Hommage à Tahar Djaout

InfoSoir 26/05/2008

L’écrivain au verbe limpid

Evocation n Voyageur infatigable de l’écriture diaphane, bourlingueur d’un verbe annonciateur de lendemains plus cléments à nos lèvres desséchées, Tahar Djaout a été ravi à l’affection des siens dans le tourbillon d’une violence aveugle.

Lui qui avait pourtant suivi les chemins sinueux de la création littéraire s’en est allé à l’orée de l'été 1993, le 26 mai, sans crier gare, dans un silence assourdissant. Il avait légué aux générations futures dans sa pleine maturité une œuvre de longue haleine couronnée en 1991 par le prix Méditerranée pour son dernier roman, Les vigiles.

Pourfendeur impénitent des idées reçues, du conformisme suranné, il avait mené de front deux carrières sa vie durant avec la même passion dévorante des artistes lettrés, nourri à un optimisme qui lui disputait la sagesse sereine de son regard pétillant et la candeur du sourire radieux dans un visage avenant, les yeux brillant d’intelligence magnanime. Journaliste et patriote convaincu avec une plume qui savait chercher une lumière à l’horizon, en prodiguant la gaieté de sa verve créatrice, on le retrouvait chaque week-end dans les colonnes d’Algérie-Actualité où il se creusait l’esprit avec un savoir et une culture inégalés pour une possible vérité. Les convictions de l’homme – aux dires de beaucoup, un bon vivant – prenaient alors le pas sur les préoccupations profondes de sa société ; le journaliste qu'il était, apparaissait soucieux d’analyser entre les lignes revêches de l’écriture tout l’univers de la réalité qui l’entourait, aiguisant son art jusqu’aux frontières de la réflexion.

En parallèle, il y avait son autre lui-même, son alter ego invisible, l’écrivain Tahar djaout qui, depuis sa première expérience littéraire avec L’Exproprié, un monologue surréaliste sur la liberté d’être et les difficultés complexes de l’existence, apprenait déjà à enjoliver le réel dans un torrent de mots comme une parfaite interrogation métaphysique sur la vie. L’écrivain avec sa voix au timbre particulier poursuivant sa carrière en publiant Les chercheurs d’os aux éditions du Seuil, vaste réquisitoire contre les idées obtuses des tenants du système d’alors. Suivra un ouvrage qu’il édite en Algérie et qui regroupe, outre une pièce de théâtre, l’ensemble de l’entretien qu’il a eu avec l’écrivain Mouloud Mammeri.
Avec l’ouverture médiatique et la naissance de la presse indépendante, il crée l’hebdomadaire Ruptures autour d’une équipe dynamique.

Son dernier roman, Les vigiles, coédité chez Bouchène, est incontestablement son œuvre la plus aboutie. Le style de l’écrivain devient réaliste, sa plume est sobre et épurée et aborde dans une fiction les mutations sociales et économiques de l’Algérie des années 1990. C’est avec toute une conception littéraire qu’il observait les changements intérieurs. La problématique de la création esthétique y est posée en filigrane avec la nécessité d’inscrire dans le vaste champ culturel les traditions spécifiques et authentiques des algériens.
 

par Louisa Kendil

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