La longue chevauchée des Ahaddad et des Mokrani

 La dépêche de kabylie Edition du 08/04/2006

Cheikh Mohand Améziane Ahaddad avait rassemblé, le jour du marché, à la placette de Seddouk, un certain samedi 08/04/1871, plus de 1200 fidèles qu’il a exhortés à combattre l’oppresseur colonial.

 

Malgré le poids de l’âge (plus de 80 ans) et la maladie qui le rongeait, il fut capturé par l’armée coloniale et jugé par la cours de Constantine, avant d’être jeté dans une cellule de la prison Coudiat-Adey de la ville ou il rendit l’âme le 29/04/1873.

Il fut enterré par les soldats dans l’anonymat total au cimetière populaire de Constantine où il repose actuellement à côté de son fils Aziz.

Après des études de théologie à la zaouïa Sidi Abderrahmane d’Akfadou où il a acquis le Mitaq de la Tariqa Rahmania , il avait créé une école coranique au lieu dit “Lokri”, entre les villages Tibouamouchine, Seddouk Oufella et Seddouk Ouadda dans la commune de Seddouk où il enseignait le Coran à des étudiants venant de tous les coins du pays.

Son charisme et sa vénération par les populations de la région n’échappa pas à Mohamed El-Mokrani d’At Abbas qui le contacta pour mener une guerre contre le système colonial qui a ruiné les paysans algériens en les spoliant de leurs meilleures terres.

Cette guerre que cheikh Mohand Oulhocine lui déconseille, il la fera un peu à son corps défendant. “Ray d amcum maâna atnagh”.

Ce sont les avis contraires de ses fils Aziz et M’hand qui auraient pesé dans sa décision finale. Ceux-ci, après 9 mois de combat farouche livrés contre l’ennemi, furent capturés avec Boumezrague El-Mokrani et des milliers d’autres insurgés en janvier 1872.

Le verdict sans appel dans un jugement rendu par la cour de Constantine le 21/09/1872, fut la déportation en Nouvelle-Calédonie de la plupart des insurgés et des trois chefs rebelles.

Aziz Belhaddad était le premier à s’évader de la Nouvelle-Calédonie en 1881 sous une fausse identité, en prenant par l’Australie pour rejoindre l’Arabie saoudite où il a vécu 15 ans.

Bénéficiant d’une amnistie, il s’est rendu à Paris où il rendit l’âme en 1895 à l’âge de 55 ans. C’étaient ses anciens amis communards qu’il avait connus durant le voyage vers l’île du pacifique qui ont organisé une quête pour transférer sa dépouille mortelle en Algérie. L’autorité française craignant un autre soulèvement en Kabylie avait ordonné son enterrement au cimetière de Constantine aux côtés de son père. M’hand Belhaddad a réussi lui aussi à s’évader de cette terre d’exil en 1886. Les avis divergent quant à sa destination.

Certains avancent qu’il fut enterré en Turquie et d’autres prétendent qu’il repose en Syrie.

Boumezrague El-Mokrani, serait le dernier à quitter et légalement la Nouvelle-Calédonie en 1905 après qu’il eut bénéficié d’une amnistie. Il décéda dans sa terre natale d’Ath Abbas en 1906. Les Canaques, pour immortaliser son passage dans cette île du pacifique, ont baptisé une gare routière en son nom. Son frère, Mohamed El-Mokrani, tué par l’armé coloniale le 05/05/1871, fut enterré aussi à la qalaa de At Abbas. Dans la plus grande des solitudes, les héros Belhaddad (cheikh Md améziane et son fils Aziz), reposent éternellement au cimetière populaire de Constantine tandis que M’hand est porté disparu.  

par L. Beddar

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