Peinture / Mokrane Bouzid

Complainte mystique du Gourara

InfoSoir 28/08/2008

Peinture / Mokrane BouzidRecueillement n Tout commence par une rencontre suivie d’une découverte, puis d’une passion, celle pour l’ahelil, ce chant mystique du Gourara.

Mokrane Bouzid, un artiste peintre, découvre Timimoun, l’oasis rouge, et en tombe éperdument amoureux jusqu’à renoncer à sa ville natale, Alger, et s’y installer. Il y ouvre un atelier dans lequel il a donné libre cours à son inspiration et à son exaltation. À Timimoun, il peint de magnifiques peintures – toutes huile sur toile – du jamais vu jusque-là.

Le thème récurrent d’une peinture à l’autre, c’est bien celui de l’ahelil. Il y revient comme un refrain. C’est la même scène qui y revient, mais qui est différemment représentée. Sur chacune de ses peintures apparaissent des hommes, en groupe, debout, alignés, les uns à côté des autres, entamant leur cérémonial. On les voit, on croirait même entendre psalmodier leur chant liturgique. Un rituel mené avec autant de concentration que de dévotion.

Le travail de création auquel s’est livré l’artiste avec autant de sollicitude que de méticulosité adhère à une expression mêlant étroitement l’impressionnisme à l’abstrait. Tous deux s’imbriquent avec une telle capacité d’absorption que cela a créé une belle correspondance, une atmosphère unique, jamais ressentie. Les couleurs appliquées sur la surface du tableau – des couleurs typiques à la région du Gourara, à savoir l’ocre des ksars, le rouge du coucher comme du lever du soleil, le violet du crépuscule, le bleu, le noir, le vert des oasis… – gènérent cette ambiance de quiétude et de plénitude.

L’artiste peint des instants fugaces, vécus et ressentis. Il les immortalise dans ses peintures, en les transfigurant, créant ainsi un imaginaire, le sien, fait d’impressions. Ses peintures se présentent telles des sensations , des songes impalpables, des fantasmes inapaisés. Elles se présentent comme des images oniriques, mais néanmoins chargées d’harmonie et de beauté. La spatialité est rompue comme la temporalité qui, elle, est abolie.

Du monde existentiel, un monde physique et évanescent, l’artiste est parvenu à composer un univers immatériel, serein, rythmé avec élégance et transparence. Il n’a retenu du vécu que l’essentiel, l’essence même des choses vues, côtoyées, vécues ou même ressenties. Il n’en retient que des moments purs, sincères et constants.

Et c’est l’ahelil, la magie de ce chant mystique, qui a donné à l’artiste ces tonalités picturales, cette sensibilité et cette poésie créatrice. Les peintures de Mokrane Bouzid qui ne sont qu’exaltation et ferveur revêtent un caractère mystique – il y a une spiritualité qui s’en épanche abondamment. Cela fait que l’on ne regarde pas cette création avec des yeux incrédules et profanes, mais avec un certain recueillement, en faisant simultanément don de piété et preuve de sagesse. L’artiste fait de belles peintures, et celles-ci se présentent comme un chant vénérable, une complainte mystique, une prière pétrie de passion adressée au beau et à la sagesse.
 

par Yacine Idjer

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