LES BALCONS DE GHOUFI

Une parfaite illustration de l’harmonie entre l’homme et la nature

LES BALCONS DE GHOUFI
Une parfaite illustration de l’harmonie entre l’homme et la natureEl-Ghoufi, c’est la symbiose entre un site indomptable, une pratique et un mode de vie qui remontent à des siècles, et un lien très fort entre l’homme et la nature. Puisant dans la substance de son univers matière et couleurs et s’inspirant de la topographie du terrain, le Berbère des Aurès a fini par intégrer parfaitement et merveilleusement son habitat au site.

Vues imprenables, cadre bucolique ; un canyon unique au monde, qui compose avec beauté et austérité. Ce sont-là quelques expressions qui reviennent lorsque les voyageurs et autres visiteurs voient les superbes balcons de Ghoufi, qui illustrent parfaitement le génie architectural berbère. À plus d’une centaine de kilomètres au sud de Batna, sur la route de Biskra, en longeant l’oued Ighzar Amlel, non loin de la commune de Ghassira, un magnifique canyon sinueux s’offre à la vue.

Un superbe spectacle rare, sinon unique, attend passagers et visiteurs, avec quatre balcons. Les balcons de Ghoufi, évoqués dans de prestigieux guides de voyages, magazines et revues, sont uniques, mais qu’en est-il de leur protection, classement et même promotion ? El Ghoufi, c’est d’abord la symbiose et la parfaite harmonie entre un site indomptable, une pratique et un mode de vie qui remontent à des siècles, et un lien très fort entre l’homme et la nature. Puisant dans la substance de son univers matière et couleurs –et pas uniquement au niveau du site de Ghoufi mais dans toutes les anciennes constructions de la maison chaoui à travers les Aurès, comme Yader ntslith, Nara, Tibikaouine– et s’inspirant de la topographie du terrain, le Berbère des Aurès a fini par intégrer parfaitement et merveilleusement son habitat au site. N’ayant pas cherché à modifier quoi que ce soit, et exploitant au maximum la configuration du terrain en adossant son habitat à la roche, l’Auressien a donné naissance à une organisation spatiale d’une rare originalité.

Le site de Ghoufi, en plus de représenter une facette de notre patrimoine architectural, “incarne” le génie d’un savoir-faire en perdition. Il n’est plus possible de le contempler avec un regard quelque peu nostalgique ou exotique ; toute cette richesse architecturale accrochée aux flancs des canyons, bâtis en gradins, fait face à plusieurs problèmes : non seulement le temps qui passe sculpte et emporte avec lui, certes à petites doses, mais emporte quand même une poutre, un mur, un palmier ; en plus, la main de l’homme reste le plus dangereux prédateur pour ce patrimoine. Pollution, démolition, incendies sont l’œuvre, tantôt des visiteurs inconscients, tantôt des habitants de la région, qui ignorent dans leur majorité qu’un trésor, le leur, meurt à petit feu. D’ailleurs, un incendie avait anéanti une partie de la palmeraie. Dans sa thèse, intitulée L’espace fragmenté de l’habitat des Aurès (soutenue en 2007 à Genève), et consacrée à l’impact ou l’absence d’une politique sur l’habitat traditionnel, l’architecte et ingénieur-conseil Bachir Agguerabi considère qu’“il va falloir respecter la spécificité de cette construction qui a une dimension berbère, méditerranéenne et africaine”. Par ailleurs, ce patrimoine n’est pas classé comme patrimoine culturel. Sur ce point, Mansour Abdeselem, directeur du tourisme de la wilaya de Batna nous éclaire : “Les balcons de Ghoufi font partis des ZET (zones d’expansion touristique). Le canyon a été déjà classé en 1928 et reclassé en 2005, sachant que c’est un classement environnemental, et non pas en tant que patrimoine archéologique.”

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