Un enseignement au rythme lent

TAMAZIGHT

L'Expression 12/08/2008

Un enseignement au rythme lentLe fait que la langue demeure facultative pose problème

Le nombre d’élèves concernés par l’enseignement de la langue amazighe a évolué de manière sensible depuis 1995. Il est passé de 37.690 élèves, à son lancement, à 138.603 actuellement. C’est la wilaya de Tizi Ouzou qui compte le plus grand nombre d’apprenants de tamazight avec 65.522 élèves, suivie de Béjaïa: 31.339 élèves et Bouira: 25.454. Batna vient en quatrième position: 7058 tandis qu’à Oum El Bouaghi, pas moins de 3253 élèves suivent des cours dans cette matière. En revanche, dans les wilayas d’Alger et de Ghardaïa, le nombre est très faible bien que la première soit une région berbérophone et la seconde étant la capitale.

Le nombre d’enseignants assumant cette mission ne cesse de croître également. Il est passé de 233 en 1995 à 671. Ce chiffre promet d’être revu à la hausse à chaque nouvelle rentrée scolaire puisque, selon M.Hamid Bilek, cadre au Haut Commissariat à l’amazighité, les étudiants licenciés des départements de langue et culture amazighes des universités de Béjaïa et Tizi Ouzou seront engagés dans cet enseignement. Ces progrès ne sont pas le fruit du hasard.

Des efforts n’ont pas cessé d’être déployés par l’ensemble des parties concernées afin de venir à bout des problèmes, parfois cruciaux, rencontrés par les enseignants et les apprenants. Il y a d’abord l’association des enseignants de la langue amazighe qui, depuis sa création, n’a pas cessé de mener une bataille sur plusieurs fronts. Elle est assistée, dans sa démarche, par le Haut Commissariat à l’amazighité, une institution qui supervise cet enseignement, en dépit du manque de prérogatives.

Introduit dans la précipitation durant l’année scolaire 1995-1996, l’enseignement de tamazight a connu une longue période de confusion. Outre l’absence de manuels scolaires, une multitude d’autres insuffisances a émaillé cette opération pédagogique.

Le service chargé de cet enseignement au niveau du ministère de l’Education nationale a aussi été pris de court, suite à l’introduction hâtive de tamazight à l’école. Le problème des caractères de transcription demeure posé à ce jour. Si dans les trois wilayas de Tizi Ouzou, Béjaïa et Bouira, tamazight s’écrit en caractères latins, dans les autres wilayas, il est fait usage des caractères arabes, à l’image de Batna, Oum El Bouaghi et Ghardaïa. Le ministère de l’Education, chargé de la conception des manuels et des programmes a été d’une grande souplesse dans cette démarche.

Après une première tentative d’imposer des manuels aux enseignants, ces derniers avaient réagi énergiquement en rejetant, dans le fond et dans la forme, ces livres scolaires. Le ministère a alors décidé de faire une concession en associant carrément les enseignants et les inspecteurs dans l’élaboration des manuels.

Ces derniers ont été conçus en prenant en considération la réalité sociologique et culturelle de la société dans laquelle évoluent les enfants. Toutefois, un problème reste posé. Les manuels proposés aux élèves comportent trois parties: caractères arabes, latins et tifinagh. Les enseignants s’interrogent sur l’utilité de donner les trois versions aux élèves de la Kabylie par exemple qui étudient tamazight en caractères latins ou à ceux des Aurès qui l’étudient en caractères arabes.

Tamazight dans le système éducatif a connu d’autres progrès avec notamment, l’introduction de cette langue aux examens de l’enseignement moyen et au baccalauréat. Mais le fait que la langue demeure facultative pose problème. Si le président de la République a décidé que tamazight est désormais langue nationale, l’enseignement de cette langue doit être accessible à l’ensemble des Algériens.
Même la population arabophone doit avoir accès à l’apprentissage de tamazight. Mais avec l’option facultative, cette possibilité est écartée. La preuve: l’enseignement de tamazight concernait 16 wilayas en 1995 et actuellement, il ne touche que douze wilayas. On constate que l’évolution importante sur le plan numérique n’a pas été accompagnée d’une progression sur le plan géographique.
Il est par exemple étonnant que dans une wilaya berbérophone comme Ghardaïa, on n’enregistre que 55 élèves en tamazight!

Aomar MOHELLEBI


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