“AZUEZEN” AU FESTIVAL NATIONAL DU THÉÂTRE AMAZIGH DE BATNA


Tourner en rond dans un monde carré

Présentée avant-hier au Théâtre régional de Batna, dans le cadre de la 6e édition du Festival national du théâtre amazigh (qui prendra fin demain), la pièce est un psychodrame qui s’intéresse aux pensionnaires d’un asile psychiatrique qui n’ont que le jeu de la marelle pour se distraire et s’exprimer.

Dans la cour d’un asile de fous, les pensionnaires donnent l’impression de vivre des moments fort agréables. Ils discutent entre eux, ils rient, se racontent des histoires, échangent des informations… Ils peuvent même jouer à la marelle. Ce jeu d’enfants, de joie et de compétition heureuse qui fait même monter au ciel, pour celle ou celui qui peut terminer en premier le parcours en atteignant la case ciel.
Cependant, dans la pièce Azuezen (berce-moi), il n’y a point de ciel, qui serait une métaphore ou un synonyme de liberté, mais le cachot, le goulag et l’heure de la piqûre. Un vrai cauchemar pour les patients. Mais sont-ils vraiment malades ?
Qui est le sain d’esprit et le malade dans toute cette histoire ? Ce sont là les grandes lignes et les différents questionnements de la pièce Azuezen, produite en collaboration par les associations Foursen Rouk’h d’Adrar et Ouassif de Tizi Ouzou, avec le concours du Théâtre régional Kateb-Yacine de Tizi Ouzou. Un boulet (invisible) au pied des patients et donc impossible de quitter les lieux, un médecin totalement déjanté et une infirmière, plus méchante qu’arrogante, mènent d’une main de fer l’établissement et rendent la vie plus dure qu’elle ne l’est déjà aux occupants des lieux, qui ne savent pas (ou plus) à qui se plaindre. La marelle qui occupe le centre de la scène est inévitable. Chaque déplacement, mouvement, acte, passe par ce jeu, devenu piège, mais surtout un instrument de domestication. Un système pavlovien est installé, de manière à ce que le mouvement et la liberté ne soient en réalité qu’une une prison, une prise d’otages de cobayes qui ne dit pas son nom, un lieu où se passent les pires des atrocités, où l’injection n’est pas pour soigner mais pour punir, une marelle pas ronde mais carrée, un docteur au regard carnassier sème la terreur. En réalité, qui est le malade ou qui sont les malades ? Les pensionnaires ou les médecins ? A un moment de la pièce, la question s’impose d’elle-même. Qui soigne l’autre et de quoi souffre-t-on exactement ? La visite d’inspection d’un inspecteur chargé d’inspecter les lieux (l’asile) redistribue les rôles. Le metteur en scène et auteur du texte, Okbaoui Cheikh, a su savamment distribuer des répliques, des dialogues et deux monologues que le public présent avait beaucoup appréciés pour leurs portée, perspicacité et surtout la diction qui était à la hauteur. Individuellement ou en groupe (ce qu’ils font souvent), les comédiens ont occupé comme il se doit l’espace, donnant l’impression qu’il n’y a ni personnage principal ni secondaire. En outre, Azuezen relève du psychodrame. Le public présent, peu habitué à ce genre de pièces équivoques où toutes les lectures et déductions sont permises, a toutefois apprécié le spectacle. Les comédiens et un bon nombre de spectateurs se sont donné rendez-vous le jour d’après pour débattre, mais aussi et surtout décoder pas mal de symboles.

R. H.

Liberté  

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