Awal d wuzzal : Arezki Lbachir*


Arezki LbachirLa parole et les armes, awal d wuzzal (Disait la tradition kabyle pour qualifier tout homme d’honneur)
La Kabylie fut conquise en 1857, mais l’autorité française fut encore sérieusement secouée lors de l’insurrection de 1871. Cette période correspond à l’enfance et à l’adolescence d’Arezki Lbachir. La répression de l’insurrection de 1871 fut extrêmement dure et ses conséquences n’épargnent aucune région de la Kabylie .

Les autochtones que les brimades et les exactions de l’administration coloniale avaient poussé à se révolter et à se faire hors-la-loi, que Violard appela : “les bandits d’honneur...” Dans la région de Tamgout, Yakouren et Akfadou, il a défrayé la chronique vers la fin du 19e siècle. Arezki Lbachir est né en 1859 à Bouhini de la tribu des Ath Gobri.

Il est entré dans la légende, déjà, de son vivant, Emile Violard lui consacre plusieurs pages, où il écrit : “je ne rapporterai, ici, que les anecdotes dont j’ai, sur les lieux-mêmes, vérifié l’authenticité”. Ces longues pages que lui consacre Violard révèlent un personnage aux multiples facettes.
La Kabylie fut conquise en 1857, mais l’autorité française fut encore sérieusement secouée lors de l’insurrection de 1871. Cette période correspond à l’enfance et à l’adolescence d’Arezki Lbachir. La répression de l’insurrection de 1871 fut extrêmement dure et ses conséquences n’épargnent aucune région de la Kabylie.

La vie d’Arezki fut donc, à l’image de celle de la majorité absolue de ses concitoyens.
D’abord berger, puisi cireur à Alger, garçon de bain maure, manœuvre, bucheron, petit khemés à Azzazga. C’est à la suite de démêlées avec la police et la justice française qu’Arezki prit le maquis. Il n’était pas le seul, une vague de révoltes inquiéta sérieusement les plus hautes autorités françaises.

La nature qui poussa Arezki à prendre le chemin du maquis, les sources sont différentes, Jean Brune, qui ne cite pas ses sources, affirme qu’il s’agit d’un meurtre. “Arezki s’est engagé comme manœuvre chez un entrepreneur de Fort National. Un jour, il se prit de querelle avec un employé de l’entreprise et le tua. Pour échapper aux gendarmes, il prit le maquis.”

Pour Emile Violard, il s’agit d’un vol, commis en 1887, dans “la villa Régina, surpris par les agents de police, il réussit néanmoins à s’échapper. Arezki prit le maquis. La cour d’Alger le condamna, pour ce chef, à vingt ans de travaux forcés par contumace”.
Lors de son procès, alors qu’il se savait  condamné à mort, Arezki revendique tous les meurtres qu’il a commis et en explique les raisons, mais il rejette énergiquement l’accusation de vol. “Je ne suis pas un voleur, Monsieur, le juge.”

Un homme chevaleresque facétieux maniant la parole et les armes. Son premier atout fut la parole, il subjugue par sa merveilleuse éloquence et ses réparties cocasses. A la parole s’ajoutèrent, après l’entrée au maquis, les armes. Il possédait un fusil offert par le gouverneur Tirman à Saïd-ou-Ali, le célèbre tueur de panthères, Arezki vantait à tout propos la précision de cette arme à laquelle il tenait beaucoup ; il était aussi armé de deux revolvers, d’un poignard et d’un couteau empoisonné. Sa cartouchière contenait cinquante balles, qu’il faisait lui-même.

Il faut préciser que la violence d’Arezki était ciblée, elle ne touchait pas les Français mais l’administration coloniale à travers ses relais autochtones, présidents de douar, amins, caïds nommés par l’administration.
Lorsqu’il avait une vengeance à exercer, un président de douar ou un mouchard à tuer, c’était toujours lui qui se chargeait de la besogne. Il opérait loyalement, tuant par devant, jamais par derrière, après avoir averti son monde... souvent il assista à l’enterrement de ses victimes.
La parole et les armes, certes, mais à conditions de savoir s’en servir, disait le code de l’honneur. La loyauté était la condition première que posait ce code dans l’exercice de la violence : ne jamais abuser de la victoire qu’on pouvait avoir sur son adversaire supposé être un pair, dans le cas contraire, le cycle de la violence, qu’elle soit physique ou symbolique ne pouvait être gagné sans peine de déshonneur.

Il était aussi impératif d’agir dans le face à face pour tuer son adversaire, par derrière c’était une infamie. Cette loyauté ne se cautionnait pas, pour Arezki, dans l’exercice de la violence.
Il eut plusieurs gestes de générosité, restitution des objets volés à leurs propriétaires, etc. Chez Arezki, la loyauté allait souvent de pair avec courage : “Un président de douar avait était tué ; sur énonciation d’un cousin de la victime, l’autorité s’était emparée d’un citoyen du douar et l’avait emprisonné. Arezki informé de l’arrestation, se rendit en plein marché de Tizi Ouzou, chercha et rejoignit le dénonciateur, puis, devant un millier d’indigènes, il le traita de lâche, de vendu, de fils de chienne et il ajouta : tu vas dès aujourd’hui, te rendre chez l’administrateur, tu lui diras que tu as menti, que je suis le seul auteur de ce meurtre que, si dans quarante-huit heures, l’innocent n’est pas relâché, je tuerai l’administrateur et le dénonciateur. Vingt-quatre heures après, l’emprisonné injustement, était libre.

Son groupe comptait environ trois cent hommes, tous choisis par lui. Il avait avec lui des combattants convaincus et non des bandits ou des voyous. Il paraîtrait qu’il ait eu même des contacts avec cheikh Bouâmama qui, entre 1881 et 1883, avait mené l’insurrection du sud de l’Oranie.
L’administration coloniale se faisait beaucoup de soucis à cause d’Arezki qui devenait le “justicier” auquel les villageois de toute la contrée demandaient de l’aide. Lui, rendait la justice et remplaçait de ce fait l’autorité coloniale dans de nombreux cas.

C’est ainsi que le gouverneur d’Alger, en 1893, décidera d’envoyer une expédition contre Arezki Lbachir et ses hommes. Après près de deux mois de traque et à cause des moyens et des efforts déployés dans la région. Fatigué Arezki sera finalement arrêté.

Cela faisait à peu près, quinze ans que le justicier de la Kabylie menaçait l’autorité coloniale. La nouvelle de l’arrestation d’Arezki Lbachir fit sensation dans tout le pays et particulièrement à Alger.
Lors de sa comparution, au tribunal d’Alger, Arezki répond au juge :
“J’ai tué, je le reconnais, et je revendique hautement la responsabilité des meurtres que la société française me reproche. Mais je repousse, avec énergie, l’accusation de vol qui pèse sur moi...
Si j’ai pris la forêt, à qui la faute ?... A l’administration. Mon père était propriétaire de cent cinquante hectares de terres, il avait des oliviers, des figuiers ; il pouvait faire des céréales.
Petit à petit, il a été dépouillé par les Domaines, par les agents forestiers, par les amins alliés des administrateurs.
A ces gens, il faut sans cesse donner de l’argent, des moutons, des chèvres, des volailles. Mon père et mon grand-père ont toujours refusé. Je suis leur exemple”.


* Arezki Lbachir Ouali n’Ath Ali*
Documentation : - Le banditisme en Kabylie, Arezki Abdoun et Cie (E. Violard)
-DBK

La Dépêche de kabylie

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