Brouillard


Prélude
La Dépêche de Kabylie 17/10/2007
Mes yeux scrutent l’horizon
Où dénicher un ami.
Point d’amis ;
Aucun espoir à ce qu’ils arrivent.
-Où êtes-vous ?
Où êtes-vous partis,
Vous qui refusez l’affront ?
Mon cœur refuse
À croire que vous n’êtes plus à ses côtés.

Il vous cherche encore
Et vous rencontre dans le rêve.
-Où êtes-vous ?
Où êtes-vous partis,
Vous à qui les jours ont joué des tours ?
L’angoisse me hante tout le temps ;
Elle a élu domicile dans mon cœur.
Chez moi elle a trouvé
Tout ce que réclamait son cœur.
-Où êtes-vous ?
Seule la joie que vous pouvez insuffler
Chassera l’angoisse de sa demeure.
L’angoisse m’annonce :
-De ton cœur je ferai ma demeure.
Maintenant, je te domine.
Tes seuls appuis sont tes amis.
Ceux-là sont partis ;
Ils ne sont plus là.
Qui pourra voler à ton secours ?

 

°°°°°°°°°

 

Je suis banni comme tous mes congénères,
Banni pour le même motif.
Mon frère à qui j’ai souhaité faire du bien,
S’est levé pour m’asséner des coups.
Je m’exile et change de contrée ;
Toi, mon frère, reste ici et livre-toi à tes lubies.
Je rappellerai la génération qui en a perdu le souvenir
Le temps où, sur le pied de guerre, nous serrions nos cothurnes.
Lorsque mon frère préparait des agapes à l’ennemi,
Moi, je lui préparais la grenaille de plomb.
Quand la maudite épreuve s’acheva,
Je suis tombé sous sa férule.
-Ta férule est semblable à un clou,
Planté à jamais dans le mur.
Moi, sur le seuil, je ferais le guet,
Espérant que ta main daigne me tendre un quignon de pain.
C’est du bois de chêne que je suis fait
Et non de l’engeance du roseau.

 

 

Depuis que je me suis exilé,
Mes yeux n’ont cessé de déverser des larmes.
Ils ont attendu que quelqu’un vienne
Pour apprendre de lui au moins les nouvelles.
Ce n’est pas toi, frère, qui me fais pitié,
Mais plutôt la terre qui nous a vu naître.
O clair de lune
Qui de ta lumière oins les collines !
O clair de lune !
Où que je sois,
Où qu’Ils soient.
O clair de lune !
Je te vois
Comme Ils te voient,
O clair de lune !

 

 

J’ai attendu les nouvelles ;
Hier ressemble à aujourd’hui.
J’ai attendu les nouvelles ;
Aujourd’hui ressemble à demain.
J’ai attendu les nouvelles ;
Été comme hiver.
J’ai attendu les nouvelles ;
J’épiais tous les horizons.
Vint le brouillard qui me trouva ;
Face à mes interrogations, il s’exclama:
O mon pauvre infortuné !
-D’où viens-tu, brouillard ?
Brouillard ramené par le vent ?
-Je viens de là même où tu es venu,
Là où jamais tu ne remettras les pieds,
O mon pauvre infortuné !
-Qu’y as-tu vu, brouillard,
Brouillard ramené par le vent ?
-J’y ai vu ceux-là que tu chérissais
Et que tu ne reverras plus,
O mon pauvre infortuné !
-Qu’est-ce qui m’a exilé, ô brouillard,
Brouillard ramené par le vent ?
-Depuis que ton père est mort,
Ton rêve a reçu un triste sort,
O mon pauvre infortuné !

 

 

-Mon frère détient-il toujours le pouvoir,
O brouillard ramené par le vent ?
-Pouvoir sans brides !
Que redouterait-il à vouloir perdurer ?
Ô mon pauvre infortuné !
-Dis-moi, l’arbitraire règne-t-il toujours ?
O brouillard ramené par le vent !
-Ce sont tes frères qui le font régner
Et qui, s’en lassant, décident de l’enterrer,
O mon pauvre infortuné !
-Est-ce donc que l’arbitraire est bien mort,
O brouillard ramené par le vent ?
-Ce sont tes frères qui l’ont enterré
Qui se mettent maintenant à l’exhumer,
O mon pauvre infortuné !
-Où viens-tu comme cela, brouillard,
Brouillard ramené par le vent ?
-Tes frères m’ont chargé
de voiler ton soleil,
O mon pauvre infortuné !

 

Traduction : par Amar Naït Messaoud
 

par Amar Naït Messaoud

Agenda

June 2022
M T W T F S S
30 31 1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29 30 1 2 3