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La poésie est son unique passion

Nna Aldjia, la troubadour des temps modernes

La Dépêche de Kabylie 14/09/2008 La poésie est son unique passion

Dire qu’aujourd’hui la culture orale de la société kabyle est en déperdition serait une manière de renier l’existence de milliers de poètes, hommes et femmes, aux quatre coins de la Kabylie.


Celle que nous avons rencontré est une illustration des plus frappantes. Nna Aldjia, cette mère, grand-mère et veuve d’un ancien immigré, déclame les poèmes empreints d’amour et de sensualité qu’elle compose elle-même tels les khouanes psalmodiant la parole divine.

A 64 ans Nna Aldjia, qui n’a jamais fréquenté l’école, fait le tour d’horizon de tous les sujets de la vie courante. Entre la misère qu’elle a vécu, la vie dure des montagnards de Kabylie, Nna Aldjia décortique avec des mots tendres ces facettes avilissantes d’une vie renfrognée par tant d’indigence et de disette. Elle compose ses poèmes les nuits d’hiver, loin des bruits des longues journées des femmes au foyer, elle dira qu’elle veille pour ce faire jusqu’à l’aube. Le silence, la vigilance que procurent les nuits des poètes, les étoiles et le son du ruissellement des eaux de pluie lui tiennent lieu d’annexion avec son don de ciseleuse des mots. Elle fredonne sans cesse les mots qu’elle pactise entre une histoire de misère et les tendresses des refrains. «Ce don est né en moi il y a plus de vingt ans», a-t-elle affirmée. «La mort de mon frère et de mon mari, vers le début des années 80, excitées par celle d’un grand poète que j’adore toujours, Matoub Lounes, me donnèrent la détermination voulue pour aller de l’avant», a encore souligné Nna Aldjia, et de dire que, «la vague qui m’envahit ne s’arrête pas sur un seul poème, mais elle me forge davantage dans ce domaine, avec lequel je panse mes blessures, je donne mes avis…».
Sa bonne maîtrise de la langue kabyle lui assure une aisance verbale des plus sûres. Les sujets varient selon le besoin. «Quand j’ai un poème en tête, je le récite toute la nuit pour qu’il reste gravé dans ma mémoire», elle ajoute : «chaque fois que je veux apporter une correction, le travail ne sera que simple pour moi». Durant le temps passé avec la poétesse, qui est restée dans l’ombre malgré la grandeur de son art, les dizaines de poèmes que nous avons entendus, auraient subjugué plus d’un. Ces poèmes traitent de sujet différents, allant du social à la cause berbère en passant par l’immigration et l’exil, Nna Aldjia explique, à chaque détour d’un récit, le sens de ses compositions. Telle une fontaine intarissable d’eau fraîche, la poésie est prodigieuse chez Nna Aldjia. Elle assure que son répertoire est riche de plus d’une centaine de poèmes.

Azzu yedjudjeg i3ella
Yettaf leblassa
Ighil tagi t-tamurt-is
Deg xarrub asmi igefsa
Yes3a zari3a
Yekkes iffis deg wamkan-is
Atteqel A dezzi nuvva
At nekkes si ljedra
A nernu ulla d azar-is


Ce poème est dédié à la cause amazighe et à la culture berbère en proie à l’acculturation qui la guette de toutes parts, Nna Aldjia essaye de résumer ces tentatives d’acculturation forcée par cette plante épineuse qui est l’azzu. Enfin, elle prédit des lendemains meilleurs pour sa culture.
Dans un autre poème composé après les événements qui ont ensanglanté la Kabylie elle pose le regard limpide du poète sur son pays. elle pleure les morts, accable les criminels et sème l’espoir.

Tafrah kren-d warraw-is
Di ttiq i ttidesukes-en
Ad naddi-n fet djadit-is
Deg ghervaz a ttaghr an
Tura yacraq yittij-is
Itran di tegnawt ce3la n
A ttnaddi yak timura
Ineggura a ttidaf-en


Le dernier couplet du poème, rend un hommage solennel à Mouloud Mammeri, Matoub Lounes et à tous les militants de la cause, Nna Aldjia termine le poème sur un brin d’espoir malgré le souvenir d’un combat rude.

Xas srast-as avernus
Ib3aden i wammus
Aken a ttalli di lqima
D arraw-is a ttrafd-en
Taftilt a ttce3l-en
A ddifrir ger tmura


L’édition d’un recueil de ses poèmes est en projet.
La générosité de notre poétesse est sans frontières. Elle qui dit toujours que les jeunes chanteurs peuvent solliciter ses poèmes, elle ajoute qu’elle a lancé le projet de la transcription de ses poèmes pour édition. Epaulée par son fils, Smaïl, immigré, Nna Aldjia veut apporter sa pierre à l’édification de la culture kabyle. Pour ce faire, le recueil de poèmes qu’elle prépare n’est autre qu’une contribution à l’immense chantier de la culture. Ses poèmes appréciés par les milliers de gens qui les savourent lors des fêtes et lorsqu’elle est sollicitée pour embellir une rencontre quelconque, seront bientôt disponibles pour le grand public. Un projet pour lequel une pléiade de volontaire se sont joints à la mission afin de perpétuer ce trésor culturel et faire sortir cette grande dame de l’anonymat.
 

par M. Mouloudj

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