Un chanteur, une légende

Contribution : Slimane Azem

 La Dépêche de Kabylie 03/10/2007

Des figures légendaires ont marqué à différentes époques notre vie culturelle ; des empreintes indélébiles d’artistes sont à jamais gravées dans nos mémoires, Cheikh El Hasnaoui, El Anka, Cheikh Arab Bu Yezgaren, Farid Ali, H’nifa et bien d’autres ne cessent de hanter nos sons musicaux.

Malgré nos fugues plus ou moins longues vers d’autres rivages, d’autres sons de générations entières s’identifient à ces maîtres et leurs œuvres d’histoire. Ces œuvres nous aident à raviver des souvenirs, à nous forger une mémoire. Dans ce contexte, celui qui a fait de l’hirondelle son messager de son exil lointain, celui qui a préféré l’exil, pour poursuivre son combat contre l’injustice, l’inquisition, l’arbitraire pour le triomphe des causes justes, celui qui fut longtemps frappé d’interdit chez lui, dans son beau pays qui l’a vu naître et grandir, constitue le monument historique de la chanson algérienne, il est parmi ces artistes qui restent éternels. Même après sa mort, ses œuvres demeurent inépuisables. Da Slimane Azem est un nom inscrit en lettres d’or dans la légende des grands poètes. Il a vécu dans l’exil loin de son pays, enterré un 31 janvier 1983, loin des siens, au cimetière Moissac dans le sud ouest de la France, dans une terre qui ne fut jamais la sienne.

Da Slimane Azem (Slimane At wali), naquit le 19 septembre 1918 à Agouni Gueghrane. Fils de Lamara et de Beddek Yamina. Il a 4 frères et deux soeurs. Sa famille habitait le quartier "Tala -Udekkar". Tout petit, il fréquente sans s’y intéresser l’école française de son village. Par contre, il aimait déjà la poésie (en particulier si Mohand ou M’hand) et confectionne une guitare rudimentaire ainsi que des flûtes de roseau. à l’âge de 11 ans, il quitta l’école. Et en plus de la garde des moutons, il s’initie aux travaux pastoraux auquel il se passionnera toute sa vie durant.

A 19 ans, il travailla dans la riche plaine de la Mitidja. En 1937, il débarque à Marseille. Ressentant cruellement sa condition "d’indigène", il ne tardera pas à adhérer au PPA et travaillera en même temps comme électricien à la RATP.

En 1942, il fut déporté par l’armée allemande. Et, en 1945, il est libéré par les troupes américaines. Il rentre à Paris et s’installe au 15 éme arrondissement et rencontre Mohamed El Kamal. "C’est à cette époque qui j’ai rencontré la personne qui allait complètement changer le cours de ma vie, Mohamed El Kamal me trouva dans un café avec un petit orchestre d’amateurs que j’avais constitué à mon retour d’Allemagne. Ce grand artiste m’a encouragé à composer moi-même de nouvelles chansons et à sortir des sentiers battus où s’enlisait déjà la chanson algérienne". C’est durant ces années-là qu’il composa sa première chanson : A muh a muh.

En 1956, en pleine guerre de Libération, il compose Effegh a y ajradh tamurt-iw suivie, deux années plus tard, par Idh’her-ed wagur.

En 1967, Da Slimane Azem sera interdit d’antenne dans son pays qu’il aimait tant et qu’il ne verra jamais plus. Malgré cela, il fut sacré disque d’or en 1970, plus d’un million de disques vendus. La cérémonie de remise du disque d’or a eu lieu au salon des Champs-Elysées.

Le 29/06/1970. " Pour la première fois au monde, disait M. Mindi, P-dg de IM, Pathé Marconni, deux artistes du monde maghrébin se sont distingués en méritant pour leurs talents et leur popularité la plus haute distinction de notre métier : le disque d’or. Il s’agit de nos plus grands artistes algériens Nora et Slimane Azem".

En 46 ans de vie artistique, Da slimane avait composé 400 chansons et sketchs. Il quitta le pays pour la dernière fois en 1959 et s’est éteint le 28 janvier 1983, à l’âge de 65 ans, en France, à la suite d’une maladie.

27 ans après sa mort, ses cendres attendent toujours d’être ramenées sur la terre de ses ancêtres.

Dans le journal le Courrier d’Algérie, selon notre confrère M.A Nemmar : "A L’initiative de citoyens de la commune de Agouni Gueghrane et l’association Slimane-Azem, un comité parrainé par l’APC de cette localité est mis sur pied afin d’étudier les voies et moyens possibles pour que les ossements de Da Slimane soient exhumés et repartiés dans son village natal, Agouni Gueghrane.». Une stèle sera également érigée à la mémoire du grand chanteur kabyle.

 

par Mohamed Chami

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