Les réserves de change rapportent 4 milliards de dollars d’intérêts

Elles pourraient dépasser la barre des 100 milliards de dollars cette année

LIBERTÉ 20/09/2007

Les réserves de change rapportent 4 milliards de dollars d’intérêts Une partie des réserves de change est placée dans des bons du Trésor américain et dans des banques sûres procurant chaque année de nouvelles entrées du fait du produit des intérêts de ces placements.

Les réserves de change rapportent annuellement 4 milliards de dollars d’intérêts à l’Algérie. C’est du moins ce que soulignent certains experts. C’est que d’une manière générale, une partie des réserves de change est placée dans des bons du Trésor américain et dans des banques sûres classées AAA. Du coup, elles procurent chaque année de nouvelles entrées du fait du produit des intérêts de ces placements. Elles sont libellées en partie en dollars, en partie en euros et le restant en yens. Ces experts estiment que la partie placée en bons de Trésor produit annuellement environ 4% d’intérêt. De quoi payer largement le service de la dette en 2007. Avec un encours aussi faible de la dette extérieure à moyen et long terme à fin 2006, représentant seulement 6,5% des réserves officielles de change à fin 2006 et 4,4% du produit intérieur brut estimé pour 2006, la vulnérabilité de l’économie nationale aux “chocs externes” liés à l’endettement extérieur est ainsi évacuée.

Il importe de souligner que cette accumulation soutenue des réserves officielles de change constitue, en plus du faible encours de la dette extérieure atteint à fin 2006, un élément de sécurité très important pour l’économie nationale contre d’éventuels “chocs externes”. En particulier le niveau des réserves officielles de change atteint à fin décembre 2006 (77,78 milliards de dollars) représente 68% du produit intérieur brut (PIB) de l’année 2006, c’est-à-dire plus de deux tiers du revenu national pour cette année. Les intérêts perçus sur les placements des réserves officielles de change par la Banque d’Algérie augmentent progressivement et améliorent donc la balance des revenus des facteurs. Leur effet a été significatif en 2006, particulièrement au second semestre. Il le sera davantage cette année et peut-être l’année prochaine.

Sur l’Intercontinental Exchange de Londres, le baril de Brent de la mer du Nord pour livraison en novembre valait 78,10 dollars. Si cette tendance se confirme, l’Algérie va vers un nouveau record en termes de rentrées en devises en 2007, soit au-dessus de la barre des 54 milliards de dollars. Au rythme actuel des entrées en devises, les réserves de change de l’Algérie pourraient atteindre 100 milliards de dollars à fin 2007. Elles avoisineraient les 150 milliards de dollars à l’horizon 2010, a affirmé récemment l’ancien Chef du gouvernement Ahmed Benbitour. Cette progression rapide des réserves de change de l’Algérie s’explique, d’une part, par l’augmentation en valeur des exportations d’hydrocarbures l’année en cours, permettant de consolider l’excédent de la balance des paiements (en dépit de la forte augmentation en valeur des importations en raison de la flambée de l’euro) et, d’autre part, par la baisse du volume de la dette extérieure, grâce aux remboursements par anticipation entraînant une diminution très significative des versements au titre du service de la dette. S’il y a lieu de se réjouir de cette manne financière, elle pose tout de même plusieurs défis majeurs. Elle invite d’abord à une plus grande transparence sur l’usage de ces réserves de change. Puis elle interpelle les politiques publics. L’économie, encore très dépendante des hydrocarbures, demeure vulnérable.

Malgré la bonne tenue des indicateurs macroéconomiques, l’Algérie subit la persistance de fragilités structurelles, au premier rang desquelles la très forte dépendance aux revenus des hydrocarbures qui représentent 50% du PIB, 75% des revenus fiscaux et plus de 98% des exportations. La croissance que connaît le pays depuis 2002 apparaît en partie artificielle dans la mesure où elle repose sur une demande publique, essentiellement nourrie par la manne pétrolière. L’économie nationale est encore peu diversifiée et ne dispose pas de secteurs de production à forte valeur ajoutée susceptibles de soutenir les exportations. Pour paraphraser le professeur Abdelmadjid Bouzidi, l’économie algérienne se caractérise par une croissance molle, de type intensif, la productivité des facteurs est très faible et enfin la compétitivité est absente. L’économie algérienne serait-elle atteinte du “syndrome hollandais”, un phénomène économique qui relie l’exploitation des ressources naturelles et le déclin de l’industrie manufacturière.
Inspiré du cas des Pays-Bas des années 1960, le terme syndrome hollandais est utilisé par extension pour désigner les conséquences nuisibles provoquées par une augmentation significative des exportations des ressources naturelles par un pays. Avec la baisse du rythme de la croissance économique, la régression de la production industrielle, le manque de diversification de l’économie et la hausse importante des importations, tout indique que c’est le cas.

 

par Meziane Rabhi

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