J’ai demandé à mon agence de s’en occuper mais ils m’ont répondu que c’était mon appartement désormais ».

La loi algérienne stipule pourtant que le propriétaire est responsable des travaux d’étanchéité. De nombreux cas similaires sont observés à Alger, parfois beaucoup plus grave. « La culture de la location n’est pas encore très présente en Algérie », résume le président de la FNAI. « Tout est à refaire ».

TSA

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