Rencontre avec le chanteur Akli D

Association Amgud à Draâ El Mizan

La Depeche de Kabylie 10/08/2008

Rencontre avec le chanteur Akli D
L’Association Amgud de Draâ El Mizan a initié un forum auquel ont été invitées des personnalités. Jeudi dernier, en collaboration avec l’APC, cette association a eu l’occasion d’inviter Akli D. de passage chez ses parents.

C’est au sein de la salle de réunions de la mairie qu’a eu cette rencontre conviviale avec les siens. Le chanteur engagé a eu des moments d’échange sur la chanson kabyle et son parcours artistique artistique dès son jeune âge.

D’autres artistes ont été invités. On a remarqué même la présence d’Akli Mammeri, animateur à la Berbère TV. En premier lieu, la parole a été donnée au maire de Draâ El Mizan. “Nous remercions l’Association Amgud ainsi que les autres associations avec lesquelles elle travaille d’avoir pensé à cette rencontre avec Akli D. Nous sommes fiers de tout ce que tu fais dans le domaine artistique. Tu représentes dignement notre région, la Kabylie, l’Algérie et bien sûr les pays de Timuzgha”, dira M. Hamou Didouche.

La précision d’Akli...
Ensuite, un autre orateur fera la lecture de la bibliothèque du Bob Marley kabyle. Akli D. est né dans une famille où la mère animait des fêtes familiales et un père qui aimait beaucoup la musique. Etant encore enfant, il fréquentait la maison de jeunes (l’ex-FAI). A treize ans, il reçut le prix du Festival africain à Alger. Au lycée Ali Mellah, il chantait dans toutes les rencontres culturelles à la fin des années 70. Akli interrompit l’intervenant pour donner quelques précisions. “Je n’ai pas quitté l’Algérie de cœur joie, mais parce qu’il y avait la répression et l’exclusion”, précisera-t-il. L’artiste raconte comment les jeunes étaient réprimés avant la grande marche du 20 Avril 1980 à Tizi Ouzou. “Avant ce jour, j’ai parcouru tous les villages de la région pour inviter les jeunes à cette marche. Au retour de Oued Aissi, après tout ce qui s’est passé, nous étions épuisés. En revenant à Draâ El Mizan, nous avons mangé de l’herbe. C’est quelqu’un de Draâ El Mizan qui nous a pris en auto stop à Maâmr”, évoquera-t-il cette période ô combien difficile. En 1980, il prit alors le chemin de l’exil. Ses débuts furent les places publiques où il fera passer ses idées dans le domaine de la chanson en compagnie d’autres groupes issus des minorités ethniques du monde entier. Ces années lui ont été d’ailleurs bénéfiques en apprenant d’autres styles musicaux. Il fit ensuite son entrée dans le domaine cinématographique en Amérique pour revenir ensuite enseigner le cinéma en France. Il produisit son premier album en 1994 dont le tube phare est “Tsekhrass El Larvi Tranquille”. Depuis, il composa d’autres albums tout en fréquentant des artistes venus des horizons divers dont son ami Manu Chao. En répondant aux questions des invités, Akbli D. revient alors sur ses aventures, sur sa façon de voir la musique, de lutter pour l’identité et tous les autres combats menés avec d’autres personnes engagées comme lui pour promouvoir ses produits et leur donner une valeur humaine puis internationale. Il a surtout insisté sur le fait que chanter dans d’autres langues n’est pas un reniement, mais c’est plutôt un grand combat. Il a cité Idir, Slimane Azem et bien d’autres. Pour lui, la chanson non stop doit exister parce qu’elle sert à la détente.

Quel statut pour la chanson kabyle ?
Cependant, a-t-il remarqué, il y a une autre forme qu’il ne faut pas laisser en désuétude, c’est la chanson engagée qui permet à un peuple de s’affirmer et d’avoir des repères culturels qui l’identifient des autres. Akli D. ayant presque participé à tous les festivals organisés en France et ailleurs, confirme que de tels festivals peuvent avoir lieu dans n’importe quel village ou n’importe quelle ville de la région. “On n’a pas besoin d’un grand confort. Moi, personnellement, je peux contribuer à organiser un festival à Draâ El Mizan. Je peux inviter des groupes, mettre votre association avec d’autres associations pour des échanges culturels”, enchaînera-t-il. Abordant la promotion des jeunes chanteurs kabyles, Akli D. proposera de les aider en les invitant à l’assister dans des concerts ou encore à les inviter à des festivals ailleurs. Mais, il aura tout de même cette pointe de pessimisme : “Ce n’est pas facile d’organiser des festivals en Algérie et en Tunisie. Mais, cela est possible au Maroc, au Nigeria ou encore au Mali”. L’artiste s’accorde à dire que la médiatisation joue un grand rôle dans l’internationalisation de la chanson. “Notre musique n’a pas encore de cachet. Il y a beaucoup de divergences à ce sujet. Il faut se mettre d’accord sur ce qu’on veut en faire de cette musique”, mentionnera-t-il. De multiples interventions du public présent ont axé sur la façon dont il a pu émerger. L’invité d’Amgud ne voit à cela aucun secret, mais beaucoup plus une volonté de réussir et de faire passer son message. En tout cas, cette rencontre a permis aussi bien au public qu’à l’invité d’échanger des points de vue sur divers sujets: L’émigration clandestine, le racisme et autres formes de luttes à mener pour universaliser la culture amazighe dans toutes ses diversités. A l’issue de cette rencontre, l’Association Amgud a honoré Akli D. en lui remettant un cadeau en guise de récompense pour tout ce qu’il fait à l’honneur de Draâ El Mizan en particulier et la Kabylie en général. De tels rendez-vous ne sont qu’à encourager puisqu’ils permettent d’avoir une idée sur les hommes et les femmes de ce pays.
 

par Amar Ouramdane

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