Entretien avec Abdelaziz Hammouche

 

''Il faut résider dans la capitale pour se faire connaître''

Il faut résider dans la capitale pour se faire connaîtreAbdelaziz Hammouche a commencé à apprendre à jouer de la guitare et à chanter en 1979. A cette époque, il avait à peine 20 ans. Dès la fin de l’année 1981, il se sent prêt à se produire sur scène comme chanteur amateur. C’est ainsi qu’il a eu à animer des galas artistiques à El-Kseur et ses environs. Avant d’avoir un répertoire, il fera comme tous les débutants, des reprises de Salah Sadaoui, Ali Yahiatène, Youcef Abjaoui, Hsissen, Dahmane El-Harrachi et, surtout, El-Hasnaoui.

Ce dernier est son chanteur préféré au point qu’à El-Kseur, on l’appelle carrément El-Hasnaoui puisqu’il connaît parfaitement tout son répertoire. Quant au style qu’il a fini par adopter pour son répertoire, Abdelaziz Hammouche a choisi le Chaâbi kabyle modernisé. Primé dans plusieurs festivals et concours même s’il ne participe pas beaucoup à ce genre de manifestations culturelles, il se décide enfin à mettre sur le marché un produit. Nous l’avons rencontré à El-Kseur, dans son atelier de couture, un artiste ayant atteint une grande maturité : Il aura 50 ans le 10 novembre 2009.

Propos recueillis par Amastan S.


La Dépêche de Kabylie : Cela fait 30 ans que vous chantez et vous avez même votre propre répertoire. N’avez-vous pas l’intention de produire ?
Abdelaziz Hammouche : Justement, je suis en train d’enregistrer un double-album de 10 chansons.
Mise à part une reprise, les neuf autres chansons datent des années 80, plus exactement entre 1982 et 1984. En fait, pour la reprise, il s’agit d’une musique marocaine à laquelle j’ai écrit mes propres paroles. Elle date de 1991. 

Avant d’en revenir à votre répertoire, parlez-nous de cette musique marocaine que vous avez reprise.
Je l’ai faite pour moi-même et elle est destinée aux fêtes. Le chanteur marocain qui l’a composée s’appelle si je me souviens bien Mohamed El-Maghrabi.
D’ailleurs, elle a même été reprise par Akli Yahiatène et El-Aouinet. Quant au texte que j’ai écrit, je l’ai composé comme je le ressens. 

Parlons-en maintenant de votre répertoire. Qu’est-ce qui vous a empêché de produire un album puisque ces chansons datent des années 80 ?
Pour la simple raison qu’à l’époque je ne faisais que chanter sans avoir aucune connaissance en musique. Je n’étais pas sûr de moi.
Ce n’est que depuis une dizaine d’années que mon ami Boubekeur Terki, que je considère comme étant mon maître, m’initia au solfège, aux genres et à l’histoire de la musique, et cela, après avoir étudié à l’ITE de Bouzaréah d’où il est sorti professeur de musique.
C'est-à-dire que, déjà à l’époque, vous étiez conscient que la musique est une science en plus de son côté artistique.
Exactement. Aujourd’hui, je suis capable de dire dans quelle gamme je chante par exemple. J‘ai beaucoup appris depuis dix ans. 

A part les connaissances que vous avez acquises, que vous ont apporté ces années de perfectionnement ?
Avant de parler de perfectionnement, je vais essayer de vous résumer brièvement ma carrière. J’ai donc commencé en 1979 avec des reprises avant de créer mon propre répertoire à partir de 1982. Ensuite, il y a eu le service militaire de 1983 à 1985. A ma sortie, j’ai été occupé par la construction de ma maison sans oublier les problèmes familiaux et le travail. Il y a eu aussi mon mariage et les obligations que cela entraîne. Durant cette période, il m’est arrivé de ne pas toucher à mon instrument durant plus de six mois. Donc, il m’était impossible de me perfectionner à cette époque. C’est ainsi que ce n’est que depuis 1991 que je me suis remis sérieusement à la musique avec l’aide, comme je vous l’ai dit, de mon maître, Boubekeur Terki, que je connais depuis 1977. A l’époque déjà, nous jouions ensemble. Par la suite, il a étudié la musique à l’ITE de Bouzaréah.  La suite, vous pouvez la deviner facilement. Ce qui m’a comblé et je le tiens à vous le dire, c’est que lorsque j’ai appris les gammes et acquis une base, je me suis rendu compte que, quand même, durant les années 80, je chantais juste.  Toutefois, il y a un point que j’aimerais souligner car il me tient vraiment à cœur depuis longtemps : il faut reconnaître que mis à part les chanteurs engagés, il faut résider dans la capitale pour se faire connaître. 

Est-ce une question de moyens, d’opportunités ou de public ?
A Alger, même avec peu de moyens, on peut faire une bonne carrière puisque tout se trouve là-bas : L’ENTV, les Radios et les écoles. Il suffit d’un dinar pour se rendre par exemple à la Chaîne 2, ce qui n’est le cas pour nous car il nous faudra beaucoup de dépenses. Constatez-le vous-même, toutes les grandes vedettes résident à Alger. Et cela n’est pas valable uniquement pour la musique. Par exemple, étant tailleur de métier et faisant de la haute couture, si je résidais à Alger, je ne peux même pas vous dire où est-ce que j’en serais aujourd’hui. 

Vous venez de parlez d’une réalité...
Encore une fois, faites le constat vous-même. D’El-Anka à Mohamed Allaoua, toutes les grandes vedettes ont habité Alger : El-Anka, Ezzahi, Chaou… J’irai même jusqu’à prétendre que Chérif Kheddam en personne ne serait pas devenu une célébrité s’il n’était pas à Alger. Les exemples ne manquent pas. 

Revenons-en au double album que vous êtes en train d’enregistrer. Pouvez-vous nous parlez de son contenu ?

Il y a donc les chansons que j’ai composées entre 1982 et 1983, puis celles que j’ai écrites lorsque j’étais sous les drapeaux. Ce sera donc le premier album. Le deuxième suivra quelques mois plus tard. Bon, pour les thèmes, ils sont toujours d’actualité puisqu’ils traitent de l’amour et du social. Bien entendu, il y a aussi une chanson qui traite des conditions difficiles dans lesquelles les militaires appelés passent leur service national. Maintenant pour les arrangements, mon ami et mon maître, Boubekeur Terki s’en occupe avec l’aide des musiciens qui ont une grande expérience dans ce domaine. En tout cas, je veux que cela soit un bon produit. De plus, je tiens beaucoup à ce que le premier album sorte le 10 novembre 2009 car, ce jour-là, j‘aurai 50 ans. 

A part la musique, que faites-vous dans la vie ?
Je suis tailleur et je fais même de la haute couture. J’ai des clients qui viennent même d’Alger et de Boufarik. C’est pour cela que je vous ai dit tout à l’heure que si je résidais à Alger, je ne sais pas où est-ce que j’en serai aujourd’hui. A El-Kseur, c’est grâce au bouche à oreille que cela marche sans oublier aussi les fêtes. En effet, je fais également les robes de fiançailles et de mariages. Toutefois, je suis tailleur pour hommes et femmes. Avant d’être tailleur et jusqu’à 1987, j’étais dans l’enseignement à El-Kseur.

Le mot de la fin ?
Je garde un très bon souvenir du passage de Médjahed Hamid à El-Kseur en 1981. Je suis donc passé à la Chaîne 2 en interprétant une chanson d’El-Anka et "A tir El-Qefs" de Hsissen. Sinon, je ne participe pas beaucoup aux festivals. Enfin, je tiens à remercier les associations, le C-RA et l’APC de Seddouk qui m’invitent chaque année.

La Dépêche de kabylie

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