Publication. Ouvrage sur Abdelmalek Sayyad

un théoricien invétéré du phénomène migratoire

Publication. Ouvrage sur Abdelmalek Sayyad
un théoricien invétéré du phénomène migratoireL’ouvrage intitulé Abdelmalek Sayyad (1933-1998), la découverte de la sociologie en temps de guerre, vient combler une lacune. Pour Yves Jammet, auteur d’une biographie inédite du sociologue, «il s’agit de rendre hommage à un sociologue que beaucoup considèrent comme l’un des pionniers parmi les plus inventifs et les plus importants de sa génération.»

Se basant sur un ensemble d’ouvrages, de publications mais surtout de documents d’archives (des centaines de boîtes cédées par Rebecca Sayyad), Yves Jammet, de l’association de prévention du site de la Villette qui met en place des actions de formation professionnelle (autour notamment de ce fonds documentaire), s’est ingénié à retracer le parcours de ce pionnier de l’analyse et de la théorisation du phénomène migratoire. L’ouvrage, qui vient juste d’être publié chez Cecile Defaut, est introduit par Tassadit Yacine, directrice d’études à l’EHSS, et comporte une partie signée par Christian de Montlibart, sociologue et professeur émérite à l’université de Strasbourg, qui a pensé et réalisé une exposition intimement liée aux idées et travaux de Sayyad.

Le livre, publié avec le concours de l’Institut français d’Oran et de l’ambassade de France, clôt tout un cycle de conférences et de colloques initié depuis 2011 et auquel a été associé le CRASC, un organisme de recherche basé à Oran. La biographie couvre les trente premières années, c’est-à-dire de la naissance dans un petit village (Aghbala, wilaya de Béjaïa) jusqu’à sa décision de quitter l’Algérie, à peine une année après l’indépendance. Pour l’auteur, ce sont des années d’apprentissage avec notamment le passage à l’université d’Alger et la rencontre avec Pierre Bourdieu qui va l’initier et parfois le conseiller dans ces choix de formation.

L’amitié indéfectible qui a fini par unifier les deux hommes a été mise en évidence par une série de témoignages mutuels, mais ce sont surtout les aventures de terrain et les enquêtes menées dans des coins reculés de l’Algérie à partir de 1958 qui allaient être déterminantes. «A partir d’une vision commune du monde social et politique, l’amitié entre les deux hommes, note Yves Jammet, se construira dans une complicité de travail que la pratique de la sociologie dans un pays en guerre, avec ses risques physiques et intellectuels, ses joies et douleurs, tant humaines que scientifiques, consolidera.»

Le  contexte lié à la guerre de libération rendait les choses encore plus difficiles pour ce genre d’actions menées dans le cadre de l’association pour la recherche démographique économique et sociale (ARDES). Le contexte historique et politique d’avant et pendant la guerre accompagne bien cette biographie qui, traces documentaires à l’appui, restitue de manière très précise les positions de Sayyad, mais aussi d’autres amis qui, à un moment, ont accompagné son parcours. Résolument anticolonialiste, il ne s’est en revanche pas engagé, comme d’autres de ses pairs l’ont fait, sous la bannière du FLN, préférant les idées des étudiants dits «libéraux» et le rêve d’un monde plus juste dans le cadre d’une entente entre les communautés.

«Il ne fallait pas que la lutte contre le colonialisme dérape, qu’elle se confonde avec la lutte d’une population contre une autre. On était conscient que ce n’étaient que des rêves idéalistes et quelque peu romantiques que la réalité quotidienne, la violence de tous les jours venaient démentir. Mais il fallait y croire,  ne jamais y renoncer». Il s’engage logiquement dans le comité étudiant d’action laïque (CEAL) cofondé avec plusieurs autres étudiants, dont Antoine Blanca qui écrit, rapporte Jammet, «sur le plan algérien, il (Sayyad) estimait qu’une bonne dose de pédagogie laïque était à recommander alors qu’il connaissait mieux que personne les tendances de certains dirigeants FLN à faire dans la ‘‘charia’’ oubliant la ligne politique adoptée par le congrès de la Soummam.»

Le vrai engagement de Sayyad se situe sur le terrain de la science et c’est à travers elle que la réalité de la colonisation va être décortiquée. «Pour eux, ajoute Jammet incluant Bourdieu, l’enjeu n’est pas de servir le pouvoir mais de comprendre les populations, leur restituer ce dont le système colonial les a dépossédés et faire connaître leur condition d’existence.» Une suite de cette biographie s’impose pour une meilleure visibilité des travaux ultérieurs sur le phénomène migratoire. L’exposition de Montlibert, intitulée «Ici là-bas, la sociologie de l’émigration immigration»,  en donne un aperçu à l’ «image» de la «double absence», le concept introduit par le sociologue et repris dans l’un des panneaux sous le tire «présence».

Dans l’ouvrage, l’universitaire strasbourgeois explique les motivations et les conditions qui ont présidé à la concrétisation de ce projet qu’on a voulu pédagogique dans l’espoir de «susciter des débats» autour de ce phénomène mais aussi comme moyen de diffusion de la pensée du sociologue algérien. Pour lui, «Abdelmalek Sayyad est un des sociologues du XXe siècle qui en consacrant toutes ses recherches à l’émigration-immigration aura compris avant d’autres les processus sociaux à l’œuvre dans les migrations de travail et de peuplement d’aujourd’hui.»

El Watan

 

 

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