Baisser de rideau sur le 24e Fespaco

L’or pour Fièvres et l’argent pour Fadhma n'Soumer


L’or pour Fièvres et l’argent pour Fadhma n'SoumerInauguré le 28 février, le 24e grand festival du cinéma africain qui s’est déroulé dans un contexte politique particulier, quatre mois après le soulèvement populaire au Burkina Faso qui a conduit à la chute du régime de Blaise Compaoré, s'est achevé samedi dernier à Ouagadougou.

Hicham Ayouch a reçu l’Etalon d'or de Yennenga, qui couronne le meilleur long métrage, des mains du président burkinabé Michel Kafando, sous les applaudissements des quelque 4000 personnes venues assister à cette cérémonie de clôture. «Il a présenté une œuvre gigantesque», s'est exclamé M. Kafando.

«Je tiens à le féliciter.» Emu, le lauréat a lancé : «Je suis Africain et fier de l'être. On nous a volé notre passé, on a tenté de voler notre histoire, mais notre culture nous appartient et il est temps de prendre les choses en main maintenant.» «Nous sommes un continent beau, noble et riche, nous sommes la mère de toute la Terre, nous sommes les sages du monde. » Son discours s'est par moment mué en diatribe contre le néo-colonialisme : « Je n'ai pas besoin d'aide, j'ai besoin d'une coopération qui cesse d'exploiter notre continent et qui cesse de faire couler des rivières de sang.» Journaliste de formation, Hicham Ayouch est le frère cadet de Nabil Ayouch, lauréat de l’Etalon d'or 2001 avec le film Ali Zaoua. Tourné en France, dans une cité, Fièvres raconte l'histoire de Benjamin, 13 ans, dont la mère ne peut plus s'occuper, et qui part dès lors vivre chez son père Karim. Ce dernier, qui vit lui-même chez ses parents, se retrouve complètement démuni face à ce garçon, aussi attachant qu'insolent, qui bouleverse sa vie. Les Etalons d'argent et de bronze ont récompensé également L'Œil du cyclone du Burkinabé Sékou Traoré. Ce dernier est, d'ailleurs, la grande révélation de ce Fespaco, rafl ant le prix Oumarou Ganda récompensant une « première œuvre », ainsi que ceux de la meilleure actrice (Maimouna N'Diaye) et du meilleur acteur (Fargass Assandé). Le Maroc a aussi été mis à l'honneur dans la catégorie court métrage de ce 24e Fespaco : De l'eau et du sang d’Abdelilah Eljouhary a obtenu le premier prix de la catégorie. Quant au fi lm vedette du festival, Timbuktu, il s'est contenté des prix des meilleurs décors et de la meilleure musique, après avoir été auréolé fi n février en France de sept Césars, dont celui du meilleur fi lm. Son réalisateur mauritanien Abderrahmane Sissako s'est montré beau joueur, tombant dans les bras du lauréat : « C'est l'Afrique qui gagne. » « Timbuktu a remporté des prix déjà, Timbuktu a une lumière suffi sante pour exister et l’Etalon, c'est une lumière de plus, et quand une lumière est donnée à un autre cinéaste, c'est la victoire du cinéma et c'est ma victoire aussi », a-t-il conclu.

FADHMA N'SOUMER A L’HONNEUR

Le réalisateur algérien Belkacem Hadjadj a reçu mardi soir à Ouagadougou (Burkina Faso) l’Etalon d’argent de Yennenga du 24e Festival panafricain du cinéma d’Ouagadougou (Fespaco) pour Fadhma n’Soumer, une œuvre qui a été distinguée par quatre fois à ce festival.

En plus de l’Etalon d’argent, deuxième distinction du festival après l’Etalon d’or, Fadhma n’Soumer, consacrée à la fi gure de l'héroïne populaire de la résistance en Kabylie durant les premières décennies de la colonisation française, a également reçu le Prix du meilleur scénario, celui du meilleur montage ainsi que le Prix du meilleur son, portant à quatre le nombre total des prix de cette fi ction. L'Algérie a participé à la compétition du festival avec les fi lms Fadhma n'Soumer de Belkacem Hadjadj, J'ai 50 ans de Djamel Azizi (section long métrage), Derniers recours de Mahi Bena (section court métrage) et 10949 femmes de Nassima Guessoum (section documentaire).

SOUS HAUTE SURVEILLANCE

Patrouilles aux abords de la manifestation, fouille minutieuse des spectateurs, portiques détectant les métaux : le dispositif de sécurité était inédit pour ce Fespaco, qui a débuté le 28 février.
Les autorités avaient craint des « problèmes sécuritaires » en raison de la diff usion de Timbuktu, film racontant la vie quotidienne dans le nord du Mali sous la coupe des djihadistes, qui ont contrôlé plusieurs mois cette région en 2012 et 2013. « Le Fespaco est la traduction de la volonté africaine de s'exprimer et d'exprimer la culture africaine en toute liberté, en toute démocratie, et donc dans ces conditions, nous ne pouvions pas mettre de côté un fi lm soi-disant parce qu'il était plus ou moins menacé par des terroristes », a déclaré Michel Kafando, rappelant qu'il avait été question de ne pas diff user le film au Fespaco. Fondé en 1969, le Fespaco se tient tous les deux ans au Burkina Faso, pays pauvre dont il constitue la carte de visite à l'international.
L'édition 2015 est la première depuis la chute du président Blaise Compaoré en octobre à la suite d'une révolte populaire, présente en filigrane lors de ce festival.?


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