Aït Atelli


Mokrane Agawa : un chantre de légende

Mokrane Agawa : un chantre de légendeQui oserait oublier cheikh Mokrane ? Pourtant trois mois sont passés depuis son grand départ. A l'aube de la journée du 12 septembre 2009, à trois heures précisément, s'était arrêté la vie de cheikh Mokrane-Agawa, de son vrai nom, Ouali Mohand-Amokrane. Un chantre de légende nous quitte. Le poète-compositeur s'est éteint dans sa modeste maison à Ait Atelli, son village natal. Une maison qui s'avère aujourd'hui encore trop petite pour accueillir la foule nombreuse venue lui rendre hommage.

Un bœuf a été immolé. Une superbe bête dont la viande servira à la ouaâda rituelle. Car un immense couscous sera préparé pour une centaine d'invités attendue. le 11 décembre dernier, malgré la fraîcheur matinale, la journée s'annonçait magnifique. Notamment à Taqurabt, le cimetière central du village bien situé d’où la vue s'évade imprenable jusqu'aux confins majestueux du Djurdjura enneigé. Une vue qui glissera à l'envi sur la myriade de villages célestes allant des At Yenni aux Aït Aïssa Mimoun en passant par Sidi Belloua, balayant Ath Douala à l'ouest et Aït Iraten à l'est.  Taqurabt est un monde du silence. Rassemblé autour du maçon à l'ouvrage, la famille et les amis de Dda Mokrane ne pouvaient déroger à la règle. Avec des gestes précis, l'ouvrier qualifié peaufine son œuvre : la tombe du grand chantre. On regarde, on admire en se frottant discrètement les mains dans l'attente de l’apparition du soleil encore dans son lit de brume de Aïn El Hammam. Car bientôt un bonheur chaud envahira les hommes.  A quoi doivent penser toutes ces personnes qui méditent ? Au grand maître sans doute. A ce cheikh qui fut leur compagnon, cet homme admirable qui a œuvré durant toute sa vie à produire une poésie d'une grande sensibilité. A soulager des cœurs meurtris. A semer l'espoir dans les âmes vagabondes. Cet homme qui repose à présent  sous un amas de terre. Oui, l'homme est mort, mais le poète est toujours vivant dans nos cœurs. Et sa chaude voix bercera  toujours  nos rêves. Une voix que la technologie a rendue immortelle. Car, on pourra à l'envi se délecter du son et de l’image du grand poète grâce au miracle de la science. Quelle noblesse pour le savant ! Alors que le maçon achève ses travaux et peaufine l’ouvrage, comme une œuvre ultime, on se surprend à penser à l'éphémère vie, à son inutilité absurde.

De la terre nous sommes venus, à elle nous retournerons, telle est la logique des choses, la vérité. Tout le reste n'est que puérile gesticulation. Et toutes les philosophies se résument à cette simplicité déconcertante. Que sommes-nous sur terre ? Dans l'univers ? Poussière. Pourtant, nous nous devons d'assumer la vie avec tous ses aléas, afin de lui donner le meilleur de nous-même, sans renier au défi qu'elle nous impose. En cherchant souvent à nous surpasser, comme l'avait fait cheikh Mokrane dans son œuvre.   Vendredi 12 décembre. Dix-neuf heures. Un copieux couscous a été servi aux centaines d'invites qui arrivent en un défilé ininterrompu. Ils viennent de partout de Béjaïa, Seddouk, Cheurfa, Ouaguenoun, Bouzeguen, Djemaâ Saharidj, Azazga… Qui aurait osé manquer un tel rendez-vous ? Amis et admirateurs se rejoignent, des cousins et la grande famille Igawawen pour confluer à la nouvelle mosquée d'Aït Atelli où se déroulera la veillée du meddah à la mémoire du poète.  Vingt heures. La mosquée illuminée de mille feux est déjà pleine de monde. Les femmes akhawate sont au premier rang, dans leur carré. L’atmosphère est aux retrouvailles et les ikhwan se congratulent dans un défilé de chèches, de burnous et de gandouras blanches. Taleb à la barbichette, vieillards respectables à la démarche lourde et majestueuse, hadjis, ikhwan de renom. Personne ne manque à l'appel. Les femmes ne sont pas du reste, puisque leur chorale fut aussi vibrante d'émotion que celle des hommes. Longtemps, les groupes de chants se sont relayés. La chanson symbole de cheikh Mokrane Laârba mi zin leswar fut à l'honneur  dans un beau duo.  Cameras et portables ont survolé la salle et les foules pour immortaliser l'événement, pendant que régulièrement des paniers de dattes sont distribués aux veilleurs. Jusqu'au milieu de la nuit, la mosquée a vibré sous le mdeh et les chants religieux portant loin dans les montagnes la voix et les chants immortels de Mokrane-Agawa.

La Dépêche de kabylie

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