Merveilles de l’Algérie

 Les monuments de la tradition berbère

La Dépêche de Kabylie 30/08/2007 Merveilles de l’Algérie

Les demeures, même si elles sont frustes et primitive, n’en sont pas moins agréables à habiter : fraîches en été, chaudes en hiver, absorbant l’humidité, assurant de bonnes isolations.
Notre pays concentre les plus prestigieux monuments de l’architecture berbère : Mausolée royal de Maurétanie, Medracen, Monument du Sig... Des monuments qui témoignent de la grandeur d’une civilisation et qui sont aujourd’hui menacés.

Un patrimoine à revaloriser
Ce n’est que ces dernières décennies que les chercheurs ont commencé à découvrir l’architecture berbère.
On a découvert que les maisons kabyles ou mozabites, les ksars de terre du Sud algérien ou les kasbahs de l’Anti-atlas marocain ont leur propre originalité, leur style et leurs techniques de construction... On a découvert surtout que cette architecture qu’on a qualifié parfois d’architecture de pauvre, n’est pas aussi pauvre que cela, et qu’elle a l’intelligence d’utiliser des matériaux qui s’intègrent parfaitement à l’environnement et qui ont l’avantage d’être très abondants. Certes pas de matériaux de prestige comme le marbre, l’ardoise, la dalle de sol ou le bois, selon les régions le palmier, le frêne, le chêne, le cèdre ou le pin, le roseau, le gypse, la terre... Les demeures, même si elles sont frustes et primitive, n’en sont pas moins agréables à habiter : fraîches en été, chaudes en hiver, absorbant l’humidité, assurant de bonnes isolations. Il est intéressant de faire le tour des maisons berbères, de l’Atlantique à l’oasis de Siouah, pour relever les constantes de cette architecture et de ses variantes, mais hélas les écoles d’architecture maghrébines qui étudient tous les styles, de toutes les époques, n’ont pas prévu d’enseignement sur l’architecture berbère. Une lacune qu’il faudrait combler au plus vite !

Un passé prestigieux
Les Berbères n’ont pas produit de monuments comparables aux pyramides d’Egypte ni aux temples grecs, mais ils n’en ont pas moins légué à leurs descendants des ouvrages grandioses, qui ont défié le temps et qui sont les témoins de leur génie architectural et de leur grandeur dans le passé : Mausolée royal de Maurétanie, Medracen ou Djeddars en Algérie, Mausolée de Mçora, au Maroc, Temple de Massinissa à Dougga, en Tunisie... L’Algérie surtout concentre sur son territoire les plus beaux et les plus grands de ces monuments, les uns très connus, et depuis l’antiquité, les autres moins célèbres mais qui méritent d’être connus des jeunes générations. Nous allons, dans cet article et le suivant présenter pour nos lecteurs ces monuments. Des merveilles qui méritent d’être classées au rang de chefs-d’œuvre architecturaux de l’humanité !

Le Mausolée royal de Maurétanie
Ce monument, situé à une dizaine de kilomètres de Tipaza, sur une des collines du Sahel, était appelé autrefois tombeau de la Chrétienne, appellation reprenant le nom local ‘’qbar al Rumia’’ : or non seulement, on ne dispose d’aucune preuve que le mausolée aurait reçu la dépouille d’une chrétienne, mais aussi, on sait aujourd’hui, qu’il est antérieur de plusieurs siècles à l’ère chrétienne. En fait, ce sont les traverses des portes des fausses portes de pierre du monument, qui imitent les traverses en forme de croix des portes en bois, qui ont suggéré l’idée d’une sépulture chrétienne. A l’Indépendance, le monument a pris le nom de Mausolée royal de Maurétanie.

Un étrange monument
Le monument est incontestablement un tombeau, présentant les caractéristiques des monuments funéraires berbères de l’antiquité : érection sur une colline, orientation selon les points cardinaux, et surtout, présentation en tumulus de la fameuse bazina berbère, attestée depuis la préhistoire et que l’on retrouve dans les tombes actuelles : caveau réduit aux dimensions du corps, fermé avec des dalles et recouvert d’un tumulus de terre ou d’un amas de pierres
Le Mausolée a la forme d’une ruche de 60,90 mètres de diamètre, surmontée d’un cône de 33 gradins d’une hauteur de 0,58 m chacun. Il est flanqué de quatre fausses portes donnant chacune sur un point cardinal. Tout autour de la partie cylindrique, sont disposées 60 colonnes de style ionique, supportant un rebord sur lequel s’élèvent les gradins. L’entrée réelle du tombeau, placée au-dessous de la fausse porte de l’Est, a été découverte en 1866 par le Français Adrien Berbrugger, alors inspecteur des musées archéologiques de l’Algérie. Elle était cachée par deux pierres mobiles, agencées de façon qu’elles se confondent presque avec les blocs composant du soubassement du monument. Cette porte donne accès à un couloir bas, situé au-dessous du niveau du cône et fermé par une herse.

Par une série de couloirs, de galeries on arrive dans une pièce de forme rectangulaire, voûtée de 4,04 m de long sur 3,06 m de large, comprenant trois niches disposées sur les parois nord, sud et ouest. C’est la chambre funéraire mais on n’y a trouvé aucune sépulture, le tombeau ayant sans doute été violé depuis longtemps.
Si l’architecture du monument est incontestablement berbères, certains éléments, comme les chapiteaux ou les colonnes sont influencés par l’art grec ou égyptien.

Un monument plus ancien que l’on ne le pense
On pense qu’il a servi de sépulture à Cléopâtre Séléné, la femme du roi berbère Juba II, qui ont vécu au premier siècle avant J.C.
On se rappelle qu’après que César se soit débarrassé du roi Juba I, qu’il a battu à Thapsus, il s’est emparé de son royaume et a institué dans sa partie orientale une nouvelle province romaine appelée Africa nova. Juba laissait également un jeune enfant, prénommé comme lui, que César fait enlever et figurer à son triomphe, à Rome. Mais le même César va prendre l’enfant sous sa protection et, à sa mort, il passe sous la protection d’Octave qui se charge de son éducation. Intelligent et doté d’une grande mémoire, Juba s’initie à toutes les disciplines qu’on apprenait alors, devenant, selon le mot de Plutarque "le Barbare numide le plus fin des lettrés grecs."

Octave, qui est devenu entretemps son ami, lui fait obtenir la citoyenneté romaine et l’associe à ses campagnes d’Egypte, dans la guerre contre Antoine et Cléopâtre (31-29 avant J.C.). Le même Octave, devenu Auguste, le rétablit dans ses droits de souverain et lui taille un royaume sur le territoire de la Maurétanie dont Rome s’était emparé après la mort du roi Bocchus. C’est sous le conseil de l’empereur qu’il épouse quelques années après Cléopâtre Séléné, fille de la grande Cléopâtre d’Egypte et du triumvir Antoine. La jeune princesse avait été, elle aussi, enlevée à sa patrie, après la défaite et la mort de ses parents, puis elle a été élevée à Rome. Auguste voulait, par cette union, montrer au monde la grandeur et la puissance de Rome qui, après avoir vaincu ses ennemis, s’allie leurs enfants, allant jusqu’à les faire gouverner pour son compte. En tout cas, l’union de Juba et de Cléopâtre est des plus réussie, la jeune Egyptienne ayant été associée au règne du Berbère, ainsi que le montrent des monnaies frappées à son effigie. A sa mort, survenue en vers 6 ou 5 avant J.C. Juba lui aurait élevé le fameux Mausolée royal de Maurétanie. Mais cette hypothèse est aujourd’hui contestée par certains chercheurs qui pensent que le monument est encore plus ancien ! La plus ancienne référence écrite au Mausolée est du géographe latin, Pomponius Mela, qui écrivait au début de l’ère chrétienne. Dans son livre De situ orbi, il écrit
‘’Iol (Cherchell), se trouve sur le bord de la mer, ville jadis inconnue, elle est, aujourd’hui illustre, pour avoir été la cité royale de Juba et parce qu’elle se nomme Césarée. En deça se trouvent les bourgs de Cartenna (Tenes) et de Arsenaria, le château de Quiza, le golfe Laturus et le fleuve Sardabale. Au-delà, le mausolée commun de la famille royale... ’’
Mais Pomponius Mela ne précise pas de quelle famille royale il s’agit, ni à quelle époque le tombeau a été édifié. Mais quelle que soit la période, il ne peut s’agir de la période de Juba II puisque celui-ci a vécu au début de l’ère chrétienne, alors que le tombeau lui paraît antérieur. Au début du 20e siècle déjà, l’historien français, Stéphane Gsell, spécialiste de l’antiquité maghrébine, plaçait le monument au 2e ou au 3e siècle avant J.C. Cette hypothèse s’appuie sur les détails extérieurs du monument qui reproduisaient des éléments stylistiques de cette période. Pour Gsell, le tombeau aurait reçu la sépulture d’un roi maure, peut-être Bocchus l’Ancien qui a régné au début du premier siècle avant J.C. Un autre historien, l’Italien P. Romanelli est partisan d’une datation encore plus ancienne puisqu’il fait remonter le Mausolée au 5e siècle avant J.C et même le 6e. De nos jours, sans remonter aussi loin dans le temps, le préhistorien français Gabriel Camps le propose au 3e siècle avant J.C. Ce chercheur se base sur un crampon de bois, prélevé par M. Christofle et qui, soumis au carbone 14 a donné la date de 270 avant J.C. Cependant, Camps admet une date plus tardive, le crampon ayant été peut-être ajouté ultérieurement, lors d’aménagements apportés à l’ensemble.

La place de la légende
Selon une légende locale, le Mausolée serait hantée par une fée, Haloula, qui y a enfermé son trésor. Un jeune berger aurait découvert l’entrée et se serait emparé d’une partie de l’or qu’il contenait, mais quand il a voulu y retourner il n’a plus retrouvé l’entrée ! On parle aussi d’un Berbère de la région, capturé par des pirates chrétiens et vendu comme esclave à un alchimiste espagnol. Celui-ci a consenti à le renvoyer chez lui mais à condition qu’il aille brûler un parchemin sur l’emplacement du tombeau. Le Berbère a obéi et tandis que le parchemin brûlait, le tombeau s’est ouvert et une colonne de pièces d’or en est sortie, prenant, par la voie des airs, le chemin de l’Espagne !. On évoque aussi un habitant de la région, vendu comme esclave à un alchimiste espagnol : celui-ci lui rend sa liberté contre la promesse de se rendre au Mausolée et d’y brûler un parchemin magique : cette action accomplie, le Mausolée s’ouvre aussitôt et une nuée de pièces d’or s’en échappe, prenant le chemin de l’Espagne. L’idée d’un trésor caché attise les convoitises mais l’entrée du tombeau reste dissimulée, comme nous l’avons écrit, jusqu’au milieu du 19e siècle. Au 18e siècle, le bey Baba Mohammed ben Othman fait bombarder le monument dans l’espoir d’y pratiquer une ouverture et d’y pénétrer mais il était plus solide qu’il ne le croyait. Et il n’a fait qu’endommager le monument !

Après le Mausolée royal de Mauritanie, le Médracen est le monument antique le plus célèbre de l’Algérie. On présentera également le Mausolée de Siga, dans l’ouest du Pays, et les Djeddars de Frenda.

Le Médracen
Ce monument de la période numide se trouve au Mausolée royal numide à 34 km au nord-est de Batna, au cœur des Aurès. Comme le Mausolée royal de Mauritanie, il dresse sur une colline sa forme massive, qui ne laisse pas de rappeler celle du Mausolée de Mauritanie. Comme lui, il possède un socle circulaire et il est surmonté d’un cône à gradins, surmonté d’une plateforme, le tout évoquant de loin, une immense ruche.
C’est aussi un monument funéraire, du type bazina, tombe berbère formée d’une chambre funéraire et surmontée d’une tumulus.
La datation au carbone 14 de fragments de cèdre, prélevés dans la structure du monument, laisse croire également qu’il est à peu près contemporain du Mausolée royal : la seconde moitié du 4e siècle ou au début du 3e siècle avant J-C.

Le monument mesure au total 18,50 mètres, avec un diamètre, à la base, de 58,50 mètres. Le couronnement porte, lui, 23 gradins de 0,58 cm chacun, et la plateforme qui le coiffe a 11,40 mètres de diamètre. L’entrée du monument est située à l’est, au niveau du troisième gradin. En partie obstruée aujourd’hui par les blocs de pierre tombés du monument, elle était autrefois fermée par une dalle coulissante.

Par cette entrée, on entre dans un étroit vestibule qui débouche sur un escalier de onze marches, peint de rouge qui est, rappelons-le, la couleur funéraire des Berbères qui peignaient également d’ocre les os de leurs morts. Par l’escalier, on débouche sur une galerie qui conduit au caveau central. Le couloir est soutenu par des poutres de cèdre mais la moitié de ces poutres n’existent plus aujourd’hui.
L’entrée du caveau, aujourd’hui très endommagée, était haute de 1,70 mètres environ et large de 0,90 mètres et fermait par une porte de cèdres dont des débris ont seulement été retrouvés.
La porte donne accès à la chambre funéraire qui ne mesure que 2,20 mètres de long sur 1,59 mètres de large. De chaque côté, se trouvent des banquettes, qui devaient servir de support à une couverture pour dissimuler la dépouille du mort, un peu comme les dalles funéraires (timedlin) des tombes actuelles. Mais, on est pas sûr que le rite pratiqué au Medracen est l’ensevelissement : devant l’absence de restes humains, on a pensé à l’incinération. Mais aucune trace d’incinération n’a été retrouvée dans le monument.
Comme le Mausolée royal de Mauritanie, le Médracen est un monument de tradition berbère, avec des marques d’influence étrangère, notamment les colonnes d’origine dorique et la corniche de style égyptien. Selon le colonel Brunon, qui a fouillé au 19e siècle le Médracen, le monument aurait servi à recevoir les cendres d’un proche d’un roi numide qui l’a fait construire. Et on ne dispose d’aucune information sur ce roi, et on ignore tout de l’époque exacte à laquelle il a vécu. En effet, contrairement au Mausolée royal de Mauritanie, aucune source antique ne cite le Médracen.

Quant à la tradition locale, elle fait remonter le tombeau à Madghes, en berbère “Imedghassen”, d’où le nom de Médracen, qui est, selon les auteurs musulmans, l’un des ancêtres des Berbères, aux côtés de Mazigh. Le nom de Medghes figure dans l’onomastique berbère du Moyen Age. Il provient peut-être de adghes, colostrum ou lait des premières vingt quatre heures, symbole de force chez les Berbères.

Le Mausolée de Siga
Comme les autres mausolées, le Mausolée de Siga se dresse sur une éminence : un mont du Djebel Soukna, dans la vallée de la Tafna. Il se trouve dans la ville antique de Siga, capitale du roi numide Syphax.

La ville de Siga est citée par de nombreux auteurs de l’antiquité gréco-romaine : Polybe, Strabon et Pomponius Mela, entre autres. C’est la preuve que c’était une cité importante, à l’exemple de Cirta ou de Hippone. Selon les historiens, elle a d’abord été un comptoir phénicien avant de devenir une ville numide, au 3e siècle avant J-C. Elle aurait été une ville de moyenne importance avant de devenir la capitale de Syphax, roi des Massessyles, dont le Royaume s’étendait sur une partie de l’Algérie et une autre du Maroc. On connaît l’inimitié qui existait entre Syphax et Massinissa, le roi des Massyles. Durant la seconde guerre punique qui a opposé Carthage à Rome, chacun de ces deux rois a pris position pour l’un des belligérants, Syphax s’alliant aux Carthaginois et Massinissa aux Romains. Vaincu, Syphax a été réduit en captivité, quant à son royaume, dont sa capitale Siga, il a été annexé par Massinissa. De nombreux vestiges témoignent de la grandeur de Siga : poteries, restes de murailles et de thermes, pièces de monnaie, stèles, etc. Mais le vestige le plus remarqué est le Mausolée dit de Siga.

Il est composé d’une structure externe, très endommagée, construite selon un plan triangulaire, mais comportant six faces, les unes en lignes droites, les autres concaves, et d’une partie intérieure qui, comme dans les autres monuments, a dû servir de sépulture.
Signalons, encore, que le monument est entouré d’une plateforme qui repose sur un socle constitué de trois gradins. L’ensemble est en ruines, mais on a pu, grâce aux gravats présents sur place, le reconstituer.
On sait ainsi qu’il avait trois étages : le premier, la partie qui demeure, était surmonté d’une corniche, le deuxième portait de fausses portes, entourées de colonnes à chapiteaux ioniques et de moulures à gorges égyptiennes ; le troisième avait la forme d’une pyramide.

Le monument qui est, rappelons-le très “ruiné”, ne mesure plus aujourd’hui que 5 mètres, mais à l’origine, il faisait 30 mètres !
La partie intérieure comprend tout un réseau de chambres, disposées selon la forme du monument. Le réseau comprend trois parties distincte de cinq, quatre et une pièces, ouvrant sur une porte à herse. Ces chambres sont étroites (un peu moins de 2 mètres de largeur, entre 2,60 et 5,60 mètres. de longueur et un peu moins de 2m de hauteur) et elles sont partiellement taillées dans la pierre. On y a retrouvé des objets, faisant sans doute partie du mobilier funéraire : fragments d’amphores, débris de verre et de plomb, tessons de poterie... Mais comme dans les autres monuments que nous avons présentés, pas de restes humains. On a pu dater quelques objets qui remontent au 2e siècle avant J-C. C’est antérieur à Syphax à qui ont attribuée la construction de ce monument.

Les Djeddars
De la vallée de Tafna, nous passons à la région de Frenda, dans la wilaya de Tiaret, où se dressent 13 monuments funéraires à base carrée, que les populations locales appellent “Djeddars”.
Ces monuments se répartissent en deux groupes : le premier, qui serait le plus ancien comprend trois monuments construits sur trois collines du Djebel Lakhdar. Les spécialistes les ont baptisé Djeddars A, B et C.
Le deuxième groupe, situé à 2,5 km de là, sur le Djebel Laârari, est formé par le reste des monuments.

Le djeddar A, qui est celui qui a été le mieux étudié, mesure 95 mètres de haut. Il a la forme d’un tumulus (bazina) à degrés quadrangulaire. Il possède un soubassement carré et il porte, au sommet, une pyramide à gradins.
Les façades de la partie inférieure sont formées de pierres calcaires assemblées avec un mortier de chaux.

Il ne reste plus que cinq rangées de la partie supérieure, les autres s’étant écroulées. L’entrée du Djeddar est à 4,50 mètres de la base du couronnement. Par là, on accède, après avoir traversé une galerie d’un peu plus de 4,50 mètres de long, et monté un escalier de sept marches, au tombeau.
Il se ferme au moyen d’un composé de deux portes de pierres que l’on obstruait en les faisant coulisser sur des entailles aménagées dans le sol.
Après avoir franchi les portes, on arrive dans une galerie longue de 11 mètres sur les angles de laquelle s’ouvrent deux petites chambres, avec des portes en pierre imitant le décor des portes en bois. Il s’agit des chambres funéraires, mais on n’y a pas trouvé de sépultures.
Le nombre total de chambres – huit – montre que le mausolée était un tombeau collectif. Mais en l’absence d’inscription, on ne sait quelles sont les personnes qui y ont été inhumées — si elles appartiennent à la même famille ou non.

A l’extérieur, se trouve une cour clôturée, le mur est assez bas et porte des sculptures en relief plat, représentant des scènes de chasse stylisées. La cour communique avec une terrasse au haut de laquelle est construite une plateforme, avec une construction aujourd’hui ruinée. Elle avait la forme du “Djeddar”, avec sa base inférieure et son sommet pyramidal à gradins.
A l’intérieur, se trouvait une chambre avec des banquettes basses destinées à recevoir un corps.
Il s’agissait donc d’une autre chambre funéraire. Les auteurs de l’antiquité n’ont pas parlé des “Djeddars” et les auteurs musulmans les ont ignorés, à l’exception cependant d’Ibn Al-Rakik, un auteur du 10e siècle, que cite Ibn Khaldoun dans son Histoire des Berbères.

Selon Ibn Raqiq, une inscription, relevée sur un des Djeddars signalait que les monuments avaient été érigés par Solayman
Le Saderghos qui avait voulu fêter sa victoire sur des rebelles berbères. Gabriel Camps a cru reconnaître, dans ce nom Salomon le Stratège, lieutenant et successeur de Bélisaire ; mais, il ajoute que les Djeddars ne ne remontent guère au-delà du 5e-6e siècles de l’ère chrétienne. Ces monuments sont donc les plus récents de la tradition des monuments funéraires berbères de l’Antiquité.

Des sculptures en relief, comme la croix pattée figurant dans un cercle ou encore la colombe, montrent que la dynastie qui les a érigés était chrétienne. Mais on ignore tout de cette dynastie berbère et du rôle qu’elle a pu jouer.

Selon le préhistorien français, Gabriel Camps, qui a mené les fouilles, il s’agit d’un monument à margelle, la partie centrale étant une sorte de puits que l’on aurait comblé.

Dans cette dernière partie, nous présentons trois autres merveilles architecturales berbères de l’antiquité, deux monuments sahariens : le tombeau d’Akkar et celui de Tin Hinan, ainsi qu’un monument kabyle, le monument du Piton d’Akbou.

Le tombeau d’Akar
Le tombeau dit d’Akar se trouve au pied de l’Assekrem, dans la vallée de l’oued Taghemmout, dans l’Ahaggar.
Avant les opérations de fouilles, il se présentait sous la forme d’un tumulus tronconique, présentant un diamètre de 12,60 m à la base et une hauteur de 1,30 m.
Selon le préhistorien français, Gabriel Camps, qui a mené les fouilles, il s’agit d’un monument à margelle, la partie centrale étant une sorte de puits que l’on aurait comblé. Au fond du puits on a trouvé des pierres témoins, dressées verticalement contre la paroi, à la manière des “chhud” des tombes musulmanes.

Sur le sol, partiellement dallé, on a retrouvé un morceau de bracelet en serpentine et des tessons de poteries ainsi qu’une pierre sur laquelle est gravée une paire de sandales. La fouille, effectuée jusqu’à 1,15 mètre de profondeur n’a permis de recueillir que quelques fragments d’os et aucun mobilier funéraire, ce qui a fait croire à G. Camps que le tombeau n’avait pas reçu un corps entier mais seulement des fragments d’os, qu’on aurait laissé, au préalable se décharner. Il faut dire que ce mode d’inhumation (os enterrés après décharnement du corps) a déjà été relevé à plusieurs reprises, au Sahara et au Maghreb, et justement dans ce type de monuments, dit à margelle et chouchets.

On n’a pu dater ce monument mais on sait qu’il appartient à la tradition berbère et qu’il doit être ancien. Faute de documents écrits, c’est la tradition orale qui nous informe sur le personnage enterré dans ce tombeau. Akar, dit la légende touarègue, était le chef des Isbaten, ce peuple primitif qui habitait l’Ahaggar avant l’arrivée de Tin Hinan. Les Isbaten, dit encore la légende, étaient des gens stupides et parlaient un langage très fruste.

Un jour, Akkar, a donné un ordre stupide aux Isebaten : rabattre tous les mouflons de l’Atakor et les tuer. Or, à cette époque, les mouflons était l’une des rares ressources alimentaires des populations de l’Atakor et les exterminer signifiait condamner ces populations à la famine.
On tenta de raisonner Akar mais il ne voulu rien entendre et répète l’ordre : “Tuez tous les mouflons” : Ses hommes décident alors de le tuer, lui, qui donne des ordres criminels. Ils lui tendent un piège, à l’endroit où se dresse son tombeau et dès qu’ils y passe, il se mettent à lui lancer des pierres. Akar mort, on a continué à le lapider et ce sont ces pierres qui ont formé le tumulus recouvrant le tombeau. La légende, bien sûr, n’explique pas les aménagement intérieurs du tombeau.

Le monument d’Abalessa
C’est le fameux monument de Tin Hinan, la reine de l’Ahaggar. Il est bien sûr plus connu que le tombeau d’Akar que nous avons évoqué plus haut et bien plus prestigieux. Le mausolée se trouve à Abalessa, localité se trouvant à 73 km de Tamanrasset et jusqu’aux fouilles de 1925, il était tenu en grand respect par les Touaregs qui y voyaient la sépulture de leur reine.

La tradition rapporte qu’à une époque immémoriale, est arrivée dans l’Ahaggar, une jeune femme noble, venue de l’ouest. Cette femme, Tin Hinan, était accompagnée de sa servante, Takama, et elles voyageaient seules. A l’époque, le pays était à peu près vide, avec pour rares habitants, des idolâtres très primitifs, les Isebetten, qui vivaient dans les monts de l’Atakor. Tin Hinan va leur livrer la guerre et réussit à les soumettre, devenant la reine incontestée de l’Ahaggar. La tradition rapporte encore que Tin Hinan s’est mariée –on ne sait avec qui- et qu’elle a eu trois filles auxquelles elle a attribué des noms d’animaux : Tenert, l’antilope, Temerwelt, la hase et Tahenkodh, la gazelle. De ces filles seraient issues les tribus suzeraines de l’Ahaggar.

Mais selon une autre version, Tin Hinan n’eut qu’une fille, Kella, mère de toutes les tribus nobles. Takama, la servante, elle, a engendré deux filles, ancêtres des clans tributaires. S’il s’agit là de légendes, le tombeau, lui, est une réalité. Il se présentait, avant les opérations de fouilles, sous la forme d’un énorme tumulus, recouvrant des dispositifs internes, et entouré d’un mur de pierres sèches. Resté fermé pendant plusieurs siècles, le tombeau a été ouvert pour la première fois en 1925, par une mission franco-américaine.
L’entrée se trouvait sur le flanc est du tombeau mais elle était dissimulée par les pierres éboulées. Une fois à l’intérieur, on a découvert l’existence de plusieurs pièces construites en pierres sèches, quelques-unes seulement communiquant entre elles.

Les fouilles ont été concentrées sur la chambre qui a reçu le numéro 1 et qui, d’après les indications des Touaregs serait la chambre funéraire. Cette chambre, qui se trouve à l’angle sud-ouest, a une forme rectangulaire, mesurant un peu plus de 5 mètres de long sur 4 de large. Son sol est recouvert d’une couche de petits cailloux qui cache une fosse recouverte de blocs de pierre qui ne sont rien d’autres que les dalles funéraires — les timedlin des tombes modernes — Une fois les dalles enlevées, on a pu découvrir la fosse et dans la fosse se trouvent les restes du mort. La présence d’une dépouille mortelle montre que le tombeau d’Abalessa, contrairement aux autres tombeaux, n’a pas été violé. Les ossements reposent sur ce qui reste d’un lit d’apparat ou alors d’un fauteuil en bois sculpté. Il s’agit d’un squelette, couché sur le dos, tourné en direction de l’Orient, les jambes et les bras légèrement fléchis.

Le corps était à l’origine habillé ainsi que le laissent entendre les lambeaux de cuir rouge qui le recouvrent encore à certains endroits. Il porte également des bijoux dont le chef de l’expédition française, M. Reygase, a établi ainsi l’inventaire : sept bracelets en argent à l’avant-bras droit et un autre sous le même bras, sept en or, au bras gauche, un petit anneau d’or et une feuille d’or repliée au niveau du thorax.
D’autres objets précieux étaient placés autour du corps : des perles d’antimoine entourant le pied droit, des perles de métal et des perles rouges devant le pied gauche, autour du cou et derrière la tête.
Il y a encore des graines de collier, à gauche du bassin, des perles colorées sur la poitrine des petites perles blanches et rouges, sur l’épaule droite, deux poinçons en fer... Il y a des noyaux de dattes et des graines, sur le sol. Peut-être se trouvaient-ils à l’origine dans des paniers de vannerie, qui n’ont pas été conservés. Il y a encore deux écuelles de bois, un petit anneau d’or, des fragments de verre, deux petites boules en or et un pendentif sous forme de statuette de femme. Cet inventaire a depuis été contesté par G. Camps qui pense que le trésor de Tin Hinan était plus riche que cela.
La quantité d’or était particulièrement importante, les objets catalogués étant loin de la couvrir. Cela signifie que des bijoux ont été volés au moment des fouilles. Quelques temps après l’ouverture du tombeau, un autre détournement a eu lieu : le chef de la délégation américaine, le comte Prorok réussit à faire envoyer le squelette et les objets trouvés aux Etats-unis, alors qu’il était prévus de les remettre au musée d’Alger.
Ce vol provoque un scandale dans les milieux scientifiques français de l’époque et l’Etat français doit entamer des démarches diplomatiques pour faire revenir le squelette. Pour la tradition touarègue, il n’y a pas de doute que le squelette de Tin Hinan est celui de leur reine ; La tradition dit encore que Tin Hinan était musulmane et que c’est elle qui a islamisé l’Ahaggar qui était, jusqu’à son arrivée païen.
Or l’un des objets retrouvés dans la sépulture montre que le tombeau est antérieur à l’Islam : il s’agit de l’empreinte d’une monnaie d’or de Constantin frappée entre 308 et 324. La datation au carbone 14 d’un fragment du lit de Tin Hinan, permet de situer le monument entre le 4e et le 5e siècle de l’ère chrétienne.

Si on sait que le squelette retrouvé dans le Mausolée d’Abelassa, est bien celui d’une femme, âgée d’environ quarante ans à sa mort, on ignore s’il s’agit de celui de Tin Hinan, la reine des Touaregs.
L’analyse du squelette a révélé une déformation des vertèbres lombaires, ce qui signifie que le personnage boitait. Or, d’après Ibn Khaldoun, l’ancêtre des Touaregs, les Berbères Houara, l’appelait Tiski la boiteuse.
Et si Tiski était le vrai nom de la reine Tin Hinan, et que Tin Hinan, qui signifie “celle des campements” n’étant que son surnom? Le mystère demeure !

Le mausolée d’Akbou
Nous finissons cette tournée des monuments antiques de l’Algérie, par le beau monument d’Akbou. Rappelons qu’Akbou, qui se trouve à 190 km à l’est d’Alger, était connue dans l’antiquité sous le nom d’Ausum. Elle a été probablement, sur la route de Saldae (Béjaïa) un établissement important. Cependant il reste peu de choses de la période antique de la ville, à l’exception du tombeau dit romain, juché sur le piton appelé “piton d’Akbou”. Selon la thèse la plus répandue, ce mausolée aurait servi de sépulture à l’un des gouverneurs ou des notables de la ville.

Le tombeau est dit romain, mais comme la construction est surmontée d’une pyramide, elle évoque plutôt les constructions maghrébines et orientales. Stéphane Gsell, spécialiste reconnu de l’Antiquité maghrébine, disait, au début du 20e siècle, que ce monument rappelle le mausolée d’Amarith, au Liban. Autrement dit, le mausolée d’Akbou aurait été entièrement influencé par les Phéniciens. Mais si le mausolée d’Akbou rappelle le fameux Maabed Amarith, il rappelle aussi le monument de Dougga, l’antique Thouga, en Tunisie, mausolée érigé par les habitants de la ville en hommage à Massinissa et portant la fameuse dédicace bilingue en lybique et en phénicien. Comme le mausolée de Dougga, celui du Piton est d’origine berbère, avec des influences puniques.

Les datations proposées pour le tombeau ne remontent pas au-delà du 2e siècle de l’ère chrétienne. En l’absence de traces de sépulture, certains auteurs ont pensé que le monument était un temple et non un tombeau, mais rien ne permet de l’affirmer avec certitude. Voilà donc des joyaux de l’architecture berbère antique. Des monuments impressionnants paraissant solides mais qui sont hélas, fragiles ! Des pierres tombent chaque années, des dégradations sont également commises par les barbares des temps modernes qui n’ont d’autre culture que celle de l’argent et de l’intérêt personnel. il est temps de penser à une meilleur protection de ce patrimoine, témoin du génie de nos ancêtres et de l’histoire, plusieurs fois millénaires de l’Algérie.  

par S. Aït Larba

Agenda

October 2021
M T W T F S S
27 28 29 30 1 2 3
4 5 6 7 8 9 10
11 12 13 14 15 16 17
18 19 20 21 22 23 24
25 26 27 28 29 30 31