MOIS DU PATRIMOINE DANS LES AURÈS

Beaucoup de chemin à parcourir


MOIS DU PATRIMOINE DANS LES AURÈS
Beaucoup de chemin à parcourirSi les sites classés sont peu nombreux, d’autres sont souvent découverts à la suite de préparation d’assiettes pour construction d’habitations, mais souvent non signalés, abandonnés ou démolis.

Le Mois du Patrimoine, qui débute chaque année le 18 avril (Journée nationale du Patrimoine) et se termine le 18 mai (Journée mondiale des musées), n’a connu aucun prélude, lancement ou inauguration officielle à travers les différentes wilayas des Aurès, région qui pourtant caracole en tête de la liste nationale en matière de nombre de vestiges et curiosités, dépassant les 1500 sites (classés, découverts, connus et inconnus). Si les sites classés sont peu nombreux, d’autres sont souvent découverts à la suite de préparation d’assiettes pour construction d’habitations, mais souvent non signalés, abandonnés ou démolis. C’est ce qui s’est passé dernièrement dans la ville de Seriana (40 kilomètres au nord de Batna), où suite à l’ouverture d’un chantier de construction, des vestiges ont été mis à jour, mais aucune autre information ne nous est parvenue (de quelle époque ? Quel genre de vestiges ?, etc.).

Les travaux ont continué de plus belle et la tutelle, les responsables de la protection du patrimoine ont été pris au dépourvu, sachant qu’en réalité, ils n’ont pas de grandes prérogatives ni pouvoir de décisions, ce qui donne les coudés franches aux pillages, vols, démolitions, concassages, en toute impunité à travers tout l’Aurès. Il y a quelques années, le même processus de découverte et sourde oreille a été observé à El Madher (Tahmemt). Une autorisation a été accordée par la direction des mines à l’ouverture et l’exploitation d’une carrière de concassage en plein site forestier, où se trouve pourtant un arbre protégé, et qui risque la disparition, le genévrier thuriféraire (en berbère aiwal), arbre endémique et rare voire unique, par sa longévité et sa régénération presque impossible selon les forestiers, qui ne comprennent pas cet accord d’exploitation. Dans un rapport exhaustif et détaillé d’une commission de l’Assemblée populaire de la wilaya de Batna, les rapporteurs chargés de dresser un bilan de la situation du patrimoine à travers la wilaya n’y vont pas par le dos de la cuillère en parlant sans ambages de “cataclysme”  : absence de gardiennage, pillage en toute impunité, recherches illicites de pièces archéologiques et surtout pièces de monnaie. Des citoyens ont signalé çà et là des fouilles nocturnes dans la région d’Imine Tob, Boumiya (aux environs du tombeau Imedghassen).

La wilaya de Batna (hélas) n’a pas l’exclusivité ni le monopole de cette pratique désastreuse. A Khenchela, Oum El- Bouaghi, Tébessa et jusqu'à Souk-Ahras, les rôdeurs/voleurs ont pris goût au pillage facile et s’y adonnent à cœur joie.

Notre mémoire troquée contre  un I-phone !

Nous avons pu le constater lors d’un voyage (reportage) à travers les différentes wilayas des Aurès. A titre d’exemple, dans la commune de Bir El-Ater (Tébessa), l’un des plus importants sites — l’Unesco le considère comme l’un des premiers lieux de l’apparition de l’homo atérien (-50 000 à – 7500) —, à savoir des traces vieilles de 6 000 ans sont sans protection aucune. Une association tente, tant bien que mal, de sensibiliser les gens. Outre les territoires des Nememchas (la plus grande tribu chaouie), la ville de Madaure, où il faut reconnaître que les efforts de la tutelle (ministère de la Culture), en matière de recrutement de gardiens, placement de grillage, délimitation de la zone de la ville de Madaure, risquent d’être réduits en menu fretin, car les moyens “modernes” des pilleurs dépassent et de loin, la bonne volonté et la vigilance des gardiens, qui ont des horaires de travail. Mais après les heures de travail, qui va stopper une horde de pilleurs dont certains possèdent des plans de l’ancienne ville et des détecteurs de métaux, fournis par leurs complices ? En réalité, ils vendent notre histoire en contrepartie d’un Iphone ou Ipad made in China.

C’est l’affaire de tous ! “Il n’est pas juste d’incriminer une tutelle ou un ministère”, nous disait lors de son passage dans les Aurès, Mlle Regaoui, présidente du collectif Imedghassen. “Si la robe tlemcénienne a trouvé sa place dans le patrimoine matériel mondial, ainsi que le burnous ou le chant gnaoui, ceci indique qu’il est possible de protéger ce patrimoine que le monde nous envie”, a renchéri la jeune étudiante, jalouse et fervente partisane de l’Algérie millénaire. Ce qui se fait au village de M’doukel (à plus de 100 km de Batna) reste un exemple à suivre. En effet, ce beau village (m’doukel en chaoui signifie l’ami), une vraie oasis au cœur des premières dunes, avait obtenu en 1914 le titre de la plus belle oasis de l’Afrique du Nord.  Partisans du slogan “dés-enfouir” le passé pour l’offrir au futur, l’association culturelle et touristique de ce village, a réussi un pari, celui de conserver l’ancien village et d’en construire un nouveau pour les habitants.

Il n’est plus possible que le patrimoine fasse partie des discussions de salon ou de photographies de prospectus, loin de la réalité. L’exemple nous vient de la direction du tourisme de Batna, qui a lancé une série de cartes et dépliants où le Tombeau de la chrétienne est désigné comme celui d’Imedghassen. Ce genre de bévues porte préjudice à l’effort consenti par les autorités à la relance du secteur.

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