Alors que le barile frole les 80 dollars

L'Algérie reste foncièrement prudente

Le soir d'Algerie 15/09/2007

Le pétrole conserve sa cotation à un niveau plus qu’appréciable sur les principaux marchés mondiaux. Le Brent a, en effet, franchi, ce week-end, la barre des 80 dollars américains le baril. Cette flambée, constante depuis plusieurs années maintenant, n’induit cependant pas une variation d’attitude chez l’Algérie qui, toujours, s’impose une règle prudentielle. Le baril à 19 dollars a, une nouvelle fois, servi de base de référence à l’élaboration du projet de loi de finances pour l’année 2008.

Ce choix de calculer les différents budgets et le reste des dépenses publiques sur la base d’un baril de pétrole à 19 dollars répond à une logique économique et financière. Le ministre des Finances, Karim Djoudi, expliquait mercredi, au moment de livrer les grands chapitres du projet de loi de finances 2008, que cette logique est la plus à même de garantir un taux d’inflation autour d’une référence cible de 3%, le différentiel étant stocké au niveau de la Banque centrale. Le différentiel, en plus d’alimenter le fonds de régulation des recettes, sert également à combler le déficit du Trésor public qui, présentement, est de l’ordre de 30%. Aussi, du point de vue officiel, c’est la conjonction d’une vision lucide et d’une démarche empreinte de prudence qui a suggéré le maintien à 19 dollars le prix de référence du baril pour l’élaboration du projet de loi de finances 2008.

Mais d’aucuns se posent la question de savoir s’il n’est pas quelque part excessif, sinon exagéré de toujours se servir, des années de suite, de cette même référence dans le calcul de la loi de finances. Autrement dit, pourquoi pas une révision, légère soit-elle, à la hausse de cette base de calcul, laquelle permettrait une budgétisation plus conséquente, tout en gardant la possibilité d’un différentiel à thésauriser ? Encore faudra-t-il que le recours à la thésaurisation fasse consensus chez les experts des questions économiques et financières. Il s’en trouve, en effet, qui ne pensent pas judicieuse cette politique de thésaurisation à outrance, à plus forte raison en l’absence de mécanisme de contrôle des finances publiques. Des voix au sein de l’Assemblée populaire nationale précédente avaient eu le mérite de poser le problème. Sans toutefois parvenir à édifier un quelconque mécanisme. L’intérêt des parlementaires, à l’époque, a focalisé autour du fonds de régulation des recettes doté, jusqu’à l’année dernière, de pas moins de 40 milliards de dollars. Globalement, ce fonds est censé combler les déficits budgétaires. Mais ceci n’enlève en rien à la préoccupation des parlementaires. Faut-il aussi dire que la capacité de ce fonds à combler les déficits du Trésor public a, à la fin 2006, triplé. Autrement dit, la dotation financière du fonds connaît d’année en année une fluctuation positive. Donc, le volume de l’argent thésaurisé est allé grandissant.

Des analystes économiques trouvent assez paradoxal qu’un pays comme l’Algérie, qui a un énorme retard à rattraper en termes d’investissements, se plait encore dans une politique de thésaurisation. Pour ces derniers, si c’est pour amasser de l’argent à déposer dans les banques, il aurait été plus conséquent d’exploiter dans les justes proportions et mesure la richesse pétrolière. Ainsi, au moins, aux générations futures, il aura été laissé une ressource énergétique. C'est-à-dire du pétrole en réserve. Ceci étant, il faudra peut-être attendre la révision annoncée du système budgétaire pour espérer voir moins de thésaurisation et plus d’investissement.

 

par Sofiane Aït-Iflis

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