MOIS DU THEÂTRE A BATNA

Investir dans l’homme non dans les murs…

Investir dans l’homme non dans les murs…La ville représente un patrimoine, un legs, un savoir-faire, une partie de nous-mêmes, c’est notre identité, notre culture, notre histoire, en un mot notre civilisation.

Un public fort nombreux lors de la vingt-troisième soirée du Mois du Théâtre, avant-hier au Théâtre régional de Batna, et pour cause. Les adeptes du 4e art des Aurès connaissent et apprécient les prestations du Théâtre régional de Béjaïa. Ce théâtre confirme tout le bien qu’on pensait de lui, avec une fresque musicale, La lampe et la lumière, de Abdelaziz Yousfi dit Bazou. Ça aurait pu avoir comme titre : Si Béjaïa m’étais contée, Béjaïa mon amour, ou encore il était une fois Béjaïa… Cependant, le metteur en scène ne parle et n’invoque pas le délabrement de sa ville natale, en lui offrant l’exclusivité et le monopole de la déchéance, puisque le constat est le même pour le reste des cités du pays, mais la douleur est plus atroce et profonde quand il s’agit de Béjaïa (Bgaith), vu son histoire et son legs millénaire. Au lever de rideau, la présence d’un ancien en burnous semble symboliser la mémoire ou le gardien de la mémoire. Il narre non sans grande douleur la beauté et la gloire du passé à un visiteur, dans un décor où l’homme vit au quotidien entouré de déchets, débris et autres détritus, auxquels il s’est habitué… sauf que ça n’a pas été toujours le cas. Vient le voyage avec des tableaux qui représentent différentes époques. Si les tenues des comédiens et même le décor sont un petit peu intemporels, ce n’est pas le cas pour les différentes époques, car des personnages qui ont marqué leur temps sont invoqués, à l’exemple Moulay Nacer, fondateur de la ville de Béjaïa, le théologien Sidi Touati ou encore le mathématicien italien Léonardo Fibonacci. Le spectacle présente également les périodes où la ville était sous domination de différents colonisateurs destructeurs. On entre dans le vif du sujet : comment étaient nos villes et comment elles sont devenues. La ville représente un patrimoine, un legs, un savoir-faire, une partie de nous-mêmes, c’est notre identité, notre culture, notre histoire, en un mot notre civilisation. Cependant, le beau décor empêche quelque peu de faire paraître cette sonnette d’alarme ou ce cri de douleur que voulait lancer le metteur en scène, quant à la situation chaotique que vivent nos cités. Le beau voyage effectué à travers les siècles ose le mot “lumière”, nous renvoyant à une ère où l’homme vivait en harmonie avec son milieu et la nature dans le respect. Ceci n’a plus de sens, n’est plus en vigueur, quand on est face à la sordide réalité. Si le metteur en scène se défend de ne vouloir apporter ni solution ni remède, il est néanmoins accusateur et montre du doigt les raisons de ce déclin qui sont relatives au fait d’avoir investi dans les murs et jamais dans l’homme, le véritable capital et valeur sûre de nos jours. Pour sa quatrième sortie, après Béjaïa, Alger et Tizi Ouzou, la belle fresque La lampe et la lumière a séduit le public de la capitale des Aurès, lors de l’avant-dernière soirée de la manifestation du Mois du théâtre à Batna.


R.H.

Liberté 

 

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