Dida Badi (anthropologue)

“Massinissa a fait de la Numidie une puissance de l’Afrique du Nord”

Dida Badi (anthropologue)
“Massinissa a fait de la Numidie une puissance de l’Afrique du Nord”Unifier la Numidie et en faire une puissance de l'Afrique du Nord, une ambition du roi Massinissa réalisée pendant un demi-siècle de règne, mais entravée par Rome, l'autre puissance, qui l'a divisée puis annexée, au grand dam des populations numides, relève l'anthropologue Dida Badi lorsqu'il évoque la Numidie de Massinissa.

Pour ce chercheur au Centre national de recherches préhistoriques, anthropologiques et historiques (CNRPAH), le moment le “plus fort” de l'histoire de la Numidie est celui du règne de Massinissa car c'est l'époque où la Numidie orientale et occidentale furent unifiées sous un même royaume.
“Bien évidemment, la Numidie existait bien avant Massinissa, mais la période de son règne représente le moment le plus fort de l'histoire car il a joué un rôle très important pour son unification dans un contexte géopolitique particulier sur les pourtours de la Méditerranée”, a souligné M. Badi dans un entretien à l'APS à l'occasion du Colloque international sur Massinissa qui se tiendra du samedi au lundi à El-Khroub (Constantine).

“La Numidie de Massinissa faisait partie des grandes puissances de l'époque, à savoir Rome et Carthage. Il l'a unifiée en un seul royaume. Il en a fait une grande puissance sur plusieurs plans, économique notamment. Il doit représenter un motif de fierté chez les générations d'Algériens”, a ajouté M. Badi, coordinateur scientifique du colloque, organisé par le Haut-Commissariat à l'amazighité (HCA). “Massinissa est un modèle d'unification d'un État et de gouvernance. Il a réussi à organiser l'armée, l'agriculture et la sédentarisation des nomades. Aucune révolte populaire n'a eu lieu pendant son règne parce qu'il avait du respect pour les populations et ne pratiquait pas une politique d'impôts très contraignante”, a-t-il souligné. Les écrits d'historiens et autres récits sur la Numidie, et plus particulièrement sur Massinissa, portent, selon M. Badi, une “vision unilatérale” car ils proviennent d'auteurs grecs et latins comme Tite-Live, Diodore de Sicile, Appien et Polybe, a-t-il rappelé.
“Nous considérons que tout ce qu'a été écrit sur Massinissa et la Numidie porte une vision unilatérale. C'est un peu le regard de l'autre sur nous. Il est temps pour les chercheurs, archéologues et historiens algériens de se réapproprier l'histoire de cette période et croiser les résultats des recherches avec celles émanant d'ailleurs”, a-t-il dit.
Pour lui, la recherche archéologique doit être renforcée et orientée davantage sur la période numide parce qu'elle “permet d'apprécier, à partir d'objets matériels, les données historiques” et représente “le garant de l'authenticité du regard algérien sur cette époque”.
Qualifiant la recherche en préhistoire de “grand chantier”, M. Badi a estimé que le nombre réduit des travaux archéologiques réalisés sur la Numidie est lié à plusieurs facteurs, notamment d'ordre académique, citant comme exemple la jeunesse de la discipline archéologique en Algérie et le manque de centres et instituts de recherches archéologiques. “Notre rapport avec le passé, qu'il soit récent ou antique, n'est pas encore clair. Il est biaisé et ambigu. Nous n'arrivons pas à nous approprier toute notre histoire ni à l'étudier dans sa complexité. Il ne faut pas penser que la période numide est le parent pauvre de l'histoire. C'est toute l'histoire qui est concernée”, ajoute M. Badi à propos du peu d'études archéologiques de chercheurs algériens sur la Numidie.
Il a suggéré, à cet égard, la sensibilisation des institutions du système éducatif et universitaire à introduire la dimension de l'Algérie antique dans les programmes d'enseignement, et appelé les chercheurs à reconsidérer l'histoire dans sa totalité.

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