'' Je souhaite que le feuilleton sera traduit dans les langues étrangères ''

Télévision /Ammar Arab: Réalisateur du feuilleton sur le poète immortel Si Mohand ou M’hand

La Dépêche de Kabylie 10/12/2007 '' Je souhaite que le feuilleton sera traduit dans les langues étrangères ''

Homme de culture et d’esprit scientifique incontestable, Ammar Arab, réalisateur du premier feuilleton de vingt-cinq épisodes sur le poète immortel Si Mohand ou M’hand, en langue kabyle, est un professionnel qui est très exigeant en qualité. Le cinéaste a réalisé plus d’une centaine de production pour la télévision nationale et étrangère, dans la qualité de la production de façon générale, en mettant la formation au-devant de toutes performances, mais aussi, riches de valeurs culturelles, spirituelles et ancestrales.

 

Rencontré lors de son passage à l’agence AVP avec l’aimable disponibilité du directeur de cette agence qui nous a ouvert le cœur et les portes, dont il y a lieu de le remercier au passage, le réalisateur nous a confié son riche expérience de la réalisation du feuilleton Si Mohand ou M’hand, en avouant: "J’ai pris énormément de plaisir dans sa réalisation, même dans les difficultés et douleurs". Interrogé sur la question à savoir pour quand les téléspectateurs algériens en général et kabylophones en particulier, puissent voir sur écran le légendaire poète immortel, ainsi que d’autres questions très riches et importants ce denier nous a répondu. Ecoutons-le :

La Dépêche de Kabylie : Le champ audiovisuel d’expression kabyle, vient de s’enrichir avec un nouveau et important feuilleton sur la vie de l’inoubliable poète kabyle, Si Mohand ou M’hand, quel est votre sentiment sur ce chef-d’œuvre si l’on peut se permettre de l’appeler ainsi, puisque il s’agit d’une première pour la télévision ?
Ammar Arab : Il est clair que c’est un sentiment de fierté. Parce que c’est le premier feuilleton en tamazight, ensuite c’est un projet que j’ai mûri pendant des années, je dis bien pendant des années. Si Mohand ou M’hand pour moi, c’ est un vecteur tellement important en terme de communication de la tradition orale,vers la modernité de l’image. Ce feuilleton ne se résume pas uniquement dans l’histoire de Si Mohand en tant que poète, incarnation du peuple mais surtout en tant que véhicule même de la tradition orale,au travers de sa poésie. Vous imaginez que si Mohand a connu 35 ans d’errances, en allant de village en village et là où il a été suffisamment inspiré,il a toujours semé un poème, et chacun de ses poèmes,est gardés, jalousement et sauvegardés par tous les villageois et ça, c’est quelque chose que j’a découvert, je l’avoue en faisant mes repérages, en allant de village en village comme un véritable colporteur, et j’ai recueilli des poèmes que des aînés illustres comme Feraoun, Mammeri et Boulifa n’ont pas repris. Ce feuilleton retrace également un fond historique qui est celui de la Kabylie depuis 1820 jusqu’à 1906. C’est une période très charnière, pourquoi charnière, parce que tout simplement, c’est la première fois dans toute l’histoire de la Kabylie, qu’un conquérant a pu pénétrer à les villages, c’est-à-dire, que grâce à l’arme moderne qui est le fusil, la Kabylie, Therrazz Ourthakni "la Kabylie s’est brisée, mais ne s’est pas soumis aux colons". Tamazight est une langue, une culture et une civilisation qui puise ses racines dans un passé très lointain, qui n’a pas pu bénéficier de ce qu’on peut appeler aujourd’hui la culture de l’écrit. Elle a été promulguée depuis des siècles dans la tradition de la voie orale. Et comme vous savez, la voie orale a ses défaillances. Tamazight a été certes opprimé pendant des siècles à travers les conquérants qui ont occupé l’Afrique du Nord. Inutile de faire une synthèse historique autour de cela. Finalement, qu’est ce que peut apporter l’image aujourd’hui à tamazight, c’est le passage de l’oralité à la culture de l’image. C’est-à-dire, emmener tamazight du fond des âges, vers la culture iconique d’aujourd’hui et les autoroutes de la formation actuelle, vers ce que l’on peut appeler aujourd’hui, la culture de l’image. Au fait je ne suis pas venu par hasard dans le domaine de l’audiovisuel, je suis venu après tant d’années d‘études et de formation, dans un but assez précis, qui est au fait, celui de concilier l’image au sens moderne du terme à la culture de tamazight.

La télévision a jusqu'à présent montré des réticences et autres complexes quant à la diffusion des films en langue Tamazighte, mais voilà justement, le feuilleton est destiné pour la télévision.
Le feuilleton de Si Mohand, a été commandé par la télévision algérienne. J’ai rencontré des hommes et des femmes d’une grande intelligence, qui ont compris la nécessité de produire en tamazight. Produire en tamazight aujourd’hui est une légitimité reconnue comme langue nationale, mais ça ne suffit pas de reconnaître dans les textes. Il faut aussi lui donner les moyens de se développer, se promouvoir et de s’épanouir, parce qu’une langue ne se suffit pas d’être enregistrée dans un “botan” d’un livre, elle a aussi besoin de vivre, elle a besoin qu’on crée. Elle a aussi besoin finalement de prendre une dimension d’un véritable miroir au travers lequel, le peuple amazigh, puisse se reconnaître et s’identifier. Ce feuilleton s’inscrit dans cet esprit, la télévision algérienne, ses dirigeants ont compris la nécessité de produire en tamazight. A l’effet, ce feuilleton sera diffusé par les trois chaînes de télévisons, c’est-à-dire, l’ENTV, Canal Algérie et la trois. Comme je souhaite de tout cœur qu’après sa diffusion en tamazight, qu’on fasse d’autres versions, arabe, française, espagnole ou anglaise. Et ça sera peut être tout l’intérêt que peut porter ce travail, parce qu’aujourd’hui, produire un feuilleton de cette importance-là, ne suffit pas qu’il soit simplement regardé par les villageois, la Kabylie, les Aurès ou par toutes les régions d’Algérie. Aujourd’hui, quand on produit en normes professionnelles, c’est aussi dans le but de s’ouvrir aux autres, de donner de ce que l’on a de plus beau en nous avec des regards qui pensent. Je veux dire par là, que j’ai regardé personnellement un film du Kazakistan, je savais où situer ce pays sur la carte géographique, mais j’ignorais totalement leurs cultures, langues, coutumes et leurs traditions et voilà qu’à travers un film, j’ai pu avoir quelques éléments identitaires, donc si ce travail, qui a été mené énormément de difficultés, mais je ne suis pas là pour m’en plaindre ou pour en pleurer, bien au contraire, j’ai pris énormément de plaisirs, même dans la douleur. J’insisterai là-dessus, pour dire, que c’est un élément qui ne peux qu’enrichir l’identité algérienne. Il est très important aujourd’hui de comprendre, que nous sommes dans une aire de la communication, les images vont très très vite, le village est devenu entièrement planétaire, donc si nous produisons en tamazight, c’est aussi pour le partager avec d’autres peuples,afin de leurs donner finalement, quelques éléments de ce que nous sommes, pour qu’ils ne s’interrogent plus sur ce que nous sommes, comme je me suis interrogé sur le Kazakistan.

Si Mohand a eu aussi le privilège d’un autre film, long métrage, comment expliqueriez-vous l’intérêt des cinéastes sur le même personnage ?
Pour répondre à la question, j’avoue que je ne l’ai pas vue, bien que j’ai appris bien évidemment, qu’il y’a eu un long métrage qui a été consacré à Si Mohand ou M’hand. Qu’importe les appréciations des uns est des autres. Mon souci c’est de faire un travail sur le poète. Pourquoi je voulais le faire? Parce que mon défunt père (que Dieu ait son âme), m’a bercé dans la poésie de Si Mohand ou M’hand, il l’aimait beaucoup. Le hasard a voulu aussi, que Si Mohand ou M’hand sort de mon village, mais je l’avoue aussi, que je ne l’ai découvert beaucoup plus tard. J’étais persuadé qu’il était d’Ichariawane du côté Larbaâ, et puis finalement je découvre que Si Mohand a fait ses premiers pas d’apprentissage du Coran, chez Cheikh Arezki dans le village de Sidi Khelifa dans les hauteurs de Tizi Rached. Mais ce n’est pas le fait, que Si Mohand a laissé son empreinte à Sidi Rached qu’il m’interesse non, ce qui m’a intéressé en lui, c’est plutôt, sa dimension universelle.et puis j’ai toujours rêvé, songé à donner un corps, une âme, un visage et une voie à Si mohand, parce que la voie de Si Mohand, je l’ai entendue sur les lèvres de beaucoup de personnes, y compris des femmes, et ma réflexion portait sur l’identification de ce poète. Comment pouvoir identifier un personnage, dont la photographie du personnage est totalement inexistante. nous n’avons aucune image de Si Mohand ou M’hand. la seule image que nous avons, c’est tout le mythe qui s’est crée autour de lui, et notamment à travers une poésie féminine ancienne, qui rend hommage à ce vagabond du verbe entre guillemet, vous savez peut être mieux que moi, qu’il y a des personnages qui ont marqué l’histoire, et ces personnages on ne leur a pas consacrés un feuilleton, un livre ou un film, mais plusieurs. Mon travail s’inscrit dans cet ordre d’esprit. Je n’ai pas fait le feuilleton dans le but de remettre en cause un travail ou un autre. D’ailleurs, je me suis gardé de ne pas le voir, pour ne pas être influencé, je ne voulais pas être influencé, mais rester fidèle à moi-même. On peut tricher dans tout, sauf dans l’art, quand on triche dans l’art, ça se voit.

Le scénario, est-il tiré d’un ouvrage, ou bien est-ce l’œuvre d’une recherche personnelle ?
Le scénario est un véritable travail de recherche mené par Younès Adli. Et ce travail n’est pas une simple fiction, c’est au contraire, un condensé de la séduction oratoire. Déjà de la richesse du vocabulaire des différentes situations cocasses qui a réuni les Kabyles de l’époque et qui les a divisés également. En fait, ce travail d’écriture, a été mené d’une façon authentiquement fidèle à la société kabyle de l’époque. Vous allez me dire la mémoire humaine a été faillible pour restituer tout cela, croyez-moi qu’on a fait un travail de recherche très pointue, et à la hauteur de ce que pouvait vivre nos ancêtres à cette époque-là. Et quand je dis nos ancêtres, c’est nos grands-parents, je peux vous dire, je me suis personnellement permet un certains nombre de libertés,parce que la fiction nous l’offre, de créer des personnages qui sont en fait le grand-père et grand-mère de Si Mohand,son père sa mère et créer des situations dans lesquelles, on pouvait expliquer l’exode ou la fuite du père de Si Mohand du village Aguemoune dont sI Mohand est originaire, vers le village Ichariiwane, qui été un village de protection. un village de bannit, Achariiw en kabyle n’a aucun sens, Ichariiwanes encore moins, et en fait, l’explication que je peux avancer aujourd’hui, Thaddarth Iaachiwanes ,c’est le village des chenilles, parce qu’en fait,qui recevait des bannis. Un banni, c’est celui qui a commis ce qui ne faut pas commettre dans un village kabyle (celui qui sorte de l’ordre du village). Et quand il arrivait dans ce genre de village, ils construisaient à la hâte,un chenille avec des roseaux,et c’est comme ça que ce village est devenu village Iaachiwanes,qu’on a appelé plus tard,village Ichariiwanes, donc vous voyez finalement que l’image, le cinéma, offre une créativité extraordinaire, qui offre un voyage intérieur, qui peux restituer des choses peut être qui ont existé ou qui n’ont pas existé, mais qui offre au moins qui sont tellement collés à la réalité des choses,qu’on peut pas s’en défaire aujourd’hui. Il est important pour nous,que nos enfants et petits-enfants,comprennent comment ont grandit leurs parents et grands-parents et leurs arrières-grands-parents, quelles étaient leurs conditions de vie et leurs philosophie de vie, parce que Thakbaylith, c’est une philosophie. Le village est un environnement philosophique de vie.

A notre connaissance, Si Mohand ou M’hand, est un grand voyageur qui a sillonné l’Algérie, et est arrivé jusqu’en Tunisie. Peut-on comprendre que le tournage du feuilleton s’est déroulé sur les lieux authentiques où est passé Si Mohand ou M’hand ?
Oui, il est évident qu’on ne peut refaire l’itinéraire de Si Mohand, sans suivre ses empreintes. Il est clair qu’il y’a tout un travail de recherche au préalable pour bien situer l’environnement dans lequel Si Mohand a grandi, mais aussi l’environnement dans lequel, il s’est formé et errée. Je parle d’errance parce que l’errance, c’est quelque chose finalement qu’on trouve beaucoup dans le cinéma de François Trufaud. et si Mohand pouvait s’inscrire dans cette errance-là ? pourquoi ? parce que, on a toujours un point de départ, mais on ignore vers quoi, ce départ se déstine. Et dans le travail que nous avons fait, je vais vous faire une révélation. C’est Mohand qui nous a guidé avec son esprit et son âme avec toute la relativité scientifique qui anime mon esprit, je peux avouer que c’est pour la première fois de ma vie que je me suis retrouvé guidé par un esprit. L’esprit fait partie de nos croyances. L’esprit, c’est le gardien de la maison, du village et du cimetière, etc. Je me suis perdu en cour de route pendant mes repérages et je me suis retrouvé dans des villages bizarrement, où si mohand est passé. Et je me suis arrêté dans ces villages et filme. Je peux vous dire qu’on est passé a Cherchell, jusqu'à quasiment l’extrême limite des frontière algérienne. En passant bien évidemment par différents sites, où on a tourné sur plus d’une centaines de sites différents; ce travail a nécessité presque sept mois de travail.
Nous n’avons pas fait ce feuilleton dans une pièce cuisine,croyez-moi qu’on a souffert, beaucoup marché, déplacé et on a suivi les traces de Si Mohand avec une certaine acuité et intelligence, parceque qu’on voulait capter le brouillard matinal avec lequel s’éveiller la poésie de Si Mohand à 4 heures du matin, on s’est retrouvé dans une forêt vierge, nous avons pris des risques sans aucun mérite, ça fait partie de notre travail, nous l’avons fait. Pour moi, j’ai dit c’est un risque, mais en réalité, c’est un plaisir. parce que, tout ce que l’on peut donner à l’art, à la création et au cinéma, n’est qu’un substrat finalement de prolongement de soi et personnellement j’ai éprouvé beaucoup de joie a faire ce travail-là.

Peut-on connaître en fait, les acteurs du feuilleton, notamment l’acteur principal qui incarne le poète Si Mohand ou M’hand ?
Il n’y a pas un personnage principal, il y’en a quatre. Parce que c’est un feuilleton qui raconte la vie. On a raconté l’avant-naissance,sa naissance, son enfance,son adolescence son âge adulte jusqu'à son extinction. Je me suis fait un pari avec moi-même en disant, que je voudrais donner la chance à des jeunes talents de s’exprimer.parceque la télévision a besoin de se renouveler. J’étais profondément conscient, qu’il n’y a pas d’école de formation de comédien. Quand je dis école, je parle d’apprentissage. Faire de la comédie n’est pas quelques chose de simple et aisé. il est évident qu’il faut avoir du talent, donc quelque chose d’inné, avoir suivi une formation pour devenir comédien,mais surtout, il faut avoir la rigueur du comédien et pour cela, j’ai du faire plusieurs casting pour pouvoir dénicher véritablement les comédien, qui peuvent s’y prêter. J’avoue que j’ai eu énormément de difficultés, parce que d’une part, le cinéma amazigh est jeune, naissant donc il n’y a pas beaucoup de comédiens, formés dans cette langue et culture. Il est évident qu’on peut être un bon comédien dans une langue, mais on ne peut pas l’être dans l’autre. Comme l’on peut être bon comédien dans un rôle, mais pas dans un autre. Par contre, j’ai été gratifié par un certain nombre de comédiens, notamment en pensant à Rachid Hadid, Youcef Derami ainsi que Oulahlou qui sont à mes yeux,de remarquables comédiens qui sont aptes et capables d’épouser de véritable carrière professionnel qui ne demandent qu’à s’exprimer, et il se sont exprimés.ils ont peut être trouvés en moi une certaines complicité ou peut être une autres direction,et ce,sans aucune prétention. Ils ont été jusqu'à un point ou eux même, exigé de moi, qu’on refasse une prises supplémentaires, même si cette prise me semblai suffisamment bonne pour être bien exploitée. Et ça, m’a fait énormément plaisir et ça m’a encouragé. J’ai découvert aussi une chose qui m’a vraiment surpris. Jusque la,je travaille en France, je consultai des casting qui m’apportaient des catalogues, cassettes, images etc., je regardai le comédiens dont des situations professionnel et je me faisais une idée sur la distribution du rôle, mais ce qui m’a le plus surpris lors de ce tournage,c’est les comédiens du terroir. En allant des sites en sites,je découvrais des gens qui viennent spontanément pour la figuration et vous savez qu’un scénario ne peut pas être mené à 100%. Dans son intégralité au moment du tournage, il y a toujours un travail d’inspiration qui s’effectue sur place. pour les modifications et autres,et là j’avoue que j’ai été étonné par la force, la qualité et le talent des jeunes et moins jeunes qui se trouvent dans nos villages qui sont enfouis, et qui ne demandent qu’à s’exprimer. Les bons comédiens, ne sont pas uniquement dans les grandes villes, mais ils sont aussi dans villages et nos compagnes.

Peut-on savoir en fait le nombre d’épisodes et la durée de chacune et quand pourrait-on le voir ?
Bien, alors ce feuilleton est subdivisé en 25 épisodes de 40mn chacune. Je ne peux pas vous dire quand sera-t-il diffusé, car cela ne relève pas de mes compétences, c’est à la télévision d’en décider et le programmer. Toutefois, je suis très confiant, ils sauront le diffuser au moment voulue, à l’horaire qu’il faut de manière à ce qu’il puisse être vue par le plus grand nombre de téléspectateurs.

Si l’on aborde la question de l’enveloppe financière accordée à la production du feuilleton, est-elle conséquente par rapport au produit ?
Non, non, l’enveloppe financière, ne peut jamais être conséquente par rapport à une production. Vous savez, quand on écrit un scénario,on le découpe. Et c’est au découpage qu’on se rend compte si le budget de production peut suivre ou non. II faut dire aussi,combien de séquences on a supprimé faute de moyens. Il est évident que la télévision ne peut pas s’offrir le luxe de financer un feuilleton à gros budget. Pourquoi? C’est ce que je disais au début. Comparativement à d’autres télévisions a travers le monde, française, américaine ou anglaise, quand celle-ci produit un feuilleton, elle est bénéficiaire avant même qu’il soit réalisé. Pourquoi, parce que tout simplement,ce feuilleton, produit un film, qui sera vendu à différentes télévisions dans le monde.donc si ce feuilleton nécessite une enveloppe financière de tant de millions de dollars ou d’euros, il est clair que le producteur délégué a les moyens de le réaliser, parce que elle est déjà bénéficiaire. Contrairement aux productions de la télévision algérienne qui reste algérienne et pour cela, il est évident de songer en tant que réalisateurs à réaliser des produits qui s’exportent, des produits qui seront susceptible d’intéresser différents pays à travers le monde et pas uniquement un voisin tunisien ou marocain. Je serai ravi de condenser par exemple ce produit en deux téléfilms et qui puissent être vus en australie, Personnellement je serai ravi que des enfants australiens ,puissent découvrir un poète comme Si Mohand ou M’hand, et tout le problème est à ce niveau. On n’a jamais suffisamment produit, parce que la production coûte excessivement cher. Ce qui coûte le plus cher.paradoxalement, ce n’est pas ce qui est mis dans le film, c’est plutôt, tout ce qui se passe autour du film. Ce n’est pas une salle de montage qui coûte cher, ce qui coûte cher aujourd hui, c’est les costumes que vous fabriquer et les décors que vous créer, c’est le personnel, l’hébergement, le transport, l’hôtellerie etc., en Algérie, c’est quelque chose d’ahurissant qui coûte excessivement cher. Je ne vais pas m’étaler la-dessus, ce qu’il faut comprendre,un budget on doit le serrer en permanence,pour pouvoir arriver jusqu’au bout et arriver jusqu’au bout, ça relève du miracle parce que nous travaillons dans des conditions terribles. En Algerie par ex, pour régler un problème d’hôtellerie,je suis obligé de me déplacer.

“ J’ai l’impression que la voix de la tradition orale, n’a plus la crédibilité qu’elle avait autrefois or notre société, est basée sur la parole ”
La parole a toujours était un acte non écrit. Vous comprendriez que vous perdez beaucoup de temps,donc beaucoup d’argents. La gestion du temps est une véritable richesse, je voudrais saisir cette occasion pour dire que beaucoup de mes confrères réalisateurs, producteurs sollicitent les institutions pour des aides, notamment de mairies et de wilayas etc., aujourd hui, je crois véritablement qu’il serait temps de se démettre et mettre fin à cette démarche qui n’abouti pas et n’apporte rien, parce que tout simplement, faire valoir l’importance d’un film à un maire, c’est très difficile,par rapport au misérable petit budget dont il dispose pour gérer sa propre commune, faire de la création cinématographique relève du luxe à leurs regards.

Ces dernières années, nous avons constaté un intérêt particulier pour la production du film amazigh, quelle est votre appréciation à ce sujet,
Le cinéma amazigh, est né depuis la colline oubliée. aujourd huit il est en gestation, il a besoin de créateurs,de scénaristes et de réalisateurs. Vous savez qu’il n’y a pas d’école de réalisateurs en Algérie, faire des études dans ce domaine là, nécessite beaucoup de temps donc beaucoup de sacrifice. Personnellement, j’ai donné huit ans de ma vie, après le bac, pour pouvoir atteindre sans aucune prétention le titre de réalisateur, ce métier nécessite tant de choses, il faut d’abord être prédisposé,avoir de la patience,la cette culture de l’esthétique et savoir comment écrire avec une caméra. L’audiovisuel est un véritable langage régit par une grammaire, une sémantique et sémiologie, donc vous en conviendrez que ce n’est pas une chose de simple et d’aisé et de surcroît, il faut avoir la langue et la culture amazigh en sois. Il n’est pas donner a tous, d’avoir cette chance comme moi d’être trilingues, j’ai ma langue maternelle tamazight, je me suis instruit en langue française.

“ J’ai fait un profond travail sur moi-même pour apprendre à penser kabyle à penser amazigh. Je dirais un environnement intellectuel. Pourquoi ? Parce que la langue de nos ancêtres qu’on a acquit autour du kanoune, je dirais des prolongements des caresses qu’on a eu par nos mères et grand-mères, ainsi que par les contes, ne suffisent pas pour réfléchir dans cette langue. Pourquoi ? Parce qu’on ne s’est pas instruit dans cette langue. ”
Aujourd’hui, l’urgence autant pour le cinéma que pour toutes autres activités,quelle soit culturelles,sociale ou économique, tamazight a besoin qu’on forme des formateurs dans différents secteurs confondus.on doit,parce que c’est une nécessité,offrir cette liberté d’expression, qui nous est très cher, autant dans nos esprits que dans nos rêves.vous savez qu’on confronte beaucoup nos rêves dans notre culture, mais ça, c’est le propre de toutes les traditions orales. J’ai cru comprendre, que si l’on confronte un rêve, c’est dans le but de ne pas oublier une partie de notre existence. Quand on rêves, on existe en tamazight et ce qui est très important du moins pour le cinéma amazigh, ne peux pas rentrer, qui veux rentrer, on ne rentre pas dans ce métier par effraction, on ne s’improvise pas cinéaste, réalisateur du jour au lendemain, ce n’est pas vrai, sinon, toutes les écoles du monde vont fermer et croyez moi l’espèce humaine dans sa généralité, n’as-pas de graines de génie qui puisse proliférer et donner naissance à des cinéastes sans aucune formation. Qu’on ne joue plus avec ce genre de choses, pas uniquement dans le cinéma, mais dans tous les domaines, qu’on cesse de s’improviser, alors qu’on ne l’est pas l’improvisation ne peut s’exprimer qu’a partir du moment, où une âme d’artiste crée, donc thamazighth. J’insiste la-dessus a besoin qu’on crée, qu’on produisent est la développer. Tamazight a besoin d’une expression culturelle et linguistique dans laquelle elle peut s’émouvoir.

Ces derniers années, nous avons constaté un intérêt particulier notamment dans la production du film amazigh, en tant que spécialiste du septième art, quel message pourriez-vous adresser aux jeunes qui s’intéressent aujourd’hui à l’audiovisuel, d’autant plus que tamazight a besoin aussi de production ?

Je ne sais pas si je peux me permettre de donner conseil, parce que je ne suis pas le Messie, je ne suis pas prophète et encore moins professeur. Il est clair que ce métier est merveilleux c’est un métier d’or. Je crois sincèrement que c’est l’un des plus beaux métiers qui puisse exister. Si personnellement je l’ai choisi, ce n’est pas pour rien. Je l’avoue que j’ai beaucoup souffert pour atteindre ce niveau. Parce que les grandes écoles et universités européennes des hautes études cinématographiques, sont réservées en priorité à des enfants issus de la bourgeoisie et de l’aristocratie. Vous savez qu’il existe une tradition chez les aristocrates, ils font toujours trois enfants. Ce n’est pas le choix du roi, bien au contraire, tout ça,pour donner un enfant pour l’industrie, un pour l’armée et un troisième à l’art et à la culture. Je me suis retrouvé dans des conditions extrêmement délicates dans ma condition d’immigré bien évidemment, ce n’est pas pour larmoyer de quoi que ce soit, mais tout ça, c’est pour dire,que les jeunes qui veulent faire ce métier, ils doivent impérativement passer par une véritable formation. Un cameraman professionnel,doit savoir comment mesurer une lumière,ouvrir un diaphe, composer un plan, comment donner l’échelle et la valeur qu’il faut à une approche cinématographique sur un deuxième volet qui ma foi, est très très important, il faut une culture général très dense, très vaste et très ouverte. avec bien évidemment une perception pluri dimensionnelle. Pourquoi, parce qu’en fait, quand on fait ce métier, on doit avoir un regard différent des autres.
L’objectif d’une caméra, on l’observe avec un œil, mais l’image on l’observe avec deux yeux, donc, quand on écrit une image,on doit en tenir compte. C’est vrai qu’il existe des techniques et des programme d’apprentissage où l’on se forme à l’écriture de l’image et à la réalisation, mais ce qui me semble fondamental, n’est pas avocat qui veut l’être, n’est pas médecin qui veut l’être, donc n’est pas réalisateur qui veut l’être.
Il est important y compris dans les écoles et classes d’orientation, qu’on puisse parler des métiers aux enfants, il est très important qu’ils sachent ce qu’est le métier de réalisateur, d’un pilote ou d’un professeur et c’est à nous en tant que professionnel de nous rapprocher des écoles,ou bien c’est aux écoles de se rapprocher de nous. moi personnellement, je me rendrai disponible pour expliquer le métier de réalisateur à des futurs bacheliers, je le ferai avec joie, parce que, j’aurai aimé qu’on me l’explique avant que je le choisisse, je ne l’ai pas choisi par un hasard des circonstances, je me suis retrouvé sur un plateau de tournage alors que, j’avais à peine huit ans avec le film de Zedcosta gavarasse, est c’est à partir de ce moment là, que ça déclenché en moi cette envie et besoin de le devenir. A chaque fois qu’on allait dans les villages pendant le tournage du feuilleton Si Moh ou M’hand, beaucoup d’enfants venaient, nous entourer et j’étais ravi de les recevoir, afin de faire naitre en eux, peut être un besoin peu-être une envie de faire ce métier.

Estimez-vous qu’il y a des questions qui n’ont pas été posées, et sur lesquelles vous n’avez pas répondu, en précisant et en plaçant la questions dans un angle de l’autocritique par rapport au feuilleton ?
Je vous dit très sincèrement, pour moi, n’est jamais entièrement bon, je reste toujours sur ma soif. Je n’ai jamais été satisfait du travail que j’ai fait. J’ai dû faire peut être plus d’une centaine de réalisations entres émissions documentaires, reportages, fictions, etc., je peux vous dire que jusqu'à maintenant, rien ne m’a satisfait. J’ecrase une larme à chaque naissance, mais immédiatement je l’essuie, parce que je me dit tiens, il y a une petite tâche sur un beau costume. Et ce que je perçois, ce n’est plus le beau costume,mais c’est la petite tâche sur le costume, donc je peux vous dire très sincèrement, jamais je ne serai satisfait d’un travail que j’aurai effectué ou réalisé. Pourquoi, parce que tout simplement, l’imagination débordante chez un réalisateur fait que, cela le même faire un choix et ce choix, c’est une véritable lame a double tranchant même si à l’instant même, on est persuadé qu’on a fait le bon choix, il suffit qu’on fasse deux pas en arrière, pour s’en rendre compte, et le doute s’installe. L’ennemi du réalisateur c’est le doute et croyez moi que le doute génère chez un individu une remise en question permanente. Donc je ne peut affirmer que ce que je fait est bon, je donne le mieux de moi-même, avec la plus grande honnêteté et sincérité, c’est très important d’être honnêteté déjà avec soi-même. Je sais entre parenthèse, que cette valeur noble a tendance à se volatiliser dans notre société et c’est très dommage. Quand je dis que l’honnête avec soi est importante, parce qu’en fait, c’est la seconde substance après l’intelligence, dont l’être humain a besoin de se reconnaître dans son propre environnement. être intelligent, c’est se dépasser soimême. Se dépasser soi-même, ça revient à avoir un regard au dessus de la mêlée et avoir une imagination perçante, profonde éloigné de manière à pouvoir regarder son environnement de vie,sa société,son peuple sa culture autrement, je peux vous dire la chose suivante,j’adore mon pays, et je suis prêt a tout sacrifier finalement pour pouvoir m’exprimer avec ma culture dans mon propre pays, je voudrais très sincèrement aller au-delà de ce que j’ai pu faire, afin d’assoir en toute modestie une certaine culture de l’image en tamazight. J’ai envie de tout faire pour que tamazight puisse posséder un patrimoine de l’image, je n’ai pas trouvé des caves, ni des malles pleines de bobines et de cassettes que mes aînés et grands-parents, ont pu réaliser et produire, donc il est de mon devoir et du devoir peut-être, de tout ceux qui souhaitent emprunter cette voie, de remplir ses malles avec des produis de qualité et de valeur. Tamazight a besoin plus de production que de slogans.

Le citoyen algérien de façon générale et kabylophone en particulier, voudrait certainement vous connaître davantage, ne serait-ce que dans un encadré
L’important ne réside pas dans ce que l’on n’est, mais dans ce que l’on fait pour la culture et le pays. ce que je fait, n’est pas un engagement,mais un devoir de conscience envers ma culture et mon pays. Ammar Arab, est natif de Tizi Rached, un citoyen universel, l’important c’est que l’on est au service de sa culture,de son pays et de son peuple, parce qu’ aujourd’hui, notre peuple, a besoin qu’on le fasse rêver, s’évader et voyager, mais qu’on le fasse avec nos propres valeurs. Il faut qu’on restitue son identité à ce peuple, au travers de cette fenêtre qui pénètre tous les foyers tous les soir. Aujourd’hui, ce qui est important est ce qui doit être fait, parce qu’on est dans l’urgence et de l’importance de témoigner de notre histoire, culture et langue. Vous savez que notre histoire n’est pas écrite par des Algériens, mais par des étrangers concurrents,qui ont leur propre regard. De notre temps,on doit se réapproprier l’outil d’écriture de notre propre histoire. Il faut qu’on écrive notre vie, passé, présent et peut-être même notre avenir, parce qu’on peut se permettre de se projeter dans notre avenir à travers la fiction, tout ce à quoi nous pouvons nous identifier, parce que nous sommes en mal d’identité profonde. Vous comprenez mieux que moi, qu’un arbre sans racines, ne peut pas rester debout, donc nous avons des racines, c’est à nous de les sauvegarder. On doit se protéger en gardant jalousement et en promulguant sans cesse notre identité. Ammar Arab, n’est qu’un petit acteur, un petit opérateur peut-être un petit point dans un texte qui marque la fin d’une phrase ou peut être le début d’une autre. Il existe des beautés sur lesquelles on a jeté des interdits dans notre pays, au fond de nous-mêmes, je suis persuadé qu’il serait temps de les raviver, pour les faire partager aux autres peuples qui nous regarderaient peut-être différemment, et qui considéreraient que l’algerie est un pays merveilleux et son peuple est grandioses.

A vous l’honneur de conclure...
Je voudrais d’abord vous remercier pour m’avoir donné cette opportunité de m’exprimer, et je tiens absolument à souhaiter une très longue vie au journal la Dépêche de Kabylie, tout en remerciant et encourageant tout les confrères journalistes, au péril de leurs vies à continuer à faire leur travail remarquablement.

Interview réalisée
 

par Ammar Chekar

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