La femme, gardienne des traditions et médiatrice privilégiée

Culture berbère

La Depeche de Kabylie 19/05/2008

La femme, gardienne des traditions et médiatrice privilégiéeMédiatrice initiée et privilégiée entre l’intérieur et l’extérieur, entre le monde d’en bas et le monde d’en haut, la femme amazighe emprunte à la nature même son propre langage, au même titre que l’« Agourram », le « sage », celui qui sait, l’« Aggag » touarègue au savoir ésotérique, sortes de druides- chamans de la cosmogonie amazighe ; comme eux et au même titre que l’artisan, elle a toujours détenu les secrets des pratiques divinatoires et thérapeutiques, issues de nombreuses traditions très anciennes qui trouvent leur origine dans le Néolithique capsien et enrichies successivement au cours des siècles par des apports étrangers, mésopotamiens, égyptiens grecs, romains, juifs, arabes…

Car la femme amazighe, pilier de la maison, a toujours été le garant de cette âme berbère qui est restée profondément attachée à la terre et au spectacle permanent et changeant à la fois des phénomènes naturels ; pendant que l’homme s’adonnait aux activités de la chasse, à l’extérieur du village, la femme a eu le loisir d’observer la nature et de la cultiver, d’assister aux naissances et l’évolution de la vie, d’observer chaque domaine des règnes naturels- animal, végétal, minéral et éthéré (vents, nuages, brumes, air)- étant censé être animé par un esprit agissant qui lui est propre, dont il faut s’attirer l’approbation et la protection, savoir vivre en toute harmonie avec lui et être capable de déchiffrer son langage et ses présages :  le vol de l’hirondelle, les filaments de laine accrochés à la branche, le changement du vent ou de la couleur du ciel, les traces laissées par l’animal sur le sable, sont autant de messages adressés à l’Homme pour le prévenir et lui indiquer sa marche dans la vie et les dispositions à tenir.
Le mouvement régulier des astres dans la voûte céleste, le retour régulier des saisons et des travaux agricoles périodiques qui leur sont inhérents, impriment également dans les consciences une idée d’ordre supérieur et d’harmonie universelle, un mouvement de la vie collectif qui englobe l’être humain, qui n’en est qu’un élément, à pied d’égalité avec toutes les autres manifestations de la nature-mère. Depuis le Néolithique les femmes surtout furent les gardiennes de l’âme et de la culture amazighs, les principales détentrices du patrimoine culturel qu’elles ont su préserver et qu’elles continuent de transmettre de génération en génération. Ce savoir millénaire issu de l’observation de la nature, de ses cycles et de ses manifestations, elles l’expriment dans toutes leurs pratiques quotidiennes, qu’elles soient d’ordre spirituel, artisanal, esthétique ou domestique, créant ainsi la cohésion et la permanence de la famille, de la tribu et du peuple amazighe, malgré les aléas de la vie et les bouleversements historiques : qu’elle soit citadine ou rurale, la femme amazighe maintient intact et continu ce fil conducteur qui relie les générations nouvelles avec les anciennes, établit le dialogue entre les monde visible et invisible; comme ceux de son village, des oasis tunisiennes, des déserts sahariens, des plaines algériennes ou des montagnes marocaines, la même mentalité, le même esprit qui unit toute une nation homogène, malgré l’apparente diversité, l’absence de cohésion politique, la même sagesse est transmise fidèlement, car la femme berbère est conservatrice, bien que curieuse et opportuniste, elle ne met jamais en péril l’héritage culturel et la masse d’expériences accumulées depuis les origines.

Ce qui apparaîtra anodin, superflu ou relevant d’un folklore désuet aux yeux du profane, par exemple des motifs géométriques peints sur une poterie quelconque, un tissage discret ornant un tapis ou le revers d’un burnous, un motif particulier ornant un bijou ou quelque dessin au henné ou la forme d’un tatouage aura une signification toute particulière pour l’initié, car tous ces symboles possèdent un signifiant riche de sens et utilisent un vocabulaire codifié, qui est la trame solide et permanente de tout un peuple et sa culture, son essence profonde, encore plus résistante face aux modes et aux assauts du temps,un repère face aux bouleversements religieux et historiques. L’ensemble de ces symboles et motifs exprime effectivement la forte unité culturelle de tout un peuple, comme signes de reconnaissance parmi les membres d’une vaste famille ils permettent de reconnaître à certains détails particuliers l’appartenance régionale ou sociale de celui qui les porte.

C’est dans cette tradition toute agraire que se situe l’art de la prédication amazighe, qui, rappelons- le, puise toute sa force, son originalité et son expression dans la vie agricole et pastorale ; contrairement à l’astrologie mésopotamienne, qui a donné naissance à l’astrologie occidentale, et qui sont toutes deux basées sur l’observation des astres, par opposition à la divination orientale, surtout arabe, qui identifie la vie humaine à un combat et qui utilise une symbolique guerrière ( les armes ), la prédication amazighe est chargée d’une symbolique toute pacifique, rationnelle, empruntée à la nature et à la vie quotidienne.
 

par R.C.

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