Hommage à Si Muh U M’Hand à Tizi Ouzou


Un poète au lyrisme douloureux

À l’occasion de la Journée mondiale de la poésie, la direction de la culture de la wilaya de Tizi Ouzou, en collaboration avec les associations Si-Muh-u-M’hand et Youcef-Oukaci, organise depuis hier, et ce jusqu’au 9 de ce mois, un hommage au poète kabyle Si Muh U M’hand. Les activités se dérouleront à Azeffoun, Aghribs et Tizi Ouzou. L’ouverture a eu lieu hier à l’esplanade d’Azeffoun.

Des journées de poésie sont programmées dans ces localités avant de s’étendre à Ichariouène, village natal du poète, où un recueillement est prévu samedi prochain. Si Muh U M’hand est un poète qui, non seulement représente une époque, mais tout un art lyrique synonyme de liberté, de jeunesse, d’“amour” et de “muses érotiques”, comme disait de lui l’écrivain Mouloud Feraoun dans son livre les Poèmes de Si Muh U M’hand.
Mais pourquoi cette obsession pour la femme, pour l’amour ? Il revendiquait son amour pour “elle” avec toute liberté, s’opposant à une société conservatrice où régnaient les interdits.
Est-ce seulement son histoire tragique qui fut à l’origine de son errance ou même sa “curiosité” naturelle qui le poussait à voir au-delà des choses le menant vers l’absolu ?
Le poète savait apparemment plonger dans le néant en quête de réponse à sa liberté, suivant son inspiration et un lyrisme douloureux qui démontre sa souffrance.

Si Muh U M’hand fut, selon Feraoun, “accueilli et fêté, surtout par la jeunesse dont il connaît bien le cœur et dont il sait traduire les sentiments en une langue digne des sujets qu’il chante…” Et c’est pour cette raison que l’on n’hésita pas à l’appeler le poète de l’“amour” et des “muses érotiques”. En fait, n’était-il pas le briseur d’interdits ?
N’ayant pas cette force de dire les choses et aussi cette liberté de revendiquer sa part de plaisir, cette jeunesse n’avait-elle pas trouvé en lui ce porte-parole d’un monde banni ? Un monde d’érotisme, que l’on garde pour soi, que l’on refoule dans sa mémoire et dans la rive de l’imaginaire pour le vivre comme un rêve ou une obsession. Dans son livre, Feraoun fera remarquer que “la conception de l’amour chez les Kabyles est particulière…, les mœurs sont farouches, les sens exigeants. Il faut concilier l’ardeur du besoin physique avec la crainte du scandale ou des représailles…”

Mais ce n’est pas forcément ce qui aurait touché Si Muh U M’hand, ou bien d’autres poètes de sa génération, puisque Feraoun citera le bon sens des montagnards et dira que Si Muh U M’hand était malheureux et s’en prenait à son destin. Par ailleurs, dans la poésie de Si Muh U M’hand, l’on retrouve un romantisme vécu avec la plus grande noblesse et tendresse : “Un jardin bien irrigué, des fleurs parfumées, menthe et jasmins, abricots et pêches, l’image du paradis terrestre des pays qui ont soif…”

Mouloud Feraoun avait dressé un portrait physique et moral du poète tout en évoquant la rupture d’harmonie entre ces deux forces qui, en conclusion, pourrait avoir fait la force poétique de cet homme qui était en perpétuel duel intérieur.

LIBERTÉ

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