Aït-Menguellet berce encore... et toujours

Spectacles

 La Dépêche de Kabylie 09/10/2007

Aït-Menguellet berce encore... et toujoursS’il fallait une preuve que sa popularité reste intacte, Lounis Aït-Menguellet l’a donnée encore samedi et dimanche lors de deux mémorables soirées à la salle El-Mougar.

Et la salle était beaucoup plus petite, non pas seulement par rapport à la grandeur de l’artiste, mais aussi pour contenir ces centaines d’inconditionnels, dont une grande partie est obligée de rester à l’extérieur, souvent en famille, faute de billets, vendus au marché noir au double du prix proposé par l’Office national de la culture et de la communication.
Pourtant, Lounis pouvait bien se passer de cette soirée. Il a failli s’excuser. Non pas qu’il ne voulait pas « affronter » son public, mais que sa voix, si chaude, faisait faux bond, au point de l’obliger à boire une gorgée d’eau entre deux chansons.

Paradoxalement, cette même voix a résisté deux heures et demie durant. Un temps, pas suffisant pour les amoureux du poète, mais intense où le calme régnant à l’entame d’une chanson comme Anejmaâ laisse place au délire d’un Ketchini ruh. Et l’artiste, voulant certainement rester en harmonie avec son public, se joignait aux scènes de liesse en ajoutant une chanson rythmée à chaque fois que des jeunes se mettaient à danser.
Deux heures et demie durant, donc, des dizaines de chansons, tirées des différentes étapes traversées par l’artiste, sont entonnées avec le même plaisir que lors de leur sortie. Les présents ne s’empêchaient pas, non plus, d’accompagner leur idole, lorsque l’ambiance le permettait. Et les youyous des connaisseuses fusent lorsque Lounis renvoient les amateurs du verbe ciselé aux années 80 avec la mythique A taqbaylit ou encore A y averwaq qui évoque les sombres années de l’Algérie des années 90.

Stoïque, le poète poursuit son répertoire sans broncher. Même pas vers ceux qui réclamaient, et ils étaient très nombreux à l’image de ce groupe de jeunes Algérois qui savaient à peine prononcer un mot en kabyle, la toujours belle Louisa. Lounis, lui, préfère son programme. c’est que la méthode est pour le poète une doctrine. Comme il l’applique, d’ailleurs, dans la composition de ses oeuvres.
Tout comme pour répondre à un détracteur, Lounis déterre Djet-iyi nek d rray-iw (Laissez-moi avec ma conscience). Et la chanson remonte à vingt ans. Un chef-d’oeuvre que le poète ressuscite à chaque fois qu’on essaie de lui dicter un chemin que, lui, il n’a pas choisi. Et il est inutile de mentionner que le public, tout comme pour d’autres textes sublimes, écoute religieusement, comme si il découvrait l’oeuvre pour la première fois.

La fin en furie du spectacle, peu avant une heure du matin, n’a pas empêché les présents, restés à leur place pour saluer, ou dire au revoir à l’artiste, avec des applaudissements nourris. Et des gerbes de fleurs toujours fraîches.

par Ali Boukhlef

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