Mon compagnon ma trahi

Loualia Boussaâd, membre du groupe Idourar à la Dépêche de Kabyli

La Depeche de Kabylie 09/08/2008

Mon compagnon ma trahiLe pilier du légendaire groupe Idourar, Loualia Boussaâd, qui nous a rendu visite dernièrement à la rédaction, a bien voulu nous entretenir sur le parcours atypique de son groupe. Le groupe Idourar, formé vers la fin des années 70 par quelques jeunes, n’a pas imaginé que quelques années plus tard il marquera la chanson kabyle, notamment dans son côté rythmé.

Propos recueillis par M. Mouloudj

Qui des jeunes de Kabylie n’a pas été charmé par le style magique du groupe Idourar. Un duo qui a signé en lettres d’or la chanson kabyle depuis les années 70. Dans cet entretien, Loualia relate ses débuts dans la chanson et l’idée de lancer un groupe de chants pour aboutir en fin de parcours à une séparation après tant d’années de scènes ensemble. Loualia évoque les raisons de ce couac entre deux artistes. Loualia a promis de revenir sur scène bientôt, mais il a tenu néanmoins à se désengager de certains propos tenus par son désormais ex-compagnon du groupe.

La Dépêche de Kabylie : Votre carrière remonte à plus de trente ans. Pouvez-vous nous relater brièvement le début de cette aventure artistique ?
Loualia Boussaâd : Notre groupe se compose de deux éléments. L’idée a germé pour faire monter un groupe de chant. Nous sommes deux jeunes de Felden, daïra d’Akbou. Déjà très jeunes, on touchait aux instruments de musique. Au début, nous étions un groupe de quelques 8 personnes, et chacun avait son rôle. On se rencontrait en dehors du village pour des répétitions. Depuis, on travaillait ensemble et l’on animait des galas dans les villages avoisinants à cette époque, soit entre 1970 et 1977. Quelques temps après, on a participé à un festival de musique à Alger. Après cette participation, on a composé quelques chansons et je veux souligner que beaucoup de monde nous a encouragé dans cette aventure. A partir de là, nous nous sommes rendus séparément à la célèbre émission radiophonique "Nuba Ihafaden". Comme je l’ai dis, nous étions à deux mais chacun y était pour son compte, mais comme nous étions issus de la même région et que nous nous connaissions auparavant, tout ce que je chantais mon camarade le connaissait et vice-versa. Il y avait Chérif Kheddam qui nous écoutait aux répétitions. En somme, Dda Chérif nous a conseillé de travailler ensemble, surtout du moment que nous avons des liens de parenté et que nous étions natifs du même village. Tous les ingrédients étaient donc réunis pour faire un duo, même les voix et le style de musique. Comme Dda Chérif est un grand artiste, nous avons décidé sur place de former le groupe, et l’aventure a bien marché. Nous avons chanté la chanson Ay Adrar avec l’orchestre de la RTA, et dès lors le groupe fut lancé. C’était en 1978.

Votre style de chansons est propre à la Kabylie. Comment êtes-vous venu à ce style ?
Nous avons une zaouïa proche de chez nous. Comme nous nous rendions souvent en ce lieu, les chants du terroir pratiqués au sein de cette zaouïa nous ont inspiré et ont formé notre personnalité artistique. Tout notre répertoire est le fruit de cette inspiration, même si nous composions nos propres chansons.

Sinon vous avez travaillé pendant combien d’années ensemble et combien d’albums avez-vous produit durant cette période ?
Nous avons travaillé pendant presque trente ans, et nous avons produit durant cette période 18 albums.

Le groupe Idourar est parmi les rares groupes de musique qui ont survécu durant trente ans. Où réside le secret de cette réussite ?
Je pense que le secret de notre réussite est peut-être le lien de parenté qui nous unit. A cela s’ajoute l’envie d’aller de l’avant et de faire toujours plus, ce qui supplantait nos désaccords. Alors là, lorsque la volonté existe, il faut qu’un élément du groupe ferme et l‘oreille et l’œil pour ne pas tomber dans le piège. En plus, le rôle joué par notre public, qui nous conseille souvent de rester uni, est d’un grand apport à cette réussite.

Votre groupe a malheureusement connu, une scission, donc vous êtes seuls. Est-ce que vous allez continuez le chemin en solo et dans la même lancée ?
Le groupe Idourar a un cachet propre à lui et vous ne pouvez pas changer de créneau. C’est un style que nous faisions dès nos débuts, et je pense qu’il est difficile de changer. Le style de Idourar reste propre à ce groupe et il le restera. Je vais donc continuer dans le même style même si pour le moment je n’ai pas de produit à proposer sur le marché, mais il viendra incessamment. Pour cette année, le groupe n’a rien à proposer pour des raisons de séparation. Nous avions convenu d’enregistrer le mois de mai écoulé mais au bout de deux ans de scission le fossé s’agrandit davantage. Je tiens à souligner qu’on travaillait ensemble, soit chez moi à Akbou, soit chez lui à el Kseur, et l’on n’avait pas de problème dans la chanson. Je considère son geste comme une traîtrise, mais mon ancien compagnon qui m’a eu dans cette histoire, car il écoutait trop les gens, m’a vraiment poignardé dans le dos. J’ai tant aimé qu’il m’appelle pour mettre les choses au point, mais c’était le contraire qui s’est produit. Il a dit dans les colonnes de la presse que nous enregistrons ensemble, mais pour les petites fêtes, chacun travaille pour son compte. Il l’a déclaré en France lors du gala du Zénith, où nous étions conviés par Omar Akfadou que je remercie. Lors du gala, nous nous sommes réconciliés et l’on a programmé plusieurs galas en France dans les plus grandes salles de spectacles, comme Marseille, Roubaix, Lyon… Ces galas sont reportés pour le mois d’octobre. Après cette rencontre, j’ai pensé que le malentendu était fini et que nous pouvions reprendre le travail ensemble. En Algérie, nous avons fait depuis l’université de Vgayet, Michelet, des galas de solidarité, etc. Même avec tout cela, le monsieur se préparait pour sa sale besogne. Il a préparé des cartes de visites en son nom, des posters… D’ailleurs, on m’a dit qu’il allait produire un album, je n’ai pas cherché le jour de sa sortie, donc c’est pour cette raison que je veux prendre du temps avant de produire, je ne peux donner du n’importe quoi au public. Et d’ici l’hiver ou l’été, il y aura du nouveau.

De quelle manière pensez-vous faire face à ce problème, surtout lorsque vous dites que votre ancien compagnon vous a trahi ?
Le lien qui nous lie est un obstacle à toute réaction. Vous ne pouvez pas répondre à votre frère de la même manière avec laquelle il vous traite. On est comme ça. Après trente ans d’amitié et en fin de carrière, je ne peux lui faire quoi que ce soit. Même avec tout ce qu’il m’a fait subir, il s’est approprié un travail auquel j’ai participé et cela devant les gens qui nous connaissent, les gens du village… Je préfère continuer mon chemin tout seul. Il m’a fait le même coup durant les années 90, donc il n’en est pas à son premier coup tordu. Tout ce que je peux faire, c’est de ne plus reprendre le travail avec lui.

Sinon, un dernier mot ?
J’ai fait dernièrement la Chaîne II, ça m’a été difficile d’annoncer cette séparation. Arezki, l’animateur, m’en a parlé mais je n’ai pas voulu parler de cela. Sinon, le moment est venu pour tout déballer. Il y a quelques jours, il a déclaré que si j’avais besoin d’aide il m’aiderait. C’est une chose inconcevable à mes yeux. Je lui dirais tout simplement : “Qui pourra aider l’autre ?” J’appelle cela de l’hypocrisie. Enfin, le public connait très bien les qualités de chacun de nous. Il a eu l’audace de déclarer le 29 décembre la séparation le jour où je devais me rendre en France. Pire que cela, il s’est rendu chez des gens que je connais pour dire des bêtises. C’est une chose grave !

Dans le domaine artistique, on n’a pas eu de problèmes, mais sur ce plan un grand fossé nous sépare. Il parle de Kaci Boussaâd du groupe Idourar ; en réalité, le groupe se compose de cinq titulaires et ils sont toujours présents. Même son frère percussionniste est avec moi, donc le groupe est toujours debout même avec le départ de Kaci. Pour ce qui est des fêtes, je suis pris pour toute la période, que ce soit chez moi où chez les Igawawen…
  par M. Mouloudj

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