Yella zik-nni » pour les At tura

Nouvelle publication

La Depeche de Kabylie 20/07/2008

Aru, des éditions L’Odyssée, vient d’enrichir le chantier désormais décomplexé de la littérature kabyle d’un recueil de vingt-neuf contes. Yella zik-nni , l’œuvre en question, est signé Salem Zenia. Ce dernier, pour les non initiés qui ne le connaîtraient pas, est journaliste, romancier et poète. Il a déjà doté la bibliothèque amazighe de trois recueils de poésie : Tirga n Yidir (1993), Tifeswin (2005) et Itij aderghal » (2008).

Salem Zenia est également l’auteur de Tafrara (1995), l’un des premiers romans écrit en kabyle et qui traite de la revendication identitaire. En 2002, Zenia a voulu être le témoin de son temps : le terrorisme et la gestion politico-militaire du pays focalisera son intérêt romanesque. Résultat et au grand bonheur des lecteurs de plus en plus exigeants, il accouchera de Ighil d wufru, l’un des rares romans à tourner le dos à une thématique franchement identitaire.

Avec Yella zik-nni, Salem Zenia passe d’une littérature romanesque savante à une littérature populaire. Il passe d’une fiction individuelle à un autre univers fictionnel collectif où l’imaginaire transcende le temps et l’espace. Bien qu’il s’agisse de transcription, nous retrouvons dans ce recueil une multitude d’informations, de définitions et de précisions à propos de ces timucuha transcrites. Ce qui donne un cachet savant à l’œuvre. A juste titre, ceci est d’ailleurs souligné en quatrième de couverture : « Salem Zenia maççi kan d tukksa i d-yekkes timucuha-agi seg yimi n tatut. Yessewjed-itent-id daghen i tghuri akken yessefk lhal… » En effet, Salem Zenia ne s’est pas contenté de recueillir des contes et les coucher ‘’brutalement’’ sur du papier: il a essayé de transposer le code oral des contes au code écrit. Démarche intelligente que nous ne retrouvions pas souvent dans d’autres recueils de même nature. L’auteur a travaillé la ponctuation en essayant tout de même de garder les marques de l’oralité telles que la répétition et les formules magiques qui ‘’abordent’’ et ‘’closent’’ le monde imaginaire du conte.

Zenia commence Yella zik-nni par définir le conte en insistant sur les différentes dénominations de ce genre littéraire : « Tamacahut ghas mxallafen yismawen-is, tettawi-d ghef takunt… »[1]. Il explique aussi que ses sources sont aussi bien des hommes et que des femmes. Ils diffèrent en fonction de ceux qui les racontent : les contes ‘’des hommes’’ ne ressemblent pas à ceux contés par les femmes. ‘’Les contes citadins’’ ne sont pas formellement les mêmes que les contes racontés par les montagnards…
Au-delà du plaisir qu’il procurera au lecteur, Yella zik-nni peut aussi intéresser le chercheur pour qui le conte est une expression sociologique, littéraire, culturelle d’une époque, d’une ethnie…
Fidèle à ses habitudes, Zenia a accordé beaucoup d’intérêt au « amawal ». Nous y avons découvert beaucoup de néologismes, de mots d’autres variantes qu’il a pris le soin d’expliquer en bas de page.
Dans ce recueil, le souci de Zenia n’est pas seulement de préserver ces contes, il a débordé sur le souci de la recherche littéraire et lexicale. Le lecteur trouvera dans ce recueil, non seulement des contes bien transcrits, mais aussi une multitude d’informations, de connaissances qui seront sans aucun doute un déclic pour tous ceux qui considèrent le conte comme matière à explorer.

Le recueil de Zenia peut fonctionner comme un livre de chevet, de poche qui procure un moment de plaisir certain, d’évasion et de détente. Un recueil qu’une mère pourrait lire à son enfant pour le bercer dans un monde imaginaire et, qui plus est, dans sa langue maternelle. Dans « Yella zik-nni » il y a plus que du récit peuplé de roi, de reine, de teryel, waghzen…qui permettent un moment de détente et d’évasion. Donc, une raison de plus pour aller vite le chercher, le trouver, le lire et le faire lire.
 

par T.Ould Amar

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