Didactique - « Pour un enseignement définitivement et spécifiquement algérien » de Belkheir Amhis


Un outil de travail précieux pour les pédagogues


Un outil de travail précieux pour les pédagoguesLa publication récente, par le Commissariat du Festival culturel national du film amazigh des réflexions de Belkheir Amhis, ancien professeur de langue française, regroupées sous le titre « Pour un enseignement définitivement et spécifiquement algérien » est un véritable support pédagogique pour les enseignants de la langue amazighe.

Le livre s’ouvre par une question : « Pourquoi tamazight à l’école ? ». M. Amhis affirme, tout en proposant des éléments de réflexions réunis en rubriques, que l’introduction de cette langue dans le système éducatif est plus qu’une nécessité. L’auteur estime en fin pédagogue qu’en devenant objet et moyen d’enseignement, cette langue aspire à un changement de statut. Pour lui, tamazight, longtemps présentée comme dialecte, est confinée à dessein dans un statut de langue mineure, n’ayant pas le prestige socioculturel de la langue nationale dominante. Or, soutient-il, « c’est l’école qui, en prenant en charge l’enseignement et la transmission de la langue amazighe, va contribuer pour une bonne part à sa promotion ». Arguments à l’appui, le pédagogue affirme que l’enseignement de tamazight est une forme d’institutionnalisation et donc une des réponses possibles au problème politique et idéologique. Il relève dans le même ordre d’idées, que dans le contexte de tradition orale, vu la mutation culturelle, écrire cette langue peut favoriser une différence culturelle aux conséquences multiples. M. Amhis écrit, citant Marshall Mac Luhan, que « la participation au monde va s’élargir dans le temps et dans l’espace et favoriser d’autres systèmes d’échanges et d’équilibres, d’autres modèles d’expression, un enrichissement prodigieux de la mémoire, un apport de l’alphabet phonétique dans l’évolution des sociétés contemporaines avancées ».

L’auteur montre que la langue maternelle est un facteur qui favorise le développement de l’homme. Donnée à l’enfant dès sa naissance, la langue maternelle joue un rôle particulièrement important dans le processus formateur. Il cite, pour étayer ses propos, les psycholinguistes qui s’accordent sur l’indissociabilité du cognitif et du linguistique. Aussi se demande-t-il pourquoi refuse-t-on à l’enfant amazigh le droit au développement de sa langue maternelle. Et M. Amhis de s’interroger : « A-t-on le droit de créer chez l’écolier un handicap linguistique qu’on peut aisément éviter ? ». La langue maternelle est aussi un véritable outil d’intégration culturelle, parce qu’elle est d’abord et avant tout, un fait social. Moyen de communication par excellence, la langue représente, explique l’auteur, un univers tel qu’il est perçu par les membres de la communauté, dans l’espace où elle est pratiquée. En connaissance de cause, le pédagogue insiste sur l’importance de l’apprentissage, à l’école, de sa langue maternelle, parce que l’apprendre aide beaucoup à l’acquisition d’une compétence culturelle qui porte un rapport au langage d’une autre qualité. Enseigner la langue amazighe, c’est, selon lui, la transmission des formes qu’impose l’évolution générale de la société, d’un legs culturel ancestral aujourd’hui menacé.

A la question portant sur la possibilité d’un enseignement définitivement et spécifiquement algérien, l’auteur propose aux écoliers amazighophones un programme bien défini, tout comme il en suggère un autre pour les arabophones. Pour les premiers, il recommande d’élaborer ce programme à partir de l’expression orale et spontanée, naturelle et libérée pour entreprendre l’élaboration de la langue. Aux seconds, il préconise un apprentissage avec un certain nombre d’atouts dont le contact oral avec la langue amazighe. L’enseignant consacre aussi une réflexion à l’enseignement de qualité. La réalisation de cet objectif se fait par une compétence suffisante dans la langue aux niveaux phonologique, lexical, morphosyntaxique et culturel. Pourquoi ? L’enseignant, affirme-t-il, doit fournir un modèle de langue suffisamment valable pour assurer une imprégnation plus naturelle et la plus féconde possible. Fruit d’un travail de recherches de longue haleine, ces réflexions contribueront à l’enseignement de la langue amazighe car elles rassemblent approche méthodologique, conseils, choix de textes et ouverture culturelle. Il est à noter que des contributions de linguistiques qui ont participé au colloque international sur l’oralité africaine sont insérées dans ce livre, en plus de textes en langue amazighe. Notons que cette publication est sponsorisée par Horizons.

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