Terrassé par un AVC l’année dernière l’artiste est devenu aphone


Chez Oukil Amar à Bounouh...


Chez Oukil Amar à Bounouh...Qui n'a pas fredonné la chanson  "Chemin dfir vu yerfen " ou encore " Aman Ouzaghar " et bien d'autres mélodies d'Oukil Amar, l'enfant de Bounouh ?

Le chanteur est aujourd’hui aphone. Il ne parle plus. Terrassé l'an dernier par un AVC, il a été hospitalisé durant des mois à l'hôpital Villeneuve Saint Georges dans la région parisienne.

Dda Amar est rentré au pays après des soins intensifs, mais aujourd'hui, il ne s'exprime qu’avec des gestes. Certes, selon son frère et son fils qui nous ont accueillis dans la maison familiale avant-hier, il a repris des forces après un suivi médical à Aïn Naâdja (Alger), mais ce handicap lui est pénible à vivre, lui qui dans un entretien qu’il nous a accordé sur ces mêmes colonnes en 2008, espérait un jour retourner aux studios pour faire une compilation de tous ses succès. Autour d'un café, dans la cour de sa maison, il nous avait raconté une anecdote au sujet de sa fameuse chanson  " chemin dfir", qui lui avait valu les remontrances du patron de la radio qui lui réclama des explications concernant certaines paroles. Des paroles qui, de façon métaphorique, renvoyaient directement aux moudjahidin. « Eh, M. Oukil, c'est quoi toutes ces étoiles dont tu parles. Tu es l’une d’entre elles ?», allusion faite aux révolutionnaires.    

Avant-hier, même s’il était gêné par son handicap, on sentait qu'il voulait intervenir sur beaucoup de sujets, notamment les quelques sous que l'ONDA a refusé de lui verser, l'ingratitude générale affichée envers les artistes, l'attestation de moudjahid qu'il n'a pas obtenue et beaucoup d’autres choses qui lui tiennent à coeur. D'ailleurs, au sujet de cette carte de moudjahid, car il a été membre de la fédération de France, son frère nous apprit que son dossier a été rejeté et qu'il n'arrivait pas à le reconstituer car il lui manquait le document appelé "les trois volets". A chaque fois qu'il entend le titre de l'une de ses chansons que nous lui rappelons, des larmes coulent sur ses joues décharnées et ridées. La belle voix qui résonnait dans les montagnes du Djurdjura est aujourd’hui dans l’incapacité de nous faire parvenir les moindres mots. Pourtant, il mourrait d’envie de nous fredonner quelques unes de ses belles chansons d'amour, comme : "yataleb Yeghrane’’ ou encore ‘’Thafghed Thaâzizth Atsmarah  sou khalkhal ndah". Il aurait aussi voulu nous réitérer son grand amour pour la Patrie à  laquelle il a tout donné ! Il s’est d'ailleurs toujours plus à dire :    « Dieu merci, je suis entouré de mes enfants et de ma famille. Néanmoins, nous les artistes, sommes honnis et malmenés comme si nous étions des malfrats. Nous avons tout donné à la Patrie, en contrepartie, il n’y eut aucune reconnaissance ». Aujourd’hui, il regrette surtout le fait que beaucoup de ses amis chanteurs ne lui rendent même pas visite.

Oukil Amar est né en 1932 dans l'aârch des Ath Smail. Il quitta son pays en 1956 et s'installa en France. Dès son arrivée dans cette terre d'exil, il côtoya tout d'abord Moh Saïd Oubelaïd, puis il enregistra son premier disque en 1959 dont la célèbre chanson patriotique " Chemin dfir vu yerfan ". Par la suite, il continua son parcours d'artiste plein de succès  en compagnie de plusieurs grands chanteurs de l'époque. On citera Amraoui Missoum, Slimane Azem, Cheikh H'Sissen, Ahmed Wahbi, Saloua, Mustapha El Anka, Mahmoud Aziz et bien d'autres. Il milita au sein de la fédération de France. Il rentra souvent au pays après l'indépendance. Au début des années 80, il s'installa dans son village et mena sa vie au sein de sa famille tout en retournant de temps en temps en France.                                                        

La Dépêche de Kabylie  
 

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