AZTA (LE METIER A TISSER) ET SON USAGE DANS LES AURES

 

Moyen et espace d’un savoir-faire millénaire
AZTA (LE METIER A TISSER) ET SON USAGE DANS LES AURESLe plus souvent installé au milieu d’“kham” (la maison) à même le sol, la place (l’espace qu’il occupe) d’azta indique sa valeur et son importance, et souvent, sinon toujours, les tisseuses habiles aux doigts de fées entament leur travail (tapis, kachabia, âlaou, burnous) pour célébrer un événement ou une occasion : naissance, mariage, l’arrivée du printemps, l’arrivée de la moisson.

S’il y a un élément qui s’impose fortement, non seulement dans l’espace, mais dans la vie entière des habitants des Aurès, c’est azta, le métier à tisser. Il est à la fois un moyen économique et un repère chronologique doté d’une grande valeur symbolique. En plus d’être un legs ayant servi aux aïeuls et qui, à leur tour, l’avaient remis comme un témoin à prendre en charge, à protéger et à conserver comme un objet précieux, car il a la valeur d’un bijou, il est aussi et surtout le moyen et l’espace où s’exerce un savoir-faire millénaire.
Le plus souvent installé au milieu d’“kham” (la maison) à même le sol, sa place (l’espace qu’il occupe) indique sa valeur et son importance, et souvent, sinon toujours, les tisseuses habiles aux doigts de fées entament leur travail (tapis, kachabia, âlaou, burnous) pour célébrer un événement ou une occasion : naissance, mariage, l’arrivée du printemps, l’arrivée de la moisson. Pour installer azta, il y a tout un rituel auquel prennent part les tisseuses, jeunes et chevronnées, comme pour assister à la naissance d’un nouveau-né ou l’exécution d’un acte aussi culturel qu’historique. A travers les Aurès, où l’on parle le plus souvent du tapis des Nememcha à Babar (wilaya de Khenchela), cette pratique millénaire du métier à tisser qui, dans d’autres régions, agonise ou a totalement disparu, la tradition a été maintenue. Et il n’y a aucun secret à ce maintien, sauf le fait que les tisseurs – beaucoup d’hommes exercent ce métier –, sauf peut-être le fait que pour beaucoup de familles le métier à tisser était un gagne-pain. Azta a trouvé son salut chez les habitants qui ont hérité de cette façon de faire qui l’ont perpétué. La plupart des familles possèdent leur propre métier à tisser (il arrive aussi qu’il soit prêté). Son installation est une opération délicate où superstition se mêle aux sentiments et autres croyances. Poser azta toujours verticalement est une spécificité auressienne après avoir préparé le nécessaire : un ensemble d’outillages dont le nombre n’est pas négligeable et qui ont gardé leur appellation berbère. Les motifs, quant à eux, varient, et on parle même d’une écriture avant l’alphabet, comme c’est le cas pour le tatouage ou la poterie.
Ces motifs ont un caractère aussi bien africain que méditerranéen. Sans altérer le sens dénoté, le colorant y ajoute des images subsidiaires, confère au motif des valeurs expressives.
Il fut un temps où chaque maison avait un tapis, ce même tapis est étalé pour recevoir les invités ou encore brandi, comme c’est de coutume à chaque printemps (thafsouth) plus particulièrement à Menaa. C’est toute une symbolique d’hospitalité chaouie, mais aussi montrer et présenter fièrement un tissage de la maison, un savoir faire-familial. Le mérite de la sauvegarde de ce savoir-faire revient particulièrement aux tisseuses qui ne se sont jamais arrêtées de pratiquer ce métier et même de le transmettre.

R.H.

Liberté  

 

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