Akli D. (Chanteur, auteur et compositeur) :

 « La musique kabyle doit dépasser les frustrations »

EL WATAN 15/09/2008 Akli D. (Chanteur, auteur et compositeur) :

Akli D. est sans doute l’artiste de sa génération qui retient le plus l’attention sur la scène de la chanson kabyle. Son étoile n’en finit pas de monter, doucement et sûrement. Avec son style fort métissé et ses multiples influences, il est arrivé à ouvrir de nouveau horizons à l’inspiration au bout de deux albums seulement (Anfas tranquille et Ma yela). Nous l’avons rencontré à la veille de ses deux concerts à la Maison de la culture de Béjaïa, les 14 et 15 septembre.

- Vos « retours » au pays se font de plus en plus fréquents ces derniers temps... Y-a-il un nouvel agenda Akli D. en Algérie ?
- En fait, je ne fais que répondre aux appels des gens. Je reçois beaucoup de sollicitations. Des centaines de courriels me parviennent de compatriotes qui voudraient nous voir nous produire au pays. J’estime que c’est dans l’ordre des choses qu’un artiste puisse être à l’écoute de son public. C’est vrai que les contraintes existent et je peux vous dire qu’elles sont de nature à dissuader cet élan. Je parle ici notamment de difficultés techniques. Quand vous prenez l’habitude de travailler et de vous produire selon certains standards, vous avez du mal à accepter d’évoluer dans des conditions approximatives. Ce n’est pas ici de la coquetterie car il va souvent de votre crédibilité. Mais le choix est vite fait finalement. Face aux difficultés qui peuvent faire que votre concert soit donné dans des conditions qui sont loin d’être idéales, vous vous dites qu’il y a aussi l’émotion que vous pouvez transmettre ; le côté humain du partage avec le public et le partage est essentiel pour moi. Disons qu’il y a des risques à prendre et nous les prenons, quitte à sacrifier un peu le souci de la qualité… Revenir au pays permet aussi de rester en contact avec ce qui fait la vie des gens, et être artiste oblige à capter les pulsions de la réalité de la vie.

- 
Pour vous qui avez un parcours qui s’est fait jusqu’à il y a quelques années, dans une certaine discrétion, qu’est-ce que cela fait d’être à ce point sollicité et consacré ? Ce nouveau « statut » vous surprend-il… ?
- C’est vrai, on me demande beaucoup désormais. Avant, les gens ne me connaissaient pas. Une consécration qui vient du public est toujours la bienvenue, quitte à ce qu’elle soit lente à se concrétiser. Mais tout cela dépend des ambitions propres à chaque artiste et de la conception qu’il se fait du succès. Vous savez, dans les années 1980 déjà, on m’a proposé de faire un CD. J’ai chanté également pour Mohya… J’ai tourné, mais le milieu professionnel de la chanson me faisait peur, me dissuadait, parce que d’abord il était impitoyable, ensuite parce qu’il exigeait un investissement personnel que je n’étais pas prêt à consentir. Plus tard, j’ai monté le groupe Les Rebeuhs des Bois pour m’amuser ; j’ai chanté le jazz, le reggae, le rock,… j’ai voyagé… C’est ce qui a forgé et décidé plus tard de la substance de ma musique. Fallait laisser les choses se mélanger. Je pars d’une mélodie kabyle et je me retrouve bien loin quelques instants plus tard ; c’est comme ça. Quelqu’un m’a dit : « Mais dans quelle langue rêves-tu Akli ? »… Je ne sais pas. Je sais juste que je prône et chante un monde sans violence, un monde le plus ouvert possible avec le plus de couleurs possibles...

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D’aucuns disent que c’est là votre apport le plus intéressant justement. Ne pensez-vous pas que la musique kabyle gagnerait vite à dépasser la thématique récurrente de la frustration identitaire, de l’exil et autres motifs de crispation ou de lamentations… ?
- Oui. C’est vrai qu’il y a cumul de frustrations en Kabylie et certains contentieux historiques qui ne sont pas encore aplanis. Mais je pense qu’à trop se recroqueviller sur ses frustrations, on en arrive à ne plus écouter personne et plus rien. A une grande crispation en somme. Je pense qu’il faut vite en sortir effectivement. La musique est belle comme thérapie, comme moment de partage et de plaisir. Un moment donné, souvenons-nous, il ne restait plus qu’à voir des fusils sur scène au nom du sacro-saint principe de l’engagement… C’est vous dire ! Moi j’essaye de transmettre des émotions et des messages à travers ce que je chante ; j’ai beaucoup aimé un mot de Idir qui me dit que j’ai décomplexé le musique kabyle. Je ne sais pas si je mérite un tel honneur, mais je pense modestement que nous sommes restés trop accrochés à nos montagnes et qu’il serait bien aujourd’hui de libérer l’inspiration et de se faire plaisir en restant bien entendu le plus proche possible des gens..

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Un nouvel Album en perspective...
- Oui. Je travaille sur une nouvelle maquette avec des contenus musicaux qui sont toujours dans la veine fusion. Je pense que le travail sera prêt en 2009.

  par Mourad Slimani

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