Comme au bal masqué !

Chronique

La Dépêche de Kabylie 13/09/2007

Comme au bal masqué !Ils lavent les murs de la maison, purifient ses moindres recoins, préparent le dernier rejeton à être promu dans le cercle des jeûneurs, s’assurent que la livraison de frik du meilleur cru est bien parvenue de l’est du pays, engagent les ultimes conciliabules sur le meilleur parti à tirer en achetant un mouton entier ou en s’approvisionnant au fur et à mesure chez le meilleur boucher, tranchent la question du qalb ellouz, évaluent le budget, se soulagent au besoin de quelques meubles ou bijoux et se tiennent prêts à " recevoir " Sidna Ramadhan.

 

Et il est là, toujours à les surprendre, même s’ils s’y sont préparés, méticuleusement, avec un zèle rarement égalé. Ramadhan est une supercherie nationale habillée en mois de ferveur spirituelle. Un rite de l’Islam au cours duquel tous les Algériens se transforment en …curés et vous invitent à " faire ce qu’ils disent et ne pas faire ce qu’ils font ". N’importe qui peut vous faire la leçon, personne ne donne l’exemple. Tout le monde invite tout le monde à rester zen pendant que tout le monde fulmine. Situations cocasses à la pelle : on peut entendre de succulents appels à la sobriété dans une interminable queue pour la z’labia, et des hommes jurer par tous les saints qu’ils se contentent d’une chorba et d’une salade, alors qu’ils plient sous le poids de provisions qui suffiraient à une caserne. On découvre la foi d’un mois d’indécrottables mécréants le reste de l’année. On peut tomber nez à nez avec un maquereau en qamis immaculé ou un escroc notoire semant la parole de Dieu.

Le Ramadhan est fantastique. Il débarque chaque année avec de nouveaux interdits. Des fonds de teint on est passé au dentifrice. Il paraît qu’il y’a cette année le vinaigre qui contiendrait les trois lettres du vin. Grande angoisse attend fetwa libératrice : la viande importée, la fraîche et la congelée, est-elle licite ? Insistantes rumeurs " officielles " demandent confirmation :aura-t-on des pommes de terre à trente-cinq dinars ? Et les bars qui " ferment " pour l’alcool (haram) pour se transformer en casinos doublement interdits, par l’Islam et par la loi ? C’est fou ce que Ramadhan peut introduire comme interdits folkloriques et légaliser des mouharamate évidentes. Il ne faut pas se brosser les dents parce que l’haleine fétide suggère l’odeur du paradis, mais on peut spéculer à ciel ouvert sous prétexte que " tidjara h’lal ". Mois d’inertie et d’oisiveté ? Pas pour tout le monde. Le commerce est partout et le service public nulle part.

Le businessman redouble d’ingéniosité et le médecin d’hôpital improvise un mois sabatique. Le fonctionnaire de mairie se reconvertit en vendeur de diouls et le maire va "jeûner" à l’étranger. Le "privé" multiplie ses chances et le ministre remet tous ses rendez-vous. Voilà pour l’essentiel. La spiritualité, il suffit juste d’en parler. Bon Ramadhan.

P.S : Cela s’est passé au début des années 80. Un ressortissant syrien se présente au bar de l’hôtel Aletti et demande un café, en plein jour et en plein Ramadhan. Le serveur lui rétorque gentiment qu’il avait instruction de ne pas servir les musulmans.Le bonhomme lui explique tout aussi gentiment qu’il était de confession chrétienne.
Là le barman s’énerve : "Vous vous payez ma tête ou quoi ? Vous me parlez en arabe et vous voulez me convaincre que vous n’êtes pas musulman ? ".

S.L.

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par Slimane Laouari

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