…SOUFFLES…

Démission !

…SOUFFLES…
Démission !Les intellectuels algériens sont fatigués ! Ils sont démissionnaires. Je médite sur la société algérienne du savoir, celle des producteurs d’idées et des sens, celle des écrivains, et je sens comme une démission totale. Absence ! Les écrivains ne sont plus concernés par tout ce qui se passe autour d’eux, devant leurs portes. Rien ne les choque, ne les provoque, rien ne les questionne, ne les dérange, rien ne les démange.

Un silence enveloppé dans une sorte d’opportunisme sans pair. Un silence complice. Une peur ou un dégoût ? Un silence, une perplexité ou du pessimisme? La traitrise envers la mémoire de leurs ancêtres.

Jadis, dans les premières années de l’indépendance, avant le coup d’État du 19 juin 1965, autour de la revue Premier Novembre, des intellectuels à l’image de Mohamed Boudia, Mohamed Dib, Mohamed Harbi, Kateb Yacine, Jean Sénac, Assia Djebar, Mourad Bourboune, Ahmed Azeggagh, Djamel Amrani et d’autres ont déclenché un débat autour des grandes valeurs telles : l’État-nation, la modernité, les langues, la liberté. Bref un débat autour de l’Algérie rêvée par les chouhadas. Même au temps du parti unique dans les années soixante-dix, autour de la Charte nationale de 1976, autour des choix économiques, agraires et éducatifs, le débat était fructueux, dans les universités, dans les organisations de masse, selon l’expression socialisante de l’époque. Pour ne citer que le débat entre Mostefa Lacheraf et Dr Abdallah Cheraït autour du bilinguisme. Il y avait un certain dynamisme des élites. Lors du débat autour de la Constitution de 1996, les écrivains, par le biais de leur association Union des écrivains algériens, ont présenté une feuille à la présidence, avec un ensemble d’idées et de propositions.

Aujourd’hui les écrivains, sont les muets de la société ! Ils ont rangé leurs langues dans leurs poches trouées ! Beaucoup de choses se passent dans notre vie culturelle, politique, universitaire et éducative… et où le vrai débat est absent. Même lorsqu’il y a quelqu’un qui intervient afin de questionner une telle situation, la parole comme l’écrit tombent dans une oreille de sourd. Les associations culturelles ensommeillent. Les centres de recherche s’isolent. Les universités se renferment sur elles-mêmes. La majorité des quotidiens ne cherchent que plus de réclames ! L’histoire, en ces circonstances, nous exige un débat savant. Un débat raisonné qui défend la raison. Que le débat des intellectuels et des écrivains ne soit pas sur les mêmes ondes que celui des politiques. Qu’il n’use pas du même discours, de la langue du bois. Le débat des écrivains est un débat critique, porteur de propositions et pas celui qui puise dans une opposition politico-politicarde. Nous ne voulons pas des écrivains installés dans la peau d’un discours politique non crédible. Nous ne voulons pas des aboiements saisonniers, la société réclame un débat critique, historique et visionnaire. Du matin au soir, les écrivains sont interpellés par une chaîne d’évènements, dans une Algérie se trouvant dans un carrefour indécis ou incertain : la révision de la Constitution, les évènements de Ghardaïa, l’école algérienne, la loi sur l’audiovisuel, l’officialisation de la langue amazighe, la loi sur le livre, la corruption, l’élection présidentielle… et les écrivains sont  absents. Le pays, intellectuellement parlant, est malade par l’épidémie de la démission. Quelques voix qui interviennent ici ou là, cela se fait rare et d’une façon individuelle, mais sans écho aucun. Dans notre société intellectuelle et culturelle d’aujourd’hui, même quand les idées bougent, cela est produit dans un sens unique. Les débats sur les réseaux sociaux, Facebook et tweeter… se sont transformés en bavardages des hammams, sans effets et sans but. Même les intellectuels amazighophones qui, à une période  historique, symbolisaient les garants de la démocratie rêvée, déclencheurs des débats audacieux, eux aussi se sont tus ! Ils se sont fatigués. Ils sont fatigués. Ils ont lâché ! Eux aussi sont démissionnaires.

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