Je ne suis pas une chanteuse commerciale…

Rencontre avec Drifa

La Depeche de Kabylie 07/08/2008

Je ne suis pas une chanteuse commerciale…Qui ne se souvient pas de “Fkiyid Amendil-iw”, “Awid-afus-im” “Qqarb-ed “ et bien d’autres chansons ayant en un grand succès dirant les années 80 ! Simplicité, générosité, modestie, telles sont les devises de la chanteuse kabyle Zahra Djouder, dite Drifa. Elle est peu encline à nous parler d’elle, de son travail, de son entourage et de sa famille qu’elle préfère garder éloignée des médias. On a un peu de mal à la présenter, puisque c’est une femme touche-à-tout. Doit-on parler de la comédienne, de l’actrice, chanteuse, ou encore de l’animatrice de radio ? L’ambition ne manque jamais chez cette femme, même si les occasions lui sont rares pour se produire devant son public qui se rappelle toujours d’elle et s’interroge sur ce silence ? Pourquoi cette absence ?

La Dépêche de Kabylie : Parlez-nous de votre aventure dans le domaine de la chanson ?
Drifa : Oh, pour être vraiment franche, quand j’étais toute petite j’étais émerveillée par la danse classique. A chaque fois qu’un spectacle était donné j’y allais avec mon père. Le rêve de faire de la danse classique me tenait tant à cœur, mais, hélas, je n’ai pas pu le réaliser.

Pourquoi ?
Mon père refusait

Et la chanson alors !
Pour le chant il n’était pas contre ; bien au contraire il m’a toujours encouragé.
C’est sous l’impulsion de Mohamed Belhanafi que je me suis mise à chanter.

Expliquez-nous cela...
Tout d’abord, il m’a testé dans son émission “Chanteurs de demain”, en 1974, avec une chanson de sa création qu’il a composée spécialement pour moi. en m’écoutant. Il a conclu que je serais mieux dans les chansons à rythme spécial-fêtes. Quand j’ai eu 16 ans, il m’a composé Fkiyid Amendil-iw, Awi-d afus-im Qqarb-ed, Dnnuba-k ass-a et autres, dont j’ai fait un grand succès. J’ai interprété au total une trentaine d’œuvres de Belhanafi. Ma première cassette, je l’ai enregistrée en 1979 au studio CDM de Rouiba. En 1982, j’ai produit un deuxième album. Cette fois avec des textes et des compositions de Taleb Rabah ; entre autres Baddagh Malegh. J’ai aussi chanté trois œuvres de Benmokhtar. Par contre, pour tous mes autres enregistrements : j’ai toujours enregistré au studio de la Radio le reste de mes chansons.

Que fait Drifa en dehors de la chanson ?
Je suis tout le temps à la Radio : je fais du théâtre radiophonique. La Radio est une famille pour moi. J’ai toujours adoré le théâtre aussi. J’y suis depuis plus de vingt ans. Je chante, j’anime ou je fais du théâtre. Même la langue kabyle je l’ai apprise à la Chaîne deux. C’est à la Radio que j’ai tout appris : la langue, la chanson et le théâtre. La Radio m’a ouvert plusieurs portes et m’a initié a beaucoup de choses.

Vous avez eu une petite expérience dans le cinéma ?
(Rire) Oui tout à fait. C’est une petite tentative que j’ai faite dans le milieu cinématographique. J’ai interprété deux rôles : le premier fut dans le film de Mohamed Hilmi Ayech Betnach, le second dans le film de Mustapha Badie intitulé Kenza.

L’expérience du cinéma ne vous a pas plu ou est-ce qu’on ne vous a plus sollicité ?
Non, non, bien au contraire j’aime le cinéma et j’aimerai toujours avoir des rôles. Mais cela ne dépend pas de moi. Après ces deux rôles il n’avait plus rien dans ce chapitre.

Pourquoi selon vous ?
En toute franchise, je trouve qu’actuellement les réalisateurs font appel aux acteurs et actrices d’ailleurs que dans le domaine. Les anciens acteurs ne sont plus demandés.

Avec qui avez-vous travaillé généralement, dans les pièces théâtrales radiophoniques bien sûr ?
Oh, j’ai souvent travaillé avec Arezki Nabti, Mohamed Hilmi, Saïd Hilmi, Brahim Derri, Ali Abdoun et bien d’autre. J’ai entre autres, côtoyé Chérif Khaddam et Cheikh Noureddine pour la chanson.

Qu’est-ce que cela vous fait de travailler avec ces grands artistes ?
Je peux vous dire que je suis vraiment chanceuse. En quelque sorte, j’étais comme leur fille.

Vous avez aussi animé quelques émissions à la Radio
(Rire) Exact. J’ai animé l’émission “Chanteurs de demain” avec Mohand Rachid, une autre avec Benhala sur l’agriculture, puis celle avec le docteur Bessa Mekhlouf portant sur le thème de la santé et la dernière avec Taleb Rabah Ahlil Wurnezri.

On constate qu’il y a quelques artistes qui étaient en vogue durant une bonne période et dont on n’en entend plus parler, telles que Karima, Zahra n’Soumer, Malika Domrane et vous aussi. Pourquoi ?
Moi, je n’ai jamais quitté la scène artistique, la chanson également. J’ai toujours été présente même dans les moments les plus difficiles qu’a connu notre pays. Les autres chanteurs et chanteuses — je ne dirais pas tous — ont quitté le pays pour des mesures sécuritaires, moi par contre j’étais là, j’ai chanté, j’ai animé des galas, j’ai sillonné presque tout le territoire national. Mais quand tout est rentré dans l’ordre je me retrouve aux oubliettes, que ce soit de la part de l’ENTV ou des établissements qui organisent les festivités. Il est vrai que je n’ai pas de nouveau produit de cassette, mais je suis toujours présente. Seulement, je tiens à dire que je ne suis pas une chanteuse commerciale. Je ne chante que ce que je ressens. Si je fais une reprise je dis toujours que cette chanson appartient à tel ou tel chanteur ou chanteuse, tout en conservant l’air de la chanson. Ce que je vois maintenant, c’est tout à fait différent. Je vais vous raconter quelque chose, à titre d’exemple, que j’ai vu et entendu récemment lors de ma participation à un gala à Béjaïa : il y avait un jeune chanteur dont le nom m’échappe, qui est monté sur scène et a chanté une ancienne chanson qui relate l’histoire d’une fille orpheline Ayassaro, le problème n’est pas là, mais dans ce qu’il a dit : "je vais vous chanter une de mes dernières chansons" il a gardé le refrain Ayassarou, mais il a remplacé les autres paroles par d’autres d’amour. Comment voulez-vous qu’on se rappelle des anciennes et anciens chanteurs qui se sont sacrifiés pour que la chanson kabyle arrive à ce niveau ?

Etant donné que votre époux et vous, êtes des artistes, acceptiez-vous que l’un de vos enfants le soit aussi ?
Non, absolument pas. Même si mon fils devient un mécanicien ou même un éboueur, mais chanteur non.

Pourquoi ?
Tout simplement parce que ce n’est pas un domaine facile ; bien au contraire, c’est parce que je lui souhaite un travail plus stable et plus durable.

Que fait Drifa actuellement ?
Je suis toujours à la Radio, où je fais partie de la troupe de théâtre de l’ENRS en qualité de comédienne. Je participe aussi à des cérémonies familiales.

Vos projets ?
Pour le moment pas grand-chose.
 

par Kafia Aït Allouache

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