MOHAMED HILMI


«Le cinéma kabyle existe depuis les années quarante»

MOHAMED HILMIRencontré jeudi en fin de journée à la Maison de la culture de Tizi Ouzou, la figure de proue du sketch kabyle mais aussi du petit écran et du théâtre algérien, Mohamed Hilmi, nous a accordé cet entretien. Il livre ses impressions sur le Festival du film amazigh, donne des conseils aux jeunes artistes du 7e art et rappelle que le cinéma d’expression kabyle ne date pas d’aujourd’hui.

L’Expression: Quelle est votre appréciation par rapport à ce festival?
Mohamed Hilmi: Je ne peux qu’applaudir une pareille initiative. Elle est très importante. D’abord, elle permet le contact entre le public et les artistes. De telles rencontres offrent l’opportunité de découvrir éventuellement de nouveaux talents. C’est aussi l’aubaine de redécouvrir les anciens talents qui se débattent tout seuls à faire des choses. C’est la seule occasion où ils peuvent présenter leurs produits. Peut-être qu’un produit peut s’imposer plus qu’un autre, mais dans un festival, on peut découvrir de nouveaux talents.

Le cinéma amazigh est en train de naître. Des critiques sévères sont formulées au sujet des produits projetés dans le cadre du festival, qu’avez-vous à dire là-dessus?
Il n’est pas en train de naître. Le théâtre et le cinéma amazigh existent depuis l’âge de pierre.

Mais il y a quand même une relance qui est en train de se faire depuis au moins cinq ans...
Il ne faut pas être très pédant. Je m’adresse à nos amis de la presse qui doivent encourager ce genre d’initiatives.
La critique est facile. Un jeune qui vient au festival, c’est pour quoi? Il débute. Il ne peut pas débuter avec un chef-d’oeuvre. Progressivement, on peut travailler. Ils ont besoin d’être encouragés. Petit à petit, le débutant pourra évoluer. Il y a des festivals de films professionnels. Après cela, il doit y avoir ce genre de festivals pour encourager les jeunes talents. Dans ce festival, il n’ y a certes pas de professionnels de cinéma, mais il y a des jeunes qui méritent d’être encouragés.

Quels sont les conseils que vous pourrez prodiguer aux organisateurs de ce festival afin de le perfectionner?
Il faut élargir le cercle. Il ne faut pas se contenter de deux ou trois personnes qu’on connaît. Il faudrait aussi impliquer la participation étrangère. Le festival ne peut être qu’une liaison pour un enrichissement mutuel. Il faudrait nous enrichir de nos mutuelles différences. Ceci est nécessaire. Il faut aussi aller dans n’importe quel coin du pays pour dénicher les jeunes talents. Cette étape permettra par la suite au ministère de la Culture de leur assurer des formations pour s’améliorer.

Vous avez récusé notre affirmation que le cinéma amazigh est naissant, qu’avez-vous à ajouter comme précision sur cette question?
Le cinéma et le théâtre amazighs ne sont même pas nés après l’indépendance. J’ai présenté une pièce en kabyle en 1952 à Tizi Ouzou, à Azazga, à Fort National et à Azeffoun. La radio kabyle est née en 1948. Maintenant, qu’il y ait de la promotion et que le théâtre et le cinéma amazighs évoluent et progressent, c’est tant mieux. Mais il ne faut pas renier ce qui est passé, car c’est une question d’histoire. C’est une falsification de l’histoire que de dire que le théâtre et le cinéma amazighs sont nés aujourd’hui. C’est une insulte à l’histoire. La presse doit justement la protéger. Il y a une relève qui va lui donner un essor considérable, on ne peut que s’en réjouir.

Pour terminer, que pourriez-vous dire aux jeunes talents qui s’intéressent au cinéma amazigh?
Du courage. Il faut aller de l’avant. Il faut avoir un esprit ouvert pour les langues tout en préservant la langue avec laquelle le jeune talent combat. Il ne faut pas omettre de s’intéresser à l’apport des autres cultures qui sont enrichissantes et non dominantes.

Entretien réalisé par Aomar MOHELLEBI

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