«Je raconte l’histoire de Tizi Ouzou»

 SALAH MEKACHER, ÉCRIVAIN ET ANCIEN COMBATTANT

L' EXPRESSION 14/09/2008

«Je raconte l’histoire de Tizi Ouzou»Salah Mekacher, ancien combattant, vient de publier un deuxième livre très intéressant: Les Récits de la mémoire (éditions El Amel). Après un premier ouvrage qui a connu un grand succès auprès des lecteurs: Aux PC de la wilaya III, Salah Mekacher revisite la région de Tizi Ouzou sous de nombreux aspects: historique, culturel, géographique...C’est un homme cultivé et sincère qui nous a rendu visite à notre siège de Tizi Ouzou et nous a accordé cet entretien.

Propos recueillis par Aomar MOHELLEBI

L’Expression: Dans votre premier livre vous avez raconté votre expérience au maquis. Vous revenez avec un second ouvrage qui touche cette fois-ci à plusieurs aspects de l’histoire de Tizi Ouzou et de sa région. Pourquoi ce besoin pressant de raconter et de témoigner?

Salah Mekacher: J’ai un message à transmettre aux futures générations d’Algériens. Ce message constitue la charpente du livre. La mémoire triomphe toujours de l’acier. A travers l’histoire de l’agglomération de Tizi Ouzou, j’essaye de démontrer que le Kabyle qui s’est réfugié dans sa mémoire a réussi à triompher de la force qu’il a vaincue. Je retrace, dans cet ouvrage, cet itinéraire à partir de la période prospère des Amraoua (XVIe siècle).
A l’époque, la vallée du Sébaou était fertile. On y produisait beaucoup. Il y avait même l’exportation de produits agricoles. Le matériau le plus précieux à l’époque était le bois. C’est avec ce dernier qu’on construisait des navires. Dellys constituait l’embarcadère. C’était le plus grand marché. Toute la production était dirigée sur Dellys. A l’époque, les Turcs étaient là uniquement pour prélever l’impôt en plus d’une présence militaire. Les Kabyles étaient administrés par les Amraoua Oufella et les Amraoua Bwada.

Pour écrire un tel livre, vous avez sans doute puisé dans une riche documentation...
J’ai utilisé des ouvrages académiques dans mon travail sur le chapitre «
Bref aperçu historique». Pour le reste, c’est dans ma mémoire que j’ai tout puisé. J’ai utilisé les souvenirs de famille. Concernant la période de la guerre de Libération, j’ai employé ma documentation personnelle puisque j’étais à côté du colonel Mohand Oulhadj au PC de la Wilaya III.

Comment avez-vous structuré votre livre en sachant que vous brassez un large éventail de facettes de la région de Tizi Ouzou?
Le livre comprend quatre titres. Il y a d’abord la découverte de Tizi Ouzou puis l’aperçu historique. Mais les principaux titres sur lesquels est axé l’ouvrage ce sont les chapitres 3 et 4. Ces derniers parlent du recouvrement par l’indigène de sa dignité et sa préparation au combat pour la guerre de Libération. Cinq générations après la conquête, on ne pensait pas que l’Indigène allait se redresser. Quels sont les facteurs qui ont mené l’Indigène à se révolter? Le Kabyle indigène avait l’échine courbée devant l’occupant. Ce dernier ne lui permettait pas de se redresser.
Il y a eu des Indigènes qui ont été traduits en justice pour «
outrage par le regard».
Les partis politiques avaient joué, certes un rôle, mais était-ce suffisant? Je dis, dans ce livre, quels ont été les éveilleurs. Il ne faut pas oublier que la puissance dominante humiliait à chaque occasion l’Indigène.
Les deux guerres mondiales ont eu aussi leurs conséquences. Juste après la Première Guerre mondiale, il y a eu le premier convoi de l’émigration. La France avait besoin de main-d’oeuvre. Après la Seconde Guerre mondiale, les Algériens constataient que leur colonisateur humiliant a été vaincu et humilié à son tour. Ceci avait constitué une source d’encouragement pour les Algériens.

Vous avez illustré votre livre de plusieurs photos inédites. Quelle est la source de ces photos?
J’ai utilisé ma propre documentation. J’ai été aidé par l’association des scouts de Tizi Ouzou. L’objectif est d’illustrer mes propos avec une légende adéquate. J’ai mis des photos de l’ancienne ville de Tizi Ouzou, des photos sur le traitement de la figue et sa commercialisation, des photos des scouts et des clubs sportifs car c’étaient des espaces occupés par l’Indigène dans le cadre de la guerre de Libération nationale. Je voulais illustrer le sacrifice de la jeunesse de la ville de Tizi Ouzou.

Pour écrire votre livre, avez-vous recueilli des témoignages de vos anciens compagnons de combat?
Il y a, bien sûr, des compagnons de lutte qui m’ont rafraîchi la mémoire à l’instar de Hammoutène Rahim, (secrétaire au PC de la zone 4) car je raconte entre autres, l’affaire de la ferme Pruvost (à Oued Aïssi) qui a eu lieu en 1960 au lendemain du discours du président du Gpra Ferhat Abbas, qui s’adressait à la communauté européenne d’Algérie pour la rassurer sur la sécurité et la protection de ses biens.

Dans la partie consacrée à l’histoire, avez-vous puisé des informations dans le livre de l’historien de Tizi Ouzou, Moh Seghir Fredj?
J’ai lu le livre de Fredj que j’ai énormément apprécié. Dans cet ouvrage, je me suis surtout renseigné sur l’aspect historique de Tizi Ouzou. J’y ai puisé plusieurs informations. Ce livre m’a été d’un grand secours.

Pensez-vous qu’il y a suffisamment de livres sur la Guerre d’Algérie?
Il y a eu beaucoup d’écrits surtout du côté français. C’est avec l’arrivée de Bouteflika que l’édition s’est ouverte chez nous. Maintenant, on écrit ce qu’on veut. C’est déjà un pas considérable. Mais la production livresque reste tout de même timide. Aujourd’hui, la mémoire commence à être défaillante. Des témoins ont disparu et une documentation importante a été récupérée par l’ennemi.
  par Aomar MOHELLEBI

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