Ali Amran à Montréal


Ali Amran à Montréal« C'était vital pour moi de faire communiquer  les univers musicaux pour me sentir entier ». Cette citation résume à elle seule la profondeur de l'artiste Ali Amran. Il a certes été influencé par son milieu naturel : la Kabylie, mais également le monde. Il est jaloux de son identité, mais  très ouvert sur les genres musicaux de tous les peuples.


Ali Amran est un artiste kabyle et algérien. Depuis quelques années, il fait partie des artistes algériens d'expression amazighe qui ont su par leur mélodie, leur texte et leur voix séduire des millions de personnes. Écouter chanter Ali ou tout simplement l'entendre parler aux journalistes donne de l'espoir quant à l'avenir de la chanson kabyle soutenue. Invité par l'association Tiregwa, Ali Amran se produira le 3 novembre 2012 à la salle de spectacle Le Château de Montréal au grand bonheur de ses fans et des amoureux du vrai art. Dans ce modeste entretien, il a accepté de répondre aux questions de berberes.com

Dans quelques jours, vous serez à Montréal pour chanter pour la communauté kabyle. Dans quel état vous sentez-vous?

Oui, je jouerai le 3 novembre au théâtre « Le Château » à Montréal à l'invitation de l'association Tiregwa qui fait, par ailleurs, un bon boulot de soutien en direction des créateurs et autres acteurs culturels du monde Amazigh. Je suis très excité par ce projet, d'autant que c'est la première fois que je viens chanter au Canada.

On aimerait bien connaître Ali Amran. Pourriez-vous-vous présenter?

Je suis chanteur-songwriter, je chante depuis une douzaine d'années et j'ai 3 albums à mon actif. Depuis quelques années, je me suis installé en Finlande.

À travers vos chansons, on sent que vous êtes révoltés par le statut précaire de l'identité de votre peuple. Pourquoi?

C'est vrai que la dimension amazighe n'est toujours pas reconnue pleinement dans les pays où elle est présente, un demi-siècle après les indépendances. Je ne peux pas comprendre comment  ces États persistent dans la négation de cette culture multimillénaire alors qu'elle est une richesse extraordinaire pour toute l'Afrique du nord et au delà.

Dans une économie de marché féroce dans laquelle un artiste engagé a rarement sa place, vous avez réussi quand même à vous frayer un chemin. Quel est votre secret?

C'est surtout que l'économie de la musique est complètement déstabilisée ces dernières années à cause du piratage. Ça devient de plus en plus difficile de faire des productions de qualité parce qu'il est impossible de les amortir par les ventes d'albums aujourd'hui. Mais quand on a la passion de la musique, quand on est persévérant et tenace, on arrive  quand même à avancer.

Pourriez-vous cerner l'essentiel des thèmes qui vous préoccupent le plus lors de votre inspiration?

Dans mon dernier album « Akk' i d amur », il est beaucoup question d'émigration et d'exil ; de la génération « Tabalizt ». Sinon, en gros, j'aborde des thématiques sociales ou sociopolitiques.       

L'âme de la musique kabyle est omniprésente dans vos compositions, mais vous n'avez pas hésité à introduire des musiques d'autres peuples voire d'autres styles comme le rock et la pop ?

C'est ça l'idée : faire de la chanson kabyle rock sans pour autant lui faire perdre son âme. Je pense que cette âme n'est pas tributaire d'un instrument ou d'un genre musical donné ; il y avait bien du chant kabyle avant l'invention du mandole et l'arrivée de la derbouka, et il y a aussi plusieurs styles dans la musique kabyle. Je pense que le fait d'insuffler cette âme dans d'autres style musicaux nous permet de nous les approprier, et à elle de s'oxygéner.

Vous êtes à la fois moderne et attaché à la musque du terroir kabyle. Comment vivez-vous ce mélange, cette mixité artistique récente et ancienne?

Pour moi, c'est très naturel. Je suis kabyle et j'ai grandi avec la musique du terroir, puis à un certain moment j'ai eu accès à d'autres cultures musicales, notamment le folk et le rock. Donc, tout ça m'a imprégné et fait partie de ma culture musicale. C'est vrai que ce n'était pas facile de faire le lien entres ces différents univers, mais en même temps, c'était vital pour moi de les faire communiquer pour me sentir entier.

Quels sont les artistes kabyles qui vous ont le plus influencé?

Sincèrement, c'est un peu difficile de répondre avec précision…Je pense que, d'une manière ou d'une autre, tous les artistes que j'écoutais dans ma jeunesse m'ont influencé. Mais je crois que je ne suis pas influencé par un artiste en particulier au point d'avoir envie de faire comme lui.

L'une des reprises qui vous colle positivement à la peau est celle de Assam Mouloud. Qu'est-ce qui vous attiré dans cette chanson?

La belle poésie et aussi la mélodie. Ay aqlalas est une chanson particulière pour moi ; c'est une chanson que j'écoutais à la radio à l'époque sans en connaître l'auteur ; et comme elle ne devait pas passer tous les jours et que moi non plus, je n'écoutais pas la radio tous les jours, je l'écoutais très rarement, ce qui fait que je restais toujours un peu sur ma faim vu que je ne pouvais pas la repasser… Un peu plus tard, à  l'université, elle avait refait surface à l'occasion d'une soirée avec des amis, mais le mystère concernant son auteur demeurait entier, et c'est seulement quelques temps après qu'un des amis nous avait enfin appris le nom de son interprète!  Une dizaine d'années plus tard, à Paris, un ami me fait écouter une compilation de chansons kabyles issues de la discothèque de la chaine 2, et voilà que pour la première fois je pouvais écouter ''Ay aqlalas''  autant de fois que je le voulais ! C'est à ce moment que j'ai fait  une version et que j'ai commencé de la jouer pour le plaisir. Dans la foulée, j'ai été invité à BRTV par Djahida, et avant de commencer l'émission, j'ai joué un passage de la chanson pour régler le son avec, et Djahida m'a dit qu'elle aimerait que je la chante à l'antenne. Je l'ai chantée et quelques jours plus tard, quelqu'un l'a mise en ligne sur Internet et c'est parti ! Elle a commencé à tourner toute seule, et quand j'ai entamé l'enregistrement de Akk' i d amur, je me suis dit que c'était une bonne idée de l'inclure.

Votre chanson Sewlegh est perçue comme un cri de l'âme d'un artiste révolté et déçu par les siens.  Pensez-vous réellement que votre appel était sans échos?

Quand je l'ai écrite, je n'ai pas pensé à ça comme ça,  mais maintenant que vous me le dites… C'était à la fin des années 90. C'était à ce moment là que j'avais décidé d'arrêter mes études de Magister en Langue et Culture Amazighes pour faire de la musique.  J'ai enregistré l'album ''Amsebrid'' et j'ai monté un groupe - Tura- pour faire de la scène. Mais, à l'époque c'était le désert culturel ; il n'y avait quasiment pas d'occasions ou de lieux où jouer de la musique, donc c'était la grosse galère pour nous, on n'avait même pas d'endroit correct où répéter. Ajouter à cela le fait que je n'arrivais toujours pas à trouver un éditeur pour sortir mon album, 2 ans après l'avoir enregistré, c'est vrai qu'il y avait de quoi être déçu. Mais bon, avec le temps les choses se sont améliorées, et aujourd'hui je suis très content des nombreux échos qui me parviennent par rapport à mon travail.

Ces dernières années, vous avez chanté souvent en Algérie et ailleurs. Quels sont les moments forts que vous aviez vécus avec votre public?

La tournée Akk' i d amur Tour de 2010 en Kabylie était un moment extraordinaire. C'était très intense et très fatiguant sur la plan physique - 14 concerts en 3 semaines dans des endroits comme Lesnam à Bouira, Tizi Ghennif à Tzi-Ouzou, El Kseur à Bédjaia…etc. Aussi, c'était la première fois que je partais jouer ma musique, qui était perçu comme une musique plutôt urbaine destinée aux étudiants, dans la Kabylie profonde ; je peux vous dire que ce n'était pas gagné d'avance ! Mais à la fin, c'était que du bonheur, des moments de partage d'une rare intensité, un enthousiasme incroyable du public partout où je suis passé.

Croyez-vous sincèrement que l'artiste kabyle a servi suffisamment sa culture et son identité?

Il n'y a pas un artiste kabyle, je pense. Les artistes sont différents et donc chacun a pu servir ou pas sa culture et son identité.

Êtes-vous optimiste quant à l'avenir de la chanson kabyle?

Je suis relativement confiant, je pense qu'il y a pas mal de choses qui se font depuis quelques années, des fusions avec d'autres cultures musicales, des expérimentations d'arrangements nouveaux, des façons d'écrire différentes…etc. D'un autre côté, il y a des musiciens de talent qui sont arrivés sur la scène et certains studios ont amélioré leur qualité de production. Tout ça peut aboutir à quelque chose d'intéressant, s'il est soutenu et accompagné.

Des projets en perspectives?

Des projets, il y en a ! Je suis même un peu débordé en ce moment. Je vais bientôt terminer le mixage de mon nouvel album qui m'a finalement pris plus de temps que prévu. En même temps, j'écris des chants  pour un film et je prépare le concert du 3 novembre à Montréal. Comme annoncé, ce sera un concert acoustique, une nouvelle formule que je suis en train de mettre en place avec 2 musiciens : Yasmin Shah au piano et Daniel Largent  à la batterie, percussions et autres accessoires. Nous sommes en train de retravailler les morceaux, de chercher des ambiances et des couleurs nouvelles. Certaines chansons ont complètement changé, c'est assez surprenant.

Djamila Addar

 

Une trés belle belle chanson de Ali Amran ''sawlegh''. Appréciez...

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