Kiki, Shrek et Alvin s’animent en tamazight

Kiki, Shrek et Alvin s’animent en tamazightFilms d’animation, d’action ou documentaire, beaucoup de producteurs algériens se lancent dans le doublage en tamazigh. El Watan Week-end rencontre des passionnés au service de l’humour.

L’âge de glace, Le Monde de Narnia, Shrek et Vic le Viking sont des chefs-d’œuvre du cinéma mondial brillamment arrangés par les comédiens en tamazight. C’est une nouvelle forme de créativité qui s’impose dans le domaine du 7e art en Algérie. Pour Samir Aït Belkacem, responsable de Studio Double Voice (SDV), à Tizi Ouzou, «le doublage est venu pour compenser le vide culturel dont souffre le cinéma algérien en général». Après le doublage du film d’animation L’âge de glace qui deviendra Pucci, c’est une renaissance pour le cinéma amazigh. Un succès jamais attendu par l’équipe de SDV.

En 2009, elle se lance avec l’adaptation en tamazight du film Alvin et Chipmunks (Li Muc(uc(u) puis viendront Iferfucen (Les Schtroumpfs, ndlr) et Crek (Shrek, ndlr). «Le doublage est une alternative obligatoire pour le cinéma algérien, insiste Samir Aït Belkacem. Il ne faut pas oublier que grâce au doublage nous avons pu accéder aux cultures turque, brésilienne et américaine.» De son côté, Smaïl Abdenbi, responsable du studio Tafat, à Alger, déclare : «Le doublage est une porte ouverte pour les autres cultures en langue amazighe.» Le doublage de films en tamazight «remonte à la fin des années 1980, avec le doublage du premier long métrage en tamazight. Zzman n Sidna Aïssa (la vie de Jésus, ndlr), réalisé par ACEB (Association chrétienne d’expression berbère, ndlr)», a rappelé Smaïl Abdenbi.

L’art de doublage

La reconnaissance du public prend quelquefois des formes inattendues. Des réactions sur les réseaux sociaux encouragent les producteurs à persévérer dans cette initiative. Rétroaction de langage de ces films dans la rue, dans les foyers et dans les écoles. «Nous avons acquis un langage standard, une langue commune, grâce au doublage de films en tamazight», a soutenu Smaïl Abdenbi. Un public enthousiaste qui pense souvent que le film a été tourné originellement en tamazight. C’est ce qu’affirme Smaïl Abdenbi qui publiera, prochainement, «un lexique de la terminologie des métiers de doublage». «Le doublage nous donne l’illusion que les films ont été réalisés à l’origine en tamazight. Parce que, nous avons respecté les normes de l’adaptation de texte traduit qui consiste en sa synchronisation aux mouvements des lèvres», a-t-il expliqué. «‘‘Où avez-vous bien pu dénicher le lion de Narnia pour le faire tourner dans votre film’’ ? Nous ont demandé certains fans de dessins animés», a confié Samir Aït Belkacem. Malgré le succès de ces films doublés, les moyens manquent. Samir avoue que le repos est rare.

«Aucune subvention ni reconnaissance  n’ont été accordées par les autorités à ce jour», a-t-il regretté, tout en gardant espoir de voir le statut des comédiens valorisé. «Il faut que nos comédiens aient un statut !», a-t-il plaidé. Selon lui, l’Office national des droits d’auteur (ONDA) ne surveille pas les produits de création. «Un organisme de régulation est indispensable pour donner le meilleur à nos enfants et même aux adultes pour un produit cinématographique de haut niveau. Le produit doit répondre à la norme professionnelle», a soutenu Samir Aït Belkacem. «Et là, il y a tout un art et une technique», a repris Smaïl Abdenbi. La diffusion de films doublés nécessite un travail de collaboration entre studios de production, chaînes de diffusion et éditeurs. «Depuis 2009, nous demandons vainement un travail de partenariat avec la Télévision nationale, car son directeur n’a pas montré une volonté de s’associer avec nous», a relevé Samir Aït Belkacem qui souhaite un canal entre les studios de doublage de films et la Télévision algérienne afin de «préserver notre identité à travers ces films». «Le rôle de la télévision est incontournable pour promouvoir le doublage de films, la langue et la culture amazighes», a estimé Smaïl Abdenbi.

Récompense et reconnaissance

Samir Aït Belkacem vient de remporter l’Olivier d’or dans la catégorie doublage pour Kiki (Vic le Viking) lors de la 13e édition du Festival national du film amazigh organisé, fin mars, par le Haut-Commissariat de l’amazighité (HCA) à Tizi Ouzou. Hachemi Assad, commissaire du festival et directeur de la promotion culturelle au HCA, est convaincu de l’importance des films doublés en tamazight. «Car le doublage est aussi l’avenir du cinéma amazigh, la force de l’adaptation permet de s’approprier des productions étrangères pour la langue et la culture amazighes», a-t-il souligné.  Pour ce faire, le HCA a engagé des initiatives pour assurer l’art du doublage. «Nous avons assuré des formations. Elles sont animées par le Conservatoire de l’art du doublage canadien à Tizi Ouzou. Nous avons retenu un lexique de techniques du doublage dans le cadre de nouvelles collections de films amazighs», a assuré Hachemi Assad.  Après le succès qu’ont connu les films doublés en promotion de la langue et la culture amazighes, la rentabilité de ces productions est assez importante.

«Bien sûr que le doublage des films est rentable. S’il n’y a pas de rentabilité, nous ne pouvons pas survivre», a reconnu Smaïl Abdenbi. Et d’ajouter : «Notre devoir pour garder, enrichir et transmettre la langue amazighe est primordiale.» «Le doublage est devenu une forme d’expression identitaire. Nous craignons qu’il subisse le même sort que la chanson kabyle», a déclaré Mohamed Akli Medani, comédien. «Au-delà du commerce et les recettes que nous encaissons avec ces films, nous voulons laisser un patrimoine pour les futures générations. De là, mission accomplie envers la sauvegarde de  notre identité nationale», a-t-il appuyé. «Tout le monde me demande quand est-ce qu’il y aura de nouveaux produits ?» confie un vendeur dans une vidéothèque à Alger-Centre. «Les clients pourtant ne sont pas nécessairement berbérophones. C’est un phénomène de société et une révolution dans le monde cinématographique algérien. Je pense que cette technique de production est la meilleure  façon de transmettre la langue amazighe», a-t-il conclu.

El Watan