Conférence à Montréal sur La Casbah d’Alger

Entre mythe et réalité

La Nouvelle République 02/12/2007

La conférence de Redouane Hamza traitait du mythe de la Casbah tel que perçu dans le temps par ses propres habitants et par les orientalistes qui ont renforcé les concepts structurants du mythe entre autre, la féminité, la différence et le mystère. 

 

«La Casbah photographiée, dessinée, décrite, contée et peinte a engravé l’imagination collective,  imagination que les orientalistes ont entretenu dans leurs ontologies sur l’Islam et qui a favorisé la création et le renforcement du mythe. Les penseurs de la colonisation ont fait de la femme de la Casbah en particulier et de la femme algérienne en général, le «symbole clé de l’identité de la colonie», souligne à l’APS le conférencier.       
«Cette féminisation de la société et de la culture Algéroise est devenue un référentiel de la structure du pouvoir colonial. Le mythe concernait donc le discours colonial et non pas la Casbah et c’est ce même discours qui a cerné la Casbah dans un ensemble de concepts forts et résilients. Dans une formulation typique d’un écrivain du début du XIXe siècle tout le pays est décrit comme “une sage et dangereuse maîtresse à qui exulte un climat de caresse et de torpeur à suggérant comme essentiel le contrôle de son corps et de son esprit», note-t-il.  Apres une présentation du site, de son contexte géographique, des lieux historiques qui le compose et des hommes et des femmes qui y habitent, le conférencier a rappelé que le colonialisme s’est d’abord attaqué aux symboles qui exprimaient l’âme et l’histoire de la cité, puis à la cité elle-même en tentant de la déstructurer, de la remodeler. L’entreprise de déculturation a été un projet froidement mené par le pouvoir colonial français.            
«Cet impératif de contrôle a été désastreux pour la médina, la basse Casbah, et en particulier le quartier de la Marine, véritable poumon économique et politique de la ville, ont été simplement détruits pour laisser place à une ville Européenne, arrogante, altière autour de la Casbah pour empêcher son expansion», rappelle-t-il encore.

Le Palais du gouvernement, siège de l’administration et plusieurs importantes mosquées ont été rasées, comme la mosquée Essayida, les noms des rues ont été changés, faisant dire que «Le pouvoir colonial baptise les rues à défaut de baptiser les hommes». C’est ainsi que la rue Randon, une balafre au milieu des quartiers résidentiels de la Casbah, a été ouverte et une énorme esplanade, assez grande pour mettre un régiment d’infanterie au bas de la Casbah, a été aménagée, indique-t-il. Quelques dizaines d’années plus tard un décret aboli toutes les corporations de métiers, suite à quoi la corporation des luthiers a disparu comme bien d’autres métiers.
«La Casbah d’Alger comptait une centaine de mosquées et de zaouïas où l’on chantait des chants religieux et des qacaids, leurs disparitions et l’enseignement exclusif de la musique européenne du XIXe siècle a donné un coup mortel à la musique traditionnel, comme le Aroubi, le Malhoun ou l’Andaloussi. La vieille cité ne pouvait résister à la poussée de tonalités majeures et mineures européennes». La radio, la télévision et le cinéma tenteront de faire le reste, regrette-t-il.
Mais les Casbadjis continueront de chanter car le «chant est aussi une forme de résistance», dit-il.

La conférence a été ponctuée par des interludes de musique algéroise classique et par la lecture de poèmes de Himoud Brahimi (Momo) sur la Casbah avant de conclure que la Casbah était un lieu de tolérance ouvert a toutes les cultures, un lieu où des hommes de différentes cultures, confessions, sensibilités et d’origines ethniques ont vécu dans l’harmonie, constituant un modèle qui pourrait servir d’exemple pour la construction d’une société tolérante, humaine en harmonie avec son environnement.
Pour les organisateurs de la conférence, «l’histoire de la Casbah d’Alger est étroitement liée avec celle de l’Algérie, car la Casbah a été au cœur des événements de la guerre de libération. La bataille d’Alger et les manifestations du 11 décembre 1961 ont été des facteurs déterminants pour la liberté du peuple algérien».
Dans une présentation de la rencontre, l’IEMM met l’accent sur la dimension historique et sociale de la Casbah d’Alger, «ce lieu de rencontre, ou les cultures se sont croisées et se sont côtoyées dans le respect, la tolérance et l’ouverture d’esprit». Dans son programme 2007-2008, elle souligne que cet «espace de vie unique en son temps» continue a nourrir l’imaginaire collectif des algériens mais aussi des Occidentaux, soutenant que l’expression «Take me to the Casbah» (emmènes-moi à la Casbah), «ne laisse aucun Américain indifférent».
Cette expression évoque encore le mystère et la sensualité et dont l’origine remonte au film «Pépé le moko» tourné en 1937 par Julien Duvivier et repris en 1938 par John Cromwell dans «Algiers» ou la Casbah est imaginée par un Eurocentrisme en décrépitude.
 

par Agence

Agenda

June 2022
M T W T F S S
30 31 1 2 3 4 5
6 7 8 9 10 11 12
13 14 15 16 17 18 19
20 21 22 23 24 25 26
27 28 29 30 1 2 3