Quand le cinéma amazigh perd sa cause...d’existence


«Qui se blesse soi-même ne se manque jamais.» - Proverbe berbère

Comme il fallait s’y attendre, le film marocain Itto Titrit de Mohamed Abbazi a remporté samedi soir l’Olivier d’or de la 10e édition du Festival du film amazigh. Ce film, montrant la condition difficile des femmes berbères en pleine colonisation française, a ému l’assistance lors de sa projection. Le cinéma marocain d’expression amazighe s’affirme une nouvelle fois en Algérie.
En 2008, le réalisateur marocain Yacine Fennane avait remporté le Prix du meilleur film au Festival du film amazigh de Sétif avec le film Le Squelette. Ce nouveau succès de la fiction amazighe marocaine lève le voile surtout sur la faiblesse ou l’inexistence du cinéma amazigh en Algérie.

Contrairement à ce qu’a déclaré Mohamed Hilmi dans son interview que le cinéma amazigh a démarré avant l’Indépendance, le cinéma amazighe existe réellement depuis les années 90, plus précisément depuis les trois films La Colline oubliée, Machaho et La Montagne de Baya. Hilmi semble mélanger le théâtre et le sketch auquel il a activement contribué depuis les années 50, aux films de cinéma qui, généralement, sont distribués en salles. Aujourd’hui, il existe seulement 6 longs métrages en 35 mm ou 16 mm (format du cinéma). En plus des trois films cités, il y a La Fin des djins de Chérif Aggoun, Le Vendeur de neiges de Achour Kessai et les deux derniers films en tamazight: Si Mhand Ou Mhand de Rachid Benalal et Areski l’Indigène de Djamel Benddedouche. Même Mimezrane d’Ali Mouzaoui n’est pas un film de cinéma mais seulement un téléfilm en vidéo. En revanche, on peut même considérer le film Ayrouwen, produit par Belkacem Hadjadj comme un film de cinéma d’expression amazighe, puisqu’on parle touareg, l’une des expressions amazighes. Les reste des films d’expression amazighe sont réalisés en vidéo par des réalisateurs presque amateurs et par conséquent, on ne peut les considérer comme des films de cinéma. Donc, si on comptabilise les films de cinéma amazigh algérien, il n’existe réellement que sept productions. Ce qui est extrêmement faible par rapport à la production normale ou amazighe existante dans d’autres pays comme le Maroc.

Mais le plus important à signaler est qu’il existe deux tendances dans la production audiovisuelle et cinématographique amazighe: les créateurs proches de la ligne gouvernementale et moins indépendants dans le traitement des sujets sur l’amazighité et qui font généralement dans l’humour et dans l’histoire et les cinéastes engagés dans la cause amazighe, comme Belkacem Hadjadj, Bouguermouh ou feu Azzedine Meddour qui avaient fait des films très culturels. Aujourd’hui, la cause amazighe et la défense pour l’identité revendiquée un certains 20 avril 1980 ont sensiblement disparu. Place alors à la création. Ce que certain réalisateurs sont incapables aujourd’hui de faire. Ce qui explique la faiblesse des contenus des films amazighs algériens, alors que ce ne sont pas les sujets qui manquent en Kabylie. Or, nos cinéastes ou réalisateurs sont incapables de raconter une histoire kabyle ou berbère contemporaine sans évoquer le passé ou la culture.

Le cinéma amazigh marocain est plus en forme et mieux engagé que l’algérien, car il a bénéficié du soutien du ministère des Communications qui, à travers Film Industry Maroc, a produit depuis, plus de 20 films en tamazight et même créé des studios dans la ville d’Agadir où est installé le Festival d’expression amazigh. Donc le problème réel du cinéma amazigh en Algérie est multiple: la création et l’aide au soutien.

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