Bachir Lazhar: Exil et culpabilité


Med FellagQuand le réalisateur Philippe Falardeau a assisté, en 2007, à une représentation de la pièce Bachir Lazhar, d’Évelyne de la Chenelière, il est immédiatement tombé amoureux du personnage. «J’étais avec mes producteurs, et je leur ai dit : “C’est mon prochain film, ça!”» raconte le réalisateur.

Et ce, même si cette pièce ne mettait en scène qu’un seul personnage… ou plutôt à cause de cela. «Ça ne m’aurait pas intéressé de simplement transposer une pièce au cinéma, mais là, je savais que je pourrais broder autour du personnage, créer l’univers autour de lui, et ça, ça me stimulait!»

Bachir Lazhar est un Algérien immigré au Québec qui, après avoir appris le suicide d’une enseignante de sixième année, va offrir ses services pour la remplacer, prétendant avoir été instituteur à Alger, ce qui n’est pas tout à fait vrai... «Le vrai thème du film, c’est le sentiment de culpabilité, explique Philippe Falardeau. Celle des étudiants par rapport à la mort de leur professeure, et celle de Bashir face à la perte de sa famille en Algérie. Mais c’est aussi l’enseignement, l’immigration, le deuil, la violence… J’essaie toujours d’aborder mes films avec un canevas riche à plusieurs niveaux.»

C’est un retour à un cinéma plus social et engagé pour le réalisateur, qui demeure tout de même dans la veine de ses films très axés sur les personnages. «Je boucle la boucle, en quelque sorte», dit-il. Pour le rôle de Bachir Lazhar, le cinéaste a choisi Fellag, comédien algérien vivant en France depuis plusieurs années. «Fellag est un homme de scène, qui a un humour lyrique, un peu burlesque et politisé. De plus, Fellag a lui-même vécu le fait d’être menacé de mort dans son propre pays, quand il a été forcé de s’exiler en France.»

«Je joue sur une partie de ma mémoire de ces événements, confirme Fellag. Ce que je trouve intéressant aussi, c’est que le personnage, comme moi, s’adapte bien aux différences culturelles. C’est intéressant de voir un personnage qui n’est pas fermé à la culture des autres, parce qu’en fait, quand on est dans un nouveau pays, il faut l’absorber au maximum, cette autre culture celle qu’on a en nous ne disparaîtra jamais.»

Comme son film met en scène un personnage algérien au Québec, difficile de passer à côté : que pense Philippe Falardeau de la déclaration de Jacob Tierney, selon laquelle le cinéma québécois est trop blanc et francophone? «Quand j’ai lu ça, je me suis d’abord dit : “Il a raison”, et ensuite : “Ça m’agace, parce qu’il va avoir une tribune là-dessus toute la semaine!” Je crois qu’on ne peut pas obliger les artistes à écrire sur un sujet. Mais d’un autre côté, c’est la responsabilité des artistes d’être de leur temps, et donc d’adapter leur œuvre à la réalité d’une ville comme Montréal.»

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