Racid At Ali Uqasi, au journal La Cité :

Tiregwa, une fondation canadienne née pour Tamazight

Il y’a un mois, il s’est passé un évènement de premier plan en Kabylie, et qui malheureusement n’a pas été publicisé ou médiatisé à sa juste valeur.

Il s’agit de la cérémonie de remise du prix du concours Belaid At Ali pour la meilleure nouvelle écrite en Tamazight, mais aussi des bourses à trois étudiants des départements de Langue et culture amazighes de Béjaia, Bouira et Tizi ouzou.

Tiregwa, une fondation canadienne née pour Tamazight

De l’avis de nombreuses personnes qui ont participé a une telle cérémonie qui s’est déroulée le 15 aout au village Zouvga de la commune illilten, a été une grande réussite puisqu’elle a réuni, autour d’un programme riche et varié, une centaine de l’élite amazighe entre professeurs-chercheurs universitaires, journalistes, étudiants, éditeurs, écrivains, dramaturges, acteurs de cinéma et chanteurs, venant particulièrement de Kabylie et du pays Chawi.

Afin d’en savoir plus, le journal la Cité s’est rapproché de Monsieur Racid At Ali Uqasi, un des membres fondateurs de la fondation Tiregwa qui a organisé une telle activité pour lui poser quelques questions que voici :

La Cité : La fondation Tiregwa a organisé le 15 aout dernier une cérémonie de remise des prix et bourses qu’elle octroie dans le cadre de ses nombreux projets de promotion de Tamazight. Quelle est l’évaluation que vous faites de la cérémonie en question, qui s’est déroulée au village Zouvga?

R.A.A.Q : D’abord merci de m’avoir donné cette excellente opportunité pour parler à la fois de la rencontre en question mais aussi de la fondation Tiregwa en général. Pour répondre à votre question, de l’avis de tous les participants invités à la cérémonie de Taddart Zouvga, mais aussi des habitants de ce formidable village, la cérémonie a été une réussite totale, à la fois de par

- son programme très riche et varié,
- la qualité des intellectuels invités à l’occasion,
- par la présence de tous les habitants du village Zoubga, et enfin
- de par la coordination parfaite entre son comité de village et la fondation Tiregwa.

En effet les deux entités ont travaillé main dans la main pour réussir une telle louable initiative plusieurs jours avant l’évènement et le jour même. A ce titre, permettez-moi de remercier du fond de mon cœur le comité en question mais aussi les habitants du village qui sans leur forte implication, tel évènement serait inéluctablement un échec.

La Cité : Pouvez-vous nous rappeler le programme et comment s’est déroulé la journée de remise des prix et bourses?

R.A.A.Q : Le programme, s’étalant sur toute la journée du 15 aout, était riche et varié entre conférences données par des conférenciers de renom tels que Dr. Younes Adli, Dr. Iouanoughene et Brahim Tazaghart des éditions Tira, la projection du documentaire « décharge interdite » de Tahar Yami, présentation de la nouvelle pièce en Tamazight intitulée Bu Tmelɣiɣt d bu Tselɣiɣt ou « Le prétentieux et le modeste » du dramaturge Djamel Benaouf, qui nous est venu spécialement d’Oran avec sa troupe « Tigawt d wawal » (Action et parole) de l’association NUMIDIA.

Il convient aussi de mentionner la cérémonie de remise du prix Belaid At Ali d’écriture de nouvelles aux trois lauréats, mais aussi remise des bourses d’études universitaires Masin Uharun, Muhand Said Amlikeche et Bessaoud Muhand Arab à trois étudiants post-graduées respectivement des universités de Béjaia, Bouira et Tizi ouzou. Les prix et les bourses ont été remis par entre autres par Dr. Mohammed Djellaoui, Dr. Kamal Bouamara, Dr. Alaoua Rabhi, Brahim Tazaghart.

Un gala musical a clôturé la journée avec une panoplie de chanteurs et chanteuses dont Mdjahed Hamid, Farid Azal, Djaffar Ali Mamar, Fella Bellali, Cylia Ould Mohand, Groupe Imenza, etc. Enfin il est à signaler que plusieurs autres écrivains, acteurs et chanteurs ont fait le déplacement dont Sid Ali Nait Kaci, Youcef Merahi, Abdenour Abdeslam, Farid Feragui, Karim Abranis, Samir Ait Belkacem, Amirouche Amwanes, Hocine Arab, Nabil Mahieddine, Saadi Hacid, Ahmed Hamoum, Khadidja Saad, qui est venue de Batna avec plusieurs autres délégations du mouvement associatif chaouis.

La Cité : Pourquoi le village Zouvga?

R.A.A.Q : C’est pour rendre hommage à ce merveilleux village qui a réussi à ressusciter un système séculaire basé sur «Tajmaɛt», la fameuse assemblée kabyle, ses valeurs de solidarité, d’entraide, de concertation et d’organisation. Ceci au moment où les structures sociales traditionnelles se décomposent graduellement, en livrant ainsi la quasi-totalité de nos villages à l’égocentrisme, l’altruisme et au non civisme. Zouvga, qui pour rappel a eu 2 fois le prix du village le plus propre de Tizi Ouzou, a su s’adapter aux temps modernes tout en rétablissant la citoyenneté kabyle perdue pour permettre à tous ses habitants de vivre en harmonie. Ceci grâce à son dynamique comité de village qui a su initier des projets de développement durable dont l’interception des sources d’eau potable pour alimenter tout le village et plusieurs autres projets qui demandent peu de finances mais beaucoup de volonté collective comme tout ce qui caractérise une bonne qualité de vie telles que les toilettes publiques, infirmerie, bibliothèque, salle de conférences, musée et fontaine publique, pour ne citer que quelques exemples.

Au niveau de notre fondation, nous avons d’abord pris connaissance de toutes ces informations à travers la presse. Étant attirés par les commodités nécessaires au bon déroulement de la cérémonie de remise des prix et bourses, telle que salle de conférences et la grande placette du village, je me suis personnellement mis en contact avec le président du comité du village, en l’occurrence Mr. Nassim Nait Abdelaziz. De longues discussions via internet et par téléphone ont eu lieu pour étudier notre proposition de choisir leur village pour abriter la cérémonie en question. Après consultation du comité du village un accord mutuel a été finalisé.

La Cité : Qui sont derrière la fondation. Quels en sont les objectifs?

R.A.A.Q : Tiregwa ou la fondation canadienne pour Tamazight est une organisation fédérale canadienne à but non lucratif qui a comme mission la promotion de tamazight, comme langue, identité, culture, civilisation, au Canada et en Tamazgha à travers des projets et des conférences. Tiregwa, n’est pas une association mais plutôt une fondation qui a pour mission de lever des fonds et de coordonner des compétences pour mener à bien des projets culturels concrets qui vont dans le sens de la promotion de Tamazight au Canada et à l’étranger. Elle n’a donc pas de membres au sens associatif du terme, mais elle collabore avec toutes les autres associations qui œuvrent pour Tamazight.

Quant au deuxième volet de votre question la fondation Tiregwa a encore une fois pour mission d’appuyer et soutenir des initiatives et des projets visant le développement et la promotion de la langue, de la culture et l’identité amazighes. Son mandat consiste se résume en trois points:

1. collecter des fonds en organisant des activités de financement pour appuyer et soutenir divers programmes et projets de production et de création en tamazight au Canada et ailleurs, notamment en terre Tamazgha (Afrique du nord).

2. Initier et réaliser de nouveaux projets tels que les prix littéraires et les bourses d’excellence.

3. organiser des conférences et des évènements de promotion de la langue et culture amazighes. Aussi, rendre hommage à des intellectuels, artistes, auteurs, etc. qui ont contribués au rayonnement et au développement de la langue et culture amazighes.

Pour atteindre ses objectifs et renforcer son efficacité, la fondation Tiregwa reste ouverte pour nouer de nouvelles collaborations avec d'autres acteurs associatifs et institutionnels qui œuvrent dans le même sens que son mandat.

Enfin, la devise de Tiregwa est : « travailler ensemble pour tamazight est la clé de la réussite ».

La Cité : La pérennité de la langue passe par le scriptural. Mais si ce scriptural n’est pas alimenté par une créativité ingénieuse, au meilleur des cas, il adviendra de tamazight ce qu’est devenu le latin : langue de clergé n’outrepassant pas l’enceinte universitaire. La créativité tous azimuts suppose énormément d’argent. Tiregwa en a-t-elle conscience et y est-elle préparée?

R.A.A.Q : Tiregwa est tout à fait consciente de cette réalité, oh combien vraie! Pour l’instant et comme mentionné ci-haut elle se contente de collecter des fonds en organisant des activités de financement pour appuyer et soutenir ses divers programmes et projets. Toutefois, au fur et à mesure que les années passent, elle espère de par la crédibilité qu’elle aura atteinte, attirer les grands bailleurs de fond pour financer des projets de création dans notre chère langue. Tiregwa aspire à être ce pont qui lie ces milliardaires qui un jour voudront faire quelque chose pour leur langue et les nombreuses volontés créatives mais aux moyens financiers très limités.

La Cité : Un dernier mot ?

R.A.A.Q : Encore une fois permettez-moi de vous remercier de l’occasion que vous m’avez offert pour la mission de Tiregwa et surtout parler de la rencontre de Zouvga du 15 aout 2014. Je saisis l’occasion pour dire trois choses importantes:

1. D’abord remercier nos donateurs qu’ils soient individuels, des associations, ou des entreprises, qui ont contribué jusqu’à date pour achever tant bien que mal nos nombreux projets initiés depuis environ 2 ans, dont le prix Belaid At Ali et les bourses universitaires susmentionnées.

2. Tiregwa, consciente du fait que le nerf de la guerre est l’argent, et que sans ce dernier, point de créativité comme mentionné ci-haut, lance un appel fraternel à tous ceux et celles qui ont à cœur le souci de la pérennité de notre héritage amazigh pour contribuer avec un don, et ce pour soutenir ses divers programmes. La contribution peut se faire en envoyant un chèque ou plus rapidement utiliser le système PayPal sécuritaire et efficace puisque la procédure ne prend que quelques minutes en cliquant sur le lien PayPal se trouvant dans le site de Tiregwa : www.tiregwa.com

3. Annoncer à vos lecteurs que la première édition d’un autre prix littéraire Rachid Aliche pour le meilleur roman amazigh 2014 vient d’être lancée. J’invite les éditeurs et les écrivains-candidats à nous envoyer leurs romans édités durant l’année 2014 à l’adresse se trouvant au site www.tiregwa.com Il convient aussi de rappeler que la deuxième édition du prix Belaid At Ali Ali est déjà lancée depuis plusieurs mois. Le communiqué, les règlements, les échéances et la procédure à suivre se trouvent dans le site www.belaid.tiregwa.com

Merci encore une fois au journal la Cité.


Entretien réalisé par Yacine Zidane

Hommage de la fondation Tiregwa au village Zouvga, le 15 août 2014
Reportage photos

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