5 choses que vous ignorez (peut-être) sur Iguerbouchène

5 choses que vous ignorez (peut-être) sur IguerbouchèneD’Alger à Vienne, en passant par Paris, Mouloud Ounnoughène, l’auteur de Mohamed Iguerbouchène, une œuvre intemporelle, a été aux tréfonds de la vie du musicien algérien. Une démarche sincère afin de réhabiliter la mémoire de cet illustre compositeur, presque inconnu chez nous. Extraits.

Mohamed Iguerbouchène recevait chez lui à la rue Saint Didier à Paris Edith Piaf. L’auteure de Milord était une amie fidèle du maestro. Dans une correspondance épistolaire datée du 12 décembre 1933, Iguerbouchène adresse à Paul Fosse la traduction de Kui Kui, il lui évoque les dialogues et la musique de ce film. Paul Fosse était un célèbre chef d’orchestre français du Gaumont Palace, un ancien cinéma parisien. Il est indéniablement le plus grand compositeur de son époque, Fosse a composé la partition qui accompagne les images du fameux Fantomas réalisé en 1913 par Louis Feuillade. Il utilise un savant montage d’extraits musicaux, c’est lui qui adopte en 1916 le synchronisme orchestral pour la projection de films vedette.

L’’année 1937 sera prolifique pour Iguerbouchène. En effet, il signe la partition du grand documentaire en couleurs Terre idéale. Ce film a été tourné en Tunisie. Lors de la première à Tunis, il a été présenté au président général au cours d’une soirée mondaine qui a réuni les plus hautes personnalités du monde diplomatique, administratif et colonial, ainsi qu’un panel d’artistes, il y avait entre autres le commandant du vaisseau Lorin, l’attaché à la maison militaire de la résidence, S. Inkasiewiez, ambassadeur de Pologne, Benghabrit qui occupait la fonction de ministre du sultan du Maroc, la princesse Lubezka et la célèbre chanteuse Lotie Schoenne. Etaient aussi présents, Madame Lucre Paul Marguerite, grand prix littéraire de Tunisie et le comte de Montureux. M de Kuharski, réalisateur de ce documentaire, ainsi que ses collaborateurs ont eu droit à des encouragements et des félicitations largement mérités.

Sa troisième rhapsodie mauresque a bouleversé le public anglais quand il l’a présentée à la BBC. Suite à cette prestation, serait né le surnom d’Igor Bouchen, on ne crut pas à l’origine algérienne de notre artiste, on lui attribua la même patrie qu’Igor Stravinsky. Cette troisième rhapsodie est construite en mi-bémol mineur, elle a été déposée en 1937 aux Etats-Unis. La mélodie est très riche en appogiatures ou ornementations. Les paroles sont signées Hael et Daguil, elles vantent la beauté d’Alger la Blanche.

Après un séjour de trois ans à Londres, Iguerbouchène effectuera un long périple qui le conduira en France, en Italie et en Allemagne. Il tirera le meilleur profit en planchant les grands compositeurs de ces pays. Milan l’attirera particulièrement, les œuvres et les artistes de cette ville le marqueront profondément : Scarlatti (1685-1757), contemporain exact de Handel et Bach, est un brillant claveciniste, son œuvre pour cet instrument est inégalée ; 555 pièces y sont répertoriées. La qualité technique de l’exécution, l’esthétique et l’invention mélodique ont certainement titillé la fibre sensible d’Iguerbouchène. Scarlatti a su intégrer les influences musicales populaires espagnoles dans ses compositions. Il se passionnera en particulier pour le folklore ibérique écorne d’ailleurs de nombreux compositeurs européens, à l’exemple de Rameau ou Gluck.

Mohamed fréquentait assidument l’école anglaise sise rue du Croissant à Alger. Un beau jour, au détour d’une audition, un personnage important était dans le sillage perceptif de notre enfant prodige ; il en sera ébloui par sa prestation : Bernard Ross est l’homme qui alla bouleverser le destin de Mohamed Iguerbouchène, mais qui est donc ce Monsieur Ross. C’était un seigneur écossais qui venait annuellement en Algérie, cherchant la chaleur méditerranéenne, fuyant le froid et les brumes nordiques qui rongent sa vieillesse fragile. Sans hésiter, renseignements pris, il demanda à Saïd, le père, l’autorisation d’expatrier «le môme» Mohamed et de le prendre donc sous sa tutelle. Après réflexion, le père a été séduit par les accents de sincérité du protecteur et finit par donner la «baraka» à son fils.

El Watan 

 

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