Clôture du festival Raconte-Arts d’Iguersafène

Clôture du festival Raconte-Arts d’IguersafèneUne autre Algérie sous nos yeux

Kabylie. Iguersafène. Un vent de liberté souffle entre deux rivières. Le ciel est plutôt brumeux en ce début de soirée. La lune a changé de camp. De ses rayons, elle éclaire, ici-bas, cette jeunesse qui a soif de vivre. Hanane, Anne pour les intimes, hésite encore : dénicher la robe de soirée parfaite n’est pas une mince affaire.

À 890 mètres d’altitude, un village, un espoir. Perché entre deux rivières, Iguersafène, à 70 km au sud-est de Tizi Ouzou, incarne la vie. L’avenir. Il est 22h, et un léger vent caresse les visages. Il effleure les robes kabyles de charmantes demoiselles s’acheminant par dizaines à la grande place de l’école primaire. Un spectacle est attendu. C’est la veille de la clôture du festival Raconte-Arts.

La tête haute, la démarche fière. Des femmes aux tenues traditionnelles qui renseignent sur une culture et une identité plusieurs fois millénaires. Il y a quelque chose dans ces regards. Les hauteurs forgent le caractère. Elles passent sans crier gare. Il y a, ici, un sentiment de liberté partagé. Les femmes, tout comme les hommes, lèvent les yeux pour se saluer. Sans plus. Ces jeunes gens stationnés à l’entrée du village l’ont d’ailleurs bien compris. Les agents du comité de village filtrent les arrivées. Il y a une liste d’invités. “Même la star Ali Amrane a présenté sa pièce d’identité”, explique un agent à un invité qui protestait contre les mesures de sécurité. Ils arrivent de partout. Des quatre coins du pays. Imazighen n’est pas qu’un simple slogan. Du M’zab, des Aurès Chaoui, des Touareg d’Algérie les grands esprits forgeant une nation aux origines incontestables se sont donné rendez-vous.

C’est l’Algérie dans toute sa splendeur. Imazighen retentit de partout. Il y a comme un sentiment partagé par tous et qui plane sur le village : l’Algérie ce sont toutes ces peuplades qui se sentent de la même appartenance. Imazighen s’accordent-ils fièrement à répéter sans cesse. “Et nous sommes venus de loin, mais nous nous sentons déjà d’ici”, annonce la couleur, un jeune d’une troupe de chants du Sud. Il parle au nom de ses camarades, la joie aux yeux. L’émerveillement se lit sans grand effort sur les yeux de cette jeunesse qui a tant à partager. Partager quoi, nous demande-t-on ? La joie de vivre et revendiquer ensemble la liberté de vivre ensemble une culture plusieurs fois millénaire. “L’Algérie que nous voulons tous… Où tout le monde a sa place”, rêve toute une jeunesse. Ils sont, certes, venus de partout. Mais partout ils n’ont pas la même liberté de faire démonstration de leur soif de vivre. Vivre la liberté qu’ils espèrent. Le temps d’une génération.

Algérie : génération 2015.

Cheveux longs, pantalons déchirés, l’air insouciant, de jeunes femmes et des monsieurs qui veulent écrire à leur manière l’avenir d’une nation, sont toujours stationnés, par files, à l’entrée du village, demandant accès. Au-delà du check-point il y a la liberté. C’est ce dont ils ont soif. Ils veulent respirer la vie. Celle qui coule entre deux rivières. D’où Iguersafène. Il y a de la vie qui coule par ici. L’avenir de tous les espoirs coule des sources de ces hautes montagnes de presque 1 000 mètres d’altitude. Nassima, organisatrice, prend son téléphone alors qu’Akli-D s’apprête à monter sur scène. Elle cherche une de ses invités. Elle s’appelle Hanane.
Anne pour les intimes. Dénicher la robe de soirée parfaite n’est pas une mince affaire. Elle tarde à arriver. “Les femmes ont des raisons que les cœurs des hommes peinent souvent à comprendre”, explique-t-elle. Entendu. Cela n’empêche pas Akli-D de se produire déjà. La foule s’excite. Nassima a décidé d’ôter son voile et de se mettre en robe kabyle. Elle est presque de la région et Iguersafène est certainement pour quelque chose. Un choix difficile, pourtant, à assumer. “J’ai peur de la réaction de ma mère”, déclare-t-elle. Ses amis l’assurent, à leur tour, de tout leur soutien. “Elle finira par comprendre”, tentent-ils de rassurer. C’est pour la première fois, en effet, que Nassima dévoile ses cheveux bouclés. Elle promet de les laisser pousser davantage pour ceux qui cultivent leurs espoirs en la femme algérienne. Promis. Akli-D met le feu sur la piste de danse. La jeunesse se précipite à faire ses premiers pas. Comble d’une Algérie aux allures “frustrées”, ce sont les jeunes demoiselles qui invitent les garçons à danser.

Point de complexe.

“C’est l’Algérie que nous voulons”, lance un ancien émigré. Ce n’est pas pour rien qu’il fait le commentaire. Il a quatre jeunes hommes. Dans l’Hexagone. Il demande la main de Hanane, appelée communément Anne, pour son fils aîné. Mais il se trouve que la jeune demoiselle est pour d’autres attentes. Son cœur bat pour une arrivée qui ne devrait par tarder à faire acte de sa présence. Comme quoi, à Iguersafène, on aime comme on veut. Il est 8h du matin. La soirée vient tout juste de prendre fin. Une dame propose de l’eau de source à un jeune couple qui faisait son réveil. Pas tout à fait un réveil. À peine deux heures de sommeil. La vie continue comme cette eau qui coule à flots des hautes montagnes…


Liberté

 

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