Si Hadj Mohand Abdenour, historien à la Dépêche de Kabylie

'' La résistance de la Kabylie contre le colonialisme s’inscrivait en droite ligne dans le caractère séculaire de ce peuple ''

La Dépêche de Kabylie 01/11/2007 Si Hadj Mohand Abdenour, historien à la Dépêche de Kabylie

L’histoire de la guerre d’indépendance ne cesse de provoquer des remous de part et d’autre. Au delà du lot de tortures d’exécutions sommaires dont les Algériens étaient victimes depuis l’invasion française en 1830 jusqu’à l’indépendance en 1962, peu de choses ont été dites sur cette période cruciale de notre histoire.

L’apport de la Kabylie et les souffrances endurées par cette région restent, elles aussi dans l’ombre de l’histoire. Les ouvrages de Si Hadj Mohand Abdenour, " la Guerre vécue par un chasseur alpin et un fils de fellagha ", " la Poésie kabyle et la guerre de libération " et " les Fellaghas, les harkis et la France ", sont là pour apporter un nouveau regard sur cette période vécue dans une région de Kabylie. Ils constituent un témoignage troublant sur les agissements de l’armée coloniale. Un regard limpide sur la résistance contre l’oppression coloniale.

Des faits historiques émouvants, des scènes de tortures, des assassinats et cris de victimes sont répertoriés dans ces ouvrages de grande portée tant humaine que historique. Pour M. Si Hadj Mohand, l’écriture de l’histoire passe indubitablement par ce genre de témoignages, qui sont, par ailleurs, un prélude pour des études et des critiques très pointues.

La Dépêche de Kabylie : Vous êtes auteur d’ouvrages d’histoire consacrés à la période de la Guerre de libération, comment est venue cette idée d’écrire sur cette période et pourquoi spécialement la région d’Iferhounene ?
L’idée n’est pas spontanée, mais elle sommeillait dans ma tête depuis mon jeune âge. Il faut dire que j’ai vécu cette guerre comme la plupart des Algériens, comme un traumatisme qui refait surface de façon récurrente dans ma vie. Le moment était simplement venu de dire les choses telles que vécues et surtout avec la plus grande objectivité possible.
Pourquoi la région d’Iferhounene ? Et bien parce que c’est là-bas que j’ai vécu mon enfance qui a correspondue à la phase de la Guerre de libération, celle de 1954 à 1962, dans le fracas des armes, les cris de suppliciés et les larmes des enfant et des femmes frappées sauvagement par les hordes déchaînées de la puissance coloniale aidée pour cela les nombreux suppôts et supplétifs.
Je le redis encore une fois, il s’était agi de dire le plus simple du monde ce que nous avons vécus tous dans cette région sans passion ni rancœur; cette région a payé un lourd tribut qui, comme je l’ai écrit dans mes deux livres, la Guerre franco algérienne dans la poésie populaire kabyle et Fils de fellaga, dans les autres qui seront bientôt édités comme " la Guerre vécue par un chasseur alpin et un fils de fellaga, la poésie kabyle et la guerre d’Algérie ". L’idée d’écrire m’a toujours hanté depuis l’indépendance, c'est-à-dire, depuis l’âge de 12 ans.
La matière existait mais il manquait les outils comme, la langue d’expression qu’il fallait maîtriser mais surtout, choisir pour transmettre le message d’abord à celui qui est concerné en premier chef par cette tragédie, c'est-à-dire le lecteur français.Ma jeunesse à Iferhounene a été happée par le colonialisme, volée, comme a été spoliée notre terre, détruit notre fortune. J’ai été non seulement le témoin mais aussi et surtout la victime et parfois malgré moi (missions pour un fils de fellaga dans le livre " Fils de fellaga paru aux éditions Publibook) acteur involontaire, pour transmettre avec suffisamment de preuves, de vérités je veux dire, le message sur cette épopée.

Vous dites dans un passage de votre livre que l’histoire est là pour nous rappeler l’importance accordée à cette région escarpée; par les envahisseurs qui en ont eu à affronter déjà; avant les années 1854-1856-1857 les quinqué genti, et dans un autre vous dites " les multiples tentatives de la France …se sont faites un point d’honneur et ont considéré comme un haut fait de guerre de détruire le mythe de l’invincibilité de tribus fières de Djurdjura ". Sous quel angle procédez vous pour analyser les résistances de la Kabylie contre le colonialisme, notamment, l’apport des tribus de Djurdjura à cette résistance ?
Comme je l’ai déjà dit dans plusieurs paragraphes de mon livre " Fils de fellaga " l’Algérie a été longtemps, à l’instar de la plupart des pays africains, la convoitise des conquérants.
La France n’a fait que suivre les traces des vandales, des phéniciens, des romains, des turcs avec cette différence qu’elle avait précédé sa conquête d’une exploration scientifique.
En effet, les œuvres léguées par les scientifiques français sur cette partie de l’Afrique dite septentrionale montrent bien que l’Algérie avait fait l’objet d’une étude minutieuse pluridisciplinaire et approfondie. Il s'agissait de lancer une expédition la plus économique la plus efficace possible, donc la plus rentable pour l’envahisseur. D’où l’examen minutieux du sol, des montagnes, du littoral, des eaux, des plantes, du climat, de la population, sa sociologie ses croyances, son histoire, ses coutumes et usages que l’on retrouve savamment exposés dans les ouvrages de Dussouhet, Carrette, Pélissier El et A Bertherand.
L’étude historique s’est intéressée avec force détails à la Kabylie en particulier. Les différentes batailles livrées par les Berbères aux envahisseurs ont démontré le mythe de l’invincibilité des peuples de la Kabylie, désignés par les Romains par les termes de quinqué genti et Mons Ferratus.
La France avait intégré dans sa stratégie de conquête le courage, la ruse et l’esprit de sacrifice, mais aussi le relief escarpé, hostile et la situation stratégique des crêtes et pitons sur lesquels sont plantés les villages kabyles, difficilement attaquables de toute la Kabylie.
En effet ces villages perchés aux sommets des collines répondent d’abord à un impératif de guerre.
Les armées françaises, pour occuper les Ittourar (Imessouhal) et installer leur bivouac à Timezguida, a dû recourir à des moyens matériels modernes de l’époque ( usage de la poudre explosive en grande quantité ) et à des effectifs énormes.
De plus la région des quinqué genti avait été dès 1854, 1856 et 1857 attaquée par deux armées des deux côtés. Celle de Constantine venant par Bejaia et celle de Bordj Tizi Ouzou, qui ont fait leur jonction à Timezguida. Mais c’était compter sans la ruse et le courage de ces Amazighs, car les troupes de la Velléda Lalla Fatma N’Soumer, malgré la supériorité numérique et matérielle des deux armées coloniales, ont fini par contraindre l’ennemi à se replier dans la vallée du Sebaou.
(A Bertherand dans Campagnes de Kabylie -1954, 1956 et1957). Il faut dire que même au Djurdjura des renforts ont été envoyés d’autres régions de Kabylie pour stopper l’avancée des envahisseurs.
De même que des troupes ont été levées dans la région des Ittourar pour combattre les troupes venant des At Yirathen à leur arrivée à Ichariden. La résistance de la Kabylie contre le colonialisme s’inscrivait en droite ligne dans le caractère séculaire de ce peuple, à refuser toute emprise des étrangers sur leur territoire, leurs moeurs et les modes de vie, dominé par l’honneur, l’Anaya, et la logique du don de soi du défi et du contre défi ( voir Bourdieu et Sayad à ce sujet ). La défense de son territoire se pose en terme de sauvegarde de son honneur.
La spoliation des terres, le non respect des coutumes et de l’organisation kabyle constituaient un affront qui ne pouvait être réglé que par la guerre. C’est dire que la pacification, prônée par l’occupant se plaçait d’emblée en flagrante contradiction avec la philosophie de la vie de ces peuples amazighs- hommes libres.

3-Les faits historiques rapportés dans vos deux ouvrages, sont-ils des faits vérifiés ou sont ils des histoires racontées comme un récit de vie ?
Les faits rapportés dans mes livres sont authentiques.
Il ne s’agit pas d’un roman, mais d’un témoignage. Je me suis dès le départ fixé un objectif, pour que mon témoignage soit bénéfique pour le lecteur, en premier lieu, même si l’historien trouvera matière à exploiter dans une autre dimension, puisque tous les récits qui doivent former le contenu de mes ouvrages est tout à fait la vérité.
Ils sont vérifiables, car ces faits ne peuvent être contredits ni par la population de la région ni par les personnes citées ni par les archives disponibles en Algérie ou même dans les archives militaires françaises. Ceci pour ce qui concerne les narrations.
J’ajouterai que je détiens des photographies qui avaient été prises à cette époque, et qui parlent d’elles-mêmes, puisque témoignant des slogans colonialistes ( exemple : "Vive l’Algérie " pour " les fellaghas " et sa réponse, " Iferhounene village de France ", pour les soldats français sur le mur même de notre propre maison).
Je me suis lancé un défi, celui de dire la vérité. Ce caractère je le tiens un peu de mon père mort pour un idéal. D’aucuns penseraient à un extrémisme de ma part ; alors je me suis dit, la guerre est fini, moi je dois la continuer par mes écrits, non pas dans un esprit revanchard et belliqueux mais dans le dessein de faire savoir que quelque chose s’était tout de même passé, et ce qui en définitive s’était réellement passé.
Ces faits que j’ai rapportés je les ai vécus en tant qu’enfant ayant grandi avec eux de 1956 à 1962.
J’ajouterai que devant de tels événements, je n’ai pas cherché à farder la vérité, c’est pour cela que j’ai dit en toute conscience ce qui me semblait utile de dire. J’ai cité des noms de personnes, en livrant ma pensée profonde, j’en assume la responsabilité. Les exécutions sommaires, les viols, mais aussi la mort de soldats français ne peuvent être occultés. La compassion de certains appelés, et même de certains harkis, ne doit pas être passée sous silence. Je juge l’homme en tant qu’être humain sans distinction de race, de religion ni de couleur et de quel côté qu'il puisse se situer dans ce conflit, qui, comme tout le monde le sait, a fait beaucoup de victimes pas seulement du côté algérien mais aussi du côté français. Ces événements vécus m’ont été confirmés par d’autres témoignages. Ceci pour les besoins de rassurer ma mémoire d’enfant qui pourrait défaillir. Les raisons de la possible défaillance sont nombreuses vous devez le savoir- je ne citerai qu’un seul : le traumatisme

De 1854 à 1857, vous dites que la même histoire se répète en 1958, de quel côté les événements se ressemblent ?
Oui l'histoire se répète. En 1956, depuis l’installation du camp à Iferhounene, nous avons subi les affres de la même politique que celles subies par nos ancêtres pendant et avant la conquête française.
Pour ne parler que de cette invasion impérialiste française, nous dirons que dès l’installation de ses forces armées en Kabylie (rappelons que ce camp a été implanté en 1956), la même stratégie a prévalu: la spoliation, la répression, la privation des populations; nous pouvons conclure que la présence du régime colonial avait pour objectif l’exploitation à ses fins des richesses du pays, l’asservissement de la population et l’élimination de l’intelligence autochtone susceptible de remettre en cause le fait colonial.

A l’instar de beaucoup d’historiens et de témoins sur cette période, vous refusez de l’appeler " guerre " mais vous la nommez " génocide ", pourquoi ?
Il faut rappeler que l’occupation de l’Algérie à ses débuts, à part le débarquement à Sidi Fredj et les batailles qui s’en étaient suivies (Fort L’empereur) et Bab El Oued (la maison du Dey) pour l’occupation d’Alger ne pouvaient pas être qualifiées de guerre.
Il s’agirait d’une puissance venue envahir le territoire d’un peuple beaucoup plus paysan, montagnard que citadin, qui n’avait aucune industrie ni armée organisée et avec le départ des Turcs, le pays s’était retrouvé sans aucune autorité centrale et sa cohésion s’était disloquée.
Ce n’est qu’après l’occupation que les Algériens ont commencé à s’organiser et les maquis se créer, sous l’autorité de quelques notables comme l’Emir Abdelkader, sont venus après El Mokrani et les autres, Lalla Fatma N Soumer. L’Emir Abdelkader a lutté au sud ouest algérien pendant une longue période. De plus les moyens étaient inexistants et les communications rendues impossibles par la présence de l’occupant pour unifier l’action révolutionnaire.
Je ne pouvais pas parler de guerre devant ce déséquilibre avant 1954, car la supériorité de l’ennemi n’a rencontré dans la plupart des régions du pays qu’un peuple bédouin, illettré et démuni de moyens parfois même dans une situation socio économique précaire. Même après 1954 quand le FLN avait pris les armes pour défendre le territoire national, les moyens étaient rudimentaires et le déclenchement du 1er novembre 1954 avait d’abord une portée symbolique. Il était un signal à la communauté internationale que l’Algérie refusait la domination coloniale, la présence de l’occupant étranger.

Cette volonté de vouloir chasser l’occupant qui persistait à vouloir présenter l’image d’un pays pacifié émancipé.
L’opinion internationale avait été leurrée par la propagande coloniale "des possessions françaises d’Afrique" qui ouvraient des débouchés pour tous les Européens; c’est dire que tout le monde occidental trouvait son compte dans cette affaire.
Il fallait donc un autre son de cloche, qui avait trouvé son écho dans les pays arabes et les pays de l’Est. C’est le FLN de 1954 qui l’annonçait. Mais la puissance de la France coloniale n’avait rien de comparable avec ces fusils de chasse ou ces vieux pistolets brandis courageusement de l’autre côté du conflit.
Sachant qu’elle perdrait sur le terrain politique, la France avait alors accéléré le processus d’occupation et de pacification en utilisant la politique du tout sécuritaire " d’où l’opération de police, et ensuite la remise du pouvoir aux militaires ". Alors nous avons d’un côté une armée régulière, bien entraînée et suréquipée, de l’autre quelques " fellaghas " appelés aussi, rebelles ou hors-la-loi armés de fusils de chasse, de PA et d’armes blanches noyés dans une population inconsciente, analphabète et affamée. C’est dans ce sens que le combat ne peut être véritablement qualifié de guerre. Il s’agissait en fait d’une agression, et son ampleur a pris par la suite la dimension d’un génocide. En fait, il s’agissait d’une armée régulière qui massacrait tout ce qu’elle trouvait sur son chemin en utilisant les armes les plus modernes de l’époque y compris l’aviation, les blindés, les bidons de napalm.
Du reste concernant ce génocide déjà avant 1954, je ne fais que me référer aux témoignages de ces hommes de sciences, ces intellectuels français qui ont fait partie de ces expéditions. l’Histoire se répète, les massacres, le génocide se reproduit durant la période de 1954 à 1962, avec ses multiples options spéciales ( Jumelles , brumaire etc… ) .

Les demonstrations publiques des crimes seront gravées dans la mémoire de ce petit illettré, qui transmet de bouche à oreille y compris sa culture et sa tradition à travers les siècles " un pan entier de notre histoire reste prisonnier de l’oralité, n’est il pas venu le jour d’écrire ces histoires ?
Parfaitemen, il s’agit précisément de cela. Ce qui m’a poussé à écrire pour faire connaître ces événements qui, dans d’autres lieux auraient certainement ameuté les instances internationales pour, vite, constituer des commissions d’enquête, un tribunal international.
Ce qui s’était passé en Kabylie n‘est pas moins dramatique ou génocidaire que ce qui se passe actuellement un peu partout dans le monde pour ne pas attirer l’attention des instances internationales.
Mais ce qui me parait plus grave encore, plus dramatique et génocidaire, c’est l’absence de témoignages écrits sur cet épisode de l’histoire de l’Algérie. Nous sommes en train de tuer notre Histoire, et par conséquent nous tuons une seconde fois nos aînés morts pour l’indépendance de ce pays. Faudrait-il attendre l’ouverture des archives ? Et quelles archives ? Celles bien sûr écrites par la puissance occupante. En attendant, notre histoire continue de se transmettre de bouche à oreille alors que le reste du monde se met à la numérisation de l’information. Et si la mémoire collective est infaillible les habitudes changent, les déplacements de population font quelque peu oublier les événements.
Pourtant ces événements ne sont pas passés inaperçus pour les témoins venus avec les conquérants pour leur accorder toute l’attention.
Car souvent malheureusement, on se heurte au problème de neutralité, et donc de l’objectivité.
A Bertherand avait-il ignoré ou simplement occulté volontairement qu’en 1854-1956 et 1957 la voix stridente et vibrante en même temps qu’il avait entendue, lors de l’attaque du bivouac de Timezguida n’était autre que celle de la Velléda Lalla Fatma N Soumer
Pour revenir à une autre partie de votre question; celles des exécutions sommaires entre 1954 et 1962, et par les soldats français tués aux combats, il n’en reste qu’un vague souvenir des jeunes aujourd’hui retraités, mais la nouvelle génération a vu ses centres d’intérêt déplacés sur l’émigration, l’Internet, la recherche du pain quotidien mais jamais sur les événements passés. Ce qui me semble encore plus grave, c’est la fuite de nos jeunes vers d’autres nationalités (naturalisation) en tout cas, cette jeunesse, qui n’est pas à blâmer, n’est point tournée vers la connaissance de l’histoire de leurs ancêtres, lesquels ont pourtant payé un lourd tribut. Il est vrai qu’ils sont maintenant, nos jeunes, tournés vers d’autres préoccupations légitimes et prioritaires: celles de livrer bataille à d’autres problèmes quotidiens qui menacent leur avenir.

Je ne terminerai pas ce volet sans ajouter qu’il est temps que l’Algérie reconquiert le trésor précieux qu’est son Histoire et pour cette raison, je soutiens les efforts déployés par tout homme de bonne volonté pour récupérer les archives nationales.
Ceci d’un côté, de l’autre je me suis permis d’adresser une lettre à nos députés – en raison de l’importance que j’accorde personnellement à cette partie de notre personnalité qu’est l’Histoire de nos ancêtres, pour les inviter à dire leur mot sur cette question fondamentale-vous pouvez lire l’intégralité de ce message dans le livre " Fils de fellagha ".
Les faits vécus sont historiques, ils ont trait à l’existence, la survie même de nos ancêtres, et par extension de notre peuple et méritent plus que l’oralité. Ils doivent être inscrits dans les supports modernes. J’ai personnellement jugé que l’exécution sommaire opérée par le peloton du lieutenant Pelardi doit être porté à la connaissance du monde entier, pas seulement aux citoyens berbérophones. Voila ce qui justifie en partie, mon livre, écrit en langue française et qui sera traduit incessamment dans les langues arabe et anglaises.
D’autres ouvrages paraîtront bientôt aux éditions Publibook pour continuer cette œuvre qui me tient à cœur. C’est ainsi que les titres suivants seront bientôt mis à la disposition du lecteur
- la Guerre vécue par un chasseur alpin et un fils de fellagha
- la Poésie kabyle et la guerre de libération tome 2
- les Fellaghas, les harkis et la France

La région d’Iferhounene a beaucoup donné pour la révolution, le nombre de martyrs enregistré dans cette région prouve l’apport de cette dernière à la Guerre de libération, mais aucun écrit historique digne des sacrifices consentis par cette région ne lui a été consacré. Pourquoi cela ?
La région d’Iferhounene a effectivement beaucoup souffert. Il ne faut cependant pas oublier qu’en certains endroits du pays, des bombardements intenses visant des lieux d’habitations, dans la vallée de la Soummam, c’est cela le génocide; des milliers de femmes, d’enfants ont été sommairement exécutés; faudrait-il peut être le signaler, la population de cette région d’Iferhounéne avait opposé une résistance acharnée. Et ce qui avait rendu la répression encore plus sauvage, c’est que les commandants Favier, Wolf et le lieutenant Pelardi savaient aussi que cette population était entièrement acquise au FLN.
Parfois on se payait le luxe de nous annoncer l’attaque suffisamment bien à l’avance, pour nous mettre à l’abri. Cela sans que les soldats du camp n’en sachent rien jusqu’au moment où éclate les premières fusillades. Il y avait aussi les exécutions sommaires en plein villages tant à Iferhounene qu’à Tifilkout ou Tikilsa.
Je peux également vous citer d’autres exemples qui parlent d’eux mêmes: le cas de la grotte située en contrebas de Tifilkout où le lieutenant Cappelle et un autre adjudant de l’armée française avaient été abattus le 14 mai 1958… cette mort a été suivie de représailles sanglantes sur la population de Tifilkout, 12 hommes ont été passés par les armes.
Cela n’avait pas suffi pour calmer la population et les moudjahidine solidaires, puisqu’il a fallu faire appel aux parachutistes, puis au génie militaire puis à l’aviation : ce fut le massacre (voir poème populaire Targa N-Tifilkout ou Tifilkout incendiée).

Le général De Gaulle lors de sa visite à Tifilkout a eu cette phrase très significative, " soldats français, vous n’étés pas ici pour blanchir la Kabylie". Parce que le général avait été accueilli dans un village de Kabylie, en l’occurrence typifié, badigeonnée à la peinture blanche pour la circonstance, pour donner meilleure impression au visiteur.
S’il n’existe aucun écrit, émanant de la partie algérienne sur cette région, c’est sans doute à cause du caractère oral de la culture de la région.
Car voyez-vous il n y a que les témoins qui peuvent s’exprimer sur les faits qui se sont déroulés dans une région. L’ère du journalisme international n’était pas encore né. Le crime se déroulait à huis clos dans cette région fermée sur elle-même, enclavée, dominée, verrouillée.
Les seuls écrits qui existent malheureusement sur la période vécue par cette région entre 1854 et 1857 sont de A Bertherand qui parlent de thermoïnique pour dire Ath Iferhounéne , de Tifilkout, Timezguida. Mais restent partisans, car vantant les campagnes médico-chirurgicales de cette expédition de la Kabylie.

Entretien réalisé

 

par Mohamed Mouloudj

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