Aït Abdeslam Mohand, auteur: «Il faut promouvoir et encourager le livre et les auteurs qui écrivent en tamazight»


Poète dans l’âme, Aït Abdeslam Mohand vient de publier un ouvrage, le premier, sous le titre « Asafu Asfru ». Dans l’entretien qui suit, il présente en détails ce livre, évoque ses débuts dans l’écriture et parle de ses projets.

 

Aït Abdeslam Mohand, auteur: «Il faut promouvoir et encourager le livre et les auteurs qui écrivent en tamazight»Reporters : Vous avez publié dans le cadre de la collection « Idlisen nnega » (Nos livres) du Haut Commissariat à l’amazighité (HCA) un ouvrage sous le titre Asafu Asfru (Le flambeau et le poème). Il y a combien de poèmes dans ce recueil ?
Aït Abdeslam Mohand : Il y a cent dix-sept petits textes dans cet ouvrage paru sous le titre Asafu Asfru édité dans le cadre de cette collection lancée par le HCA. L’objectif de cette collection est de promouvoir le livre en tamazight et encourager les auteurs qui écrivent en tamazight ou sur la culture amazighe. Une précision, ce sont plus des proverbes rythmés avec une musicalité ressemblant à des poèmes, mais ce ne sont pas des poèmes. Ce sont des petits textes de six à huit lignes. Ce sont des proverbes et des dictons du terroir que j’ai complétés.

Quels sont les thèmes abordés ?
Je m’inspire dans ces vers du quotidien, de mon expérience de la vie, de celle des sages, des problèmes de la société. C’est ainsi que dans l’un de mes textes, je parle de ce qu’endurait la femme kabyle d’antan, qui, à peine mariée, voit son mari s’exiler pour gagner son pain. Elle devient chef de famille, élève onze mois sur douze seule les enfants et parfois l’époux se remarie. Elle reste fidèle, l’attend, et à son retour, elle le reçoit comme un prince. Dans l’un de mes textes, je parle aussi du courage en disant « Quand je suis fatigué, je lis mon poème du travail ». Les thèmes de mes proverbes sont très variés. J’évoque le malheur, le bonheur, la jalousie, la fidélité, la vieillesse, le courage, le travail. Les thèmes sont infinis.

Comment se fait le choix des thèmes ?
Je ne choisis pas mes thèmes, ils s’imposent d’eux-mêmes à moi. J’assiste, par exemple, à une scène et elle ne me laisse pas indifférent. J’écris alors le proverbe en m’inspirant parfois de ceux qui nous ont été légués par nos aïeux, ces derniers étaient un puits de sagesse. Mes textes sont surtout porteurs de sagesse, cette sagesse ancestrale spécifique à notre société. Ils transmettent des valeurs humaines et sociales.

Dans vos écrits, vous vous inspirez de vos expériences personnelles. Pourquoi ?
Je suis altruiste et je veux du bien à tout le monde. Pourquoi ne pas faire profiter les autres de son humble et modeste expérience. Quand il vous arrive quelque chose dans la vie, vous ne voudriez pas qu’elle arrive à une autre personne. Vous lui ouvrez les yeux pour qu’elle soit prudente.

Vos textes peuvent être lus par tous ?
Oui bien sûr. Mes textes ne portent pas de titres, ils sont très courts et ils peuvent être facilement mémorisés. J’ai aussi des poèmes de deux ou trois pages auxquels je veux leur donner des titres. Ils peuvent être lus aussi bien par le père et le fils, car je ne parle pas de ce qui est tabou. Mes proverbes s’adressent à la tranche d’âge comprise entre dix-sept et soixante-dix-sept ans.

Dans votre enfance et votre adolescence, il y a certainement des personnes qui vous ont inspiré et parfois guidé. Qui sont ces personnes ?
La première personne qui me vient en tête maintenant est mon grand-père maternel Arab Ouali. C’était un homme droit, juste et il avait des raisonnements extraordinaires. Il jugeait avec sa tête. Il était juste et tellement sévère que tout le monde l’aimait. Il m’a transmis beaucoup de valeurs. Il créait ses propres proverbes. Quand j’étais enfant et puis adolescent, je trouvais qu’il était très sévère. Il me faisait peur. Mais une fois devenu adulte et ayant compris le sens de la vie, je me suis rendu compte que mon grand-père était une véritable école. Auprès de lui, j’ai récolté beaucoup de vérités.

Vous n’avez pas pensé à mettre toute cette richesse en chanson ?
J’y ai pensé. J’écris aussi des chansons. J’en ai une cinquantaine. Il y a des chanteurs qui puisent quelques-uns de mes proverbes, des couplets. Ils enregistrent les chansons à leurs noms en lui donnant leurs propres titres. J’ai aidé une artiste qui venait de débuter en lui donnant huit chansons. J’ai toujours été passionné par la poésie et j’ai écrit des poèmes. A la Chaîne II, j’ai animé, en tant que poète, une émission avec le regretté Benmokhtar et Rabah Guerroudj. Lors de cette émission, je lisais aussi mes propres poèmes. La poésie est nécessaire, je pense qu’un vers est plus utile et plus porteur qu’un long discours. En 1987, j’ai participé au 1er Festival de poésie amazighe qui s’est tenu à Larbaâ Nath Irathen en tant que membre du jury. Le commissaire du festival était Rabah Guerroudj. Je n’ai pas fait de récital, mais je faisais l’animation sur scène au début des spectacles en lisant des petits poèmes ou en racontant des blagues.

Pensez-vous traduire vos textes ?
Je veux faire des adaptations, car, comme on dit, « traduire, c’est trahir ». Mais j’ai déjà adapté quelques-uns de mes textes en français et mon fils qui vit au Canada m’a proposé de les publier. Pour ce qui est de mes projets, je suis actuellement sur la rédaction d’un livre. C’est un roman autobiographique. J’évoque dans ce livre surtout ma jeunesse. Je pense également monter un jour une grande pièce théâtrale qui inclura de la musique et mes poèmes.

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