Portrait d'une star

La Nouvelle République 20/08/2008

Elle est née dans le quartier populaire de Belcourt au sein d’une famille citadine d’Alger. Dans les années 60, la petite Baya, ou plus affectueusement Biyouna, dansait dans des orchestres féminins et dans des prestigieux cabarets de l’époque tels «Le Copacaban » ou «Le Koutoubia».

 En 1972, à l’âge de 19 ans, Biyouna décroche par hasard un petit rôle dans le cultissime El-Harrik , un feuilleton télévisé adapté de deux romans de Mohamed Dib (L’Incendie et La Grande Maison). Le succès du feuilleton est immense en grande partie grâce à la gouaille de Fatma, le personnage que la jeune Biyouna interprète avec un naturel alors encore inédit sur les écrans algériens.

C’est ainsi que Biyouna, la danseuse des cabarets, devient une icône populaire, plus célèbre que sa diva de sœur, la chanteuse Faïza. Le personnage de Fatma, la touaychia, fille espiègle et déconneuse, va lui coller à la peau. Cantonnée dans le registre comique, Biyouna attendra longtemps avant qu’on lui propose un rôle dans un registre différent. Ce sera en 1999, dans  Le Harem de Mme Osmane (2000) , le premier film de Nadir Moknèche.

 «Non seulement Nadir m’a permis de sortir du rôle de la grande nouille sympathique parce que drôle, qui me collait à la peau, et du monde des sketchs où je tournais en rond depuis des lustres ; mais il m’a aussi permis de sortir pour la première fois d’Algérie. J’ai découvert la France, puis le Maroc. Je savais qu’il était fan de la Fatma du feuilleton El-Harrik, qu’il regardait enfant à la télé, mais je me demandais si moi en tant qu’actrice j’allais lui plaire.

Le Harem de Mme Osmane, c’était le film de mon émancipation ! Je sortais d’Algérie où je vivais une période difficile, et je me suis retrouvée face à Carmen Maura dans un film dramatique. Enfin, quelqu’un qui ne voyait pas en moi que la comique de service, enfin la chance se présentait pour me permettre de devenir ce que j’ai toujours rêvé d’être : une comédienne. A cinquante ans, je réalise mes rêves de 20 ans, voilà hamdoullah, Dieu soit loué, ça valait la peine de souffrir (rires…).

Depuis, avec Nadir, j’ai tourné Viva Laldjérie (2003) et bien sûr  Délice Paloma (2007) . En parallèle, j’ai enregistré en France deux albums de chansons Raid Zone (Warner Music 2001) et Blonde Platine dans la Casbah (Naïve 2006). J’ai fait un spectacle à l’Opéra Comique avec Fellag. J’ai joué le rôle du Coryphée dans Electre mise en scène par Philippe Calvario, en compagnie de Jane Birkin.

 Avec Nadir il y a trois phases de travail. D’abord la phase : « On se laisse aller et on rigole ». C’est quand il est en train d’écrire le scénario.

Il vient à la maison, il m’en parle et il m’en fait parler. On sort la nuit, je me laisse aller et lui il s’inspire de tout : de moi et de mes amis, surtout de moi ! Ensuite quand il a terminé d’écrire, c’est la phase : «On se laisse aller, mais on ne rigole plus, on répète».

Pendant deux mois, j’allais le voir les après-midi dans son appartement à Alger, qui se trouvait dans le même immeuble que celui de Mme Aldjéria - ça devait bien l’inspirer ! Un café, et aussitôt répétitions jusqu’à la fin de la journée. Le soir, c’est sorties entre amis, discussions légères et commérages profonds. Nadir me conseille quelques films : Le Parrain de Coppola, Gloria de Cassavetes, et Jackie Brown de Tarantino, que j’ai adoré. Et moi, je lui conseille d’aller voir, dans tel ou tel cabaret, des chanteurs et des chanteuses que j’apprécie. Et puis arrive la troisième phase, le tournage, là c’est… : «On ne se laisse plus aller, on joue ! ». Il nous cite souvent ce proverbe chinois : «Jouer mal, c’est se duper soi-même. Jouer bien, c’est duper les autres.»
 

par R. C.

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